CHAPITRE OUATRIli.ME
indisciplinés, prives de vivres, se livraient à tous les excès. Les oiliciers démoralisés ne pouvaient rien ordonner. Les rangs étaient mêlés, les uniformes méconnaissables par la boue et le sang. Les troupes éprouvaient tout à la fois une exaltation frénélique et une peur contagieuse. La marche ressemblait plus à une déroute qu'à une retraite. Radetzki avait choisi la route de Lodi; il fallut 1 4 heures pour parcourir les premiers dix milles qui séparent Milan de Marignan. iVrrivés à une heure après midi dans ce bourg, les Croates punirent une courte résistance par la dévastation.
Le 24 au soir, l'armée campa à Lodi, resté au pouvoir de la cavalerie et d'un régiment de ligne commandés par l'archiduc Ernest. Maitre du passage de l'Adda, Radetzki avait eu l'intention de s'y établir, d'appeler à lui toutes les forces disponibles , de tenir ouvertes ses communications avec IMantoue et Vérone, et de faire un retour offensif sur Milan. Mais, à la nouvelle de la révolution de Venise, du soulèvement de Brescia et de la défection de la garnison italienne de Crémone, il abandonna la ligne de l'Adda, le 23. Ce jour-là il apprit à Crema que, d'après ses ordres, le général Benedeck avait quitté Pavie, le 22 au soir, se dirigeant sur Mantoue, par Casai et Busîerlingo , avec un bataillon, deux escadrons et une batterie d'artillerie. Le 26, il publia cette proclamation , qui expliquait d'une manière singulière ses défaites, ses résolutions, ses menaces :
(( Les événements arrivés à Milan et dans d'autres villes m'ont déterminé à concentrer mes forces et à me rapprocher de la base de mes opérations militaires et de mes approvisionnements.
)) Les habitants paisibles n'ont rien à craindre; ils
auront protection pour leurs personnes et leurs propriétés; mais je les avertis de n'opposer aucun obstacle à la marche des troupes impériales, à qui je ferai observer la plus stricte discipline. Quiconque sera pris les armes à la main sera livré aussitôt à une commission militaire, et fusillé irrémissiblement.
» La fidélité inébranlable de l'armée (jue je commande, le nombre imposant des troupes qui la composent, me sont garants de l'exacte exécution des dispositions que j'ai arrêtées. »
Sous la hauteur du langage le maréchal déguisait mal la mauvaise situation de son armée, l'indiscipline des soldats, les murmures des officiers, la désertion journalière.
Après la jonction de trois bataillons et de trois batteries qui s'étaient retirés du château de Plaisance, le 27, rOglio passé, on arriva à Soncino. Le uiaréchal eut un moment la pensée de se jeter sur Brescia, mais la bonne contenance des habitants lui démontra l'impossibilité de s'en emparer par un coup de main. Il se dirigea sur Montechiaro, où il établit, le 30, le cenire de son armée; son aile droite, à Lonalo, sur la rouie de Brescia à Peschiera et Vérone; son aile gauche, à Carpenedolo; et son quartier général, à Castiglione délie Stiviere, défendant ainsi la ligne de la Chiese. Entouré par l'insurrection, harcelé parles volontaires, informé de l'approche des Piémontais, dans la matinée du 4 avril, il abandonna la Chiese pour se retrancher derrière la ligne du !Mincio, qui s'étend depuis le lac de Garde jusques au Pu, de Peschiera jusqu'à ]\lantoue. Il