‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 4 sur 209 · CHAPITRE PREMIER. H · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER. H

le Pape de leurs vœux, de leurs démonstrations. Le 25 mars 1847, soixante mille personnes, accourant sur son passage, depuis la place de la Minerve jusqu'au palais Quirinal, lui répétaient ce cri d'espérance et d'amour : Coraggio, santo padre ! Confidule vi al vostro popolo!

Partagé entre les mauvaises influences qui s'exerçaient autour de lui et les douces émotions de sa popularité. Pie IX, tout en protestant contre le titre de chef de la révolution italienne qu'on voulait lui donner, accorda des réformes cisiles et adminiï^tratives, et timidement quelques réformes politiques : augmentation des écoles primaires; salles d'asile; établissements agricoles; restauration de l'université de Bologne ; commission pour reconstituer l'armée; institution d'une garde civique; réorganisation des tiibunaux; édit sur la presse, qui n'était pas la liberté, mais qui' remplaçait par la loi l'arbitraire et le caprice ; convocation , le •19 avril, 2600^ anniversaire de la fondation de Rome, de notables qui devaient coopérer à Torganisalion des conseils municipaux et à l'administration; création d'un conseil d'État et d'une représentation communale pour la ville de Rome ; publication , pour la première fois, d'un budget pontifical.

Pie IX procédait ainsi, non sans hésitation, mais avec suite, à son œuvre de régénération. L'enthousiasme qu'il inspirait avait dépassé les frontières de l'Italie. Les adhésions les plus inattendues venaient l'encourager, le soutenir.

La France retentissait de ses louanges. In mandement de l'archevêque de Paris , ordonnant pour lui des prières, disait : '( Les esprits les plus prévenus, qui VI. i

avaient considéré trop longtemps la papauté et la hiérarchie ecclésiastique comme hostiles aux. légitimes libertés des peuples , sont contraints de proclamer que ces libertés ont trouvé leurs garanties les plus assurées et leur avenir le plus glorieux dans les réformes dont Pie IX vient de donner l'exemple à la Péninsule italique. »

Le général de la Compagnie de Jésus repoussait l'accusation d'une alliance entre les jésuites et les Autrichiens , et s'écriait : « Aimer, vénérer, bénir, défendre le pape Pie IX, lui obéir en toutes choses, applaudir aux sages réformes et aux améliorations qu'il lui plaît d'introduire, est pour tous les jésuites un devoir de conscience et de justice qu'il leur sera toujours doux de l'emplir. »

Les États-Unis demandaient une alliance à Rome. Les républiques de la Nouvelle-Grenade, du Chili, du Pérou, lui exprimaient des vœux semblables.

Le grand rabl)in adressait au saint-père des remercîments respectueux au nom de la tribu reconnaissante. Le sultan lui envoyait un ambassadeur pour le féliciter.

Un fait vint accroître encore la po|)ularité de Pie IX et la haine contre l'étranger, et démontrer clairement les intentions hostiles de l'Autriche. Le 17 juillet, les troupes autrichiennes qui , en vertu des traités de 1 8 I o , occupaient la citadelle de Ferrare , s'emparèrent des portes de la ville, et parcoururent les places et les rues en maîtres, sans raison plausible ni apparente. (]etle violation du droit, cet abus de la force brutale, produisirent d'autant plus de sensati(m qu'ils concordaient avec un complot réactionnaire, découvert le 1 i juillet

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et qui (levait éclater à Konie le même jour 17. Le cardinal (liacclii et le cardinal secrétaire d'État Ferretti l)ublièrent des protestations qui reçurent l'approbation universelle. Le prince de Metternich, en voulant par cette usurpation faire sentir sa puissance et répandre une terreur favorable à ses desseins, ne parvint qu'à fournir une arme de [)lus aux patriotes et un motif d'action plus éneri2;ique.

Les peuples ressentirent l'injure plus vivement encore que les princes. Les hommes de cœur et de tête , qu'ils honoraient comme leurs chefs, n'eurent plus qu'à contenir et diriger le mouvement.

En Toscane, Montanelli, Guerrazzi, Vieusseux et leurs amis, qui, dès les premiers mois de i 846, avaient donné l'impulsion et n'avaient cessé de poursuivre l'agitation pacifique, persévéraient dans la voie qu'ils avaient si heureusement ouverte. Ils commençaient à recueillir des résultats qu'ils savaient utiliser pour des résultats nouveaux. Ainsi, le 6 mai, ils arrachaient au grand-duc une loi sur la presse qui, rendant la censure plus libérale , leur donna la faculté de fonder de nouveaux journaux : L'Alba et la Patridj, à Florence; Vltalia, à Pise ; le Courrier Livournais, à Livourne. La création de la garde civique, provoquée par des démonstrations non réprimées par les soldats, qui fraternisèrent avec le peuple, fut consentie le i septembre. Désormais les Toscans, la parole libre et le bras armé, espéraient bien triompher des derniers obstacles. Aussi célébrèrent-ils ces institutions par des fêtes fédérales :

à Pise, le 6 septembre; à Livourne, le 8; à Florence, le 12. Les représentants de toutes les communes y accoururent pour remercier le grand-duc, l'exciter à de nouvelles concessions, et protester, au nom de la ligue italienne, contre l'oppression étrangère. Ce fut dans ces fêtes que le drapeau tricolore fut arboré comme symbole de régénération. De ce foyer de patriotisme devait sortir une opinion publique plus forte, plus résolue. Le 27 septembre, le grand-duc appela au ministère le marquis Ridolphi et le comte Serristori, dont il accepta le programme : augmentation de l'armée avec un matériel de guerre correspondant; établissement de municipalités fondées sur le principe de l'élection populaire ; formation de conseils provinciaux sur une base également élective; une représentation centrale, dans les conditions que les circonstances suggéreraient. Ce programme n'était qu'un programme, mais c'était encore un pas vers le progrès.

A cette époque, par suite d'une manifeslation à Lucques et de concessions obligées, Charles- Louis abdiqua son duché, réversible au grand-duc de Toscane. Mais, peu après, à la mort de ^larie-Louise, il rentra en possession des duchés de Parme et de Plaisance, où il appela les Autrichiens pour l'introniser. Ce second fait d'occupation ajouta à l'exaspération des Italiens.

Les patriotes sardes avaient largement participé au progrès de ros[)rit public, malgré la surveillance rigou-

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reuse do h» polict;. lin i^rand noinhro, comme Mazziiii, s'otaicnl jolrs dans les sociétés secrètes. D'autres, tels (jiie Gioberii, lialbo, d'Azeglio, faisaient des publications qui remuaient profondément l'Italie. On comptait parmi les chefs les plus actifs, d'un dévouement et d'un courage à toute épreuve, toujours |)rôts à subir la prison ou l'exil, MM. Brolferio, Botta, Pellico, Garibaldi, Santa-Rosa, ('avour, Huliini, Cibrario, etc.

I.e roi résistait à tout progrès. Mais le spectacle de ce qui se passait à Rome, son influence en Ralie effacée ])ar celle de Pie IX, une ambition éveillée par certains conlidents, un avenir inconnu qui le troublait, agissaient puissamment sur son Ame; et il regardait au loin les événements surgir, sans oser se prononcer.

Une question de douane avec l'Autriche avait aigri ses conseillers contre le gouvernement autrichien; et, quoique le différend eût été concilié, il restait du froid dans les relations. Le 30 septembre, le jour de sa fête, Charles- Albert semble autoriser une démonstration en l'honneur de Pie IX. Mais, voyant la foule se porter vers raml)assade d'Autiiche en criant : » A bas les Autrichiens ! Vive Pie IX ! A bas les jésuites ! » il réprime cette manifestation. Enfin, il se laisse arracher quelques concessions plus faibles encore que les concessions accordées à la Toscane. Certaines réformes judiciaires, conmiunales, provinciales, administratives, viennent donner une apparence de satisfaction à l'opinion publi(jue. Le 30 octobre, un règlement de la presse, tout en maintenant la censure, est considéré comme un progrès, tant la compression avait été pesante. Mais Charles-Albert est sur une pente où il lui est bien diliicile de s'arrêter. Tout, autour de lui, s'agite. \'ai-

nemont il résiste : la Providence le pousse vers la carrière où il devra entrer.

Le cabinet autrichien voyait poindre l'orage ; il entendait les cris de haine contre sa domination; il assistait aux démonstrations; il épiait, jour par jour, les progrès des idées d'indépendance et de liberté, à Rome, en Toscane, en Piémont. Ses agents, désormais impuissants dans le conseil des princes, ne pouvaient que lui adresser des révélations et des dénonciations. Après l'acte insolent de Ferrare et l'intervention à Parme, il obtenait du duc de Modène deux îles sur le Pô, qu'il fortifiait comme tète dune ligne de guerre au centre de l'Italie. Il doublait ses armées d'occupation, et envoyait en Lombardie le comte de Fiquelmont, Valte}' ego du prince de Metternich. Déjà il eut fait avancer ses bataillons, si l'Angleterre n'eût déclaré qu'elle ne tolérerait qu'une intervention réclamée par les princes.

Mais la compression qu'il n'osait exercer sur les peuples voisins, il pouvait du moins la rendre plus rigoureuse dans la Lombardie et dans la Yénétie, que les traités de 1813 avaient rivées à sa domination. La surveillance y devint plus tyrannique , la police plus hostile. L'armée même, qui jusque-là avait gardé une certaine réserve, fut excitée au nom des sentiments allemands. Le soldat oublia la discipline; l'état-major céda aux inspirations malveillantes. Il fut aisé de voir que des rigueurs impitoyables s'apprêtaient contre les manifestations de l'esprit national.

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