‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 41 sur 209 · CHAPITRE QUATRIÈME. Ho · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATRIÈME. Ho

Ce message, couvert de deux cents signatures , fui remis à la municipalité pendant la délibération; il devait entraîner la solution désirée par le conseil de guerre.

Le gouvernement provisoire |jublia cette proclamation :

« Tant que la lutte se prolonge, il est superflu d'émettre des opinions sur les destinées futures de notre belle patrie. Notre seul but pour le moment est de conquérir l'indépendance; et les bons citoyens ne doivent songer à autre chose qu'à combattre. Notre cause une- fois triomphante, nos destinées seront discutées et fixées par la nation.

» Milan, 22 mars.

» Les membres du gouvernement provisoire : » Casati , président , Borromeo , Vitaliano , » Litta, Stregelli, Giulim, Dlrim, » Gp.eppi, Beretta, Porro. »

Le 23, le gouvernement provisoire s'adressait au roi : « Nous avons vaincu l'ennemi qui occupait la cité. Il a abandonné cette nuit le château et se dirige sur Vérone; mais il n'est pas encore loin de cette capitale, signalant chacun de ses pas par la destruction et le pillage. Nos concitoyens ont fait des efforts héroïques, mais ils ne peuvent, avec peu de moyens, abattre l'orgueil d'un ennemi confiant dans la puissance de son armée. Nous n'avons ni corps organisé, ni artillerie à lui opposer, et notre pays ne peut en réunir en aussi peu de temps. Nous avons déjà invoqué l'aide des armes de Votre Majesté, tandis que nous combattions dans nos murs, prêts à affronter une seconde ruine

pour la cause italienne. Maintenant, si la cité est délivrée, il ne nous importe pas moins d'obtenir de Votre Majesté un prompt et important secours.

» C'est pour cela que le gouvernement insiste vivement afin que Votre 31ajesté lui apporte une assistance complète. Votre Majesté aura par là i^lorieusement mérité de la cause sacrée de l'indépendance et de la fraternité italiennes, et recevra les applaudissements et la reconnaissance de ce peuple. Nous voudrions en ajouter davantage; mais notre condition de gouvernement provisoire ne nous permet pas de devancer les vœux de la nation , qui sont certes pour un plus grand resserrement de la cause de l'unité italienne. »

Nous avons insisté, par la production des pièces, sur ces premiers rapports du roi de Piémont avec les Lombards. Elles font connaître, i\ leur origine même, les Autrichiens étant encore à Milan, les désirs de Charles- Albert , les intentions du gouvernement provisoire , et les réserves des républicains. Ces trois [)oints clairement posés, on a la clef de tous les faits qui suivent.

Plus tard, les partis se sont jeté mutuellement les responsabilités, les reproches , les accusations. N'étaitil donc pas naturel que dans une telle circonstance il y eût divergence d'opinions, et, des deux cotés, amour sincère de la patrie? Les uns versaient leur sang, les autres s'exposaient à la perte de leurs biens et à la proscription. Chacun, par des voies dissemblables, croyait aller au but. L'historien impartial doit tenir compte à chacun de ses sacrifices, de son dévouement, de ses opinions et de ses arguments.

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Ceux-ci disaient : Nous sommes impuissants contre toutes les forces de l'Autriche, si nous restons isolés. Vainqueurs aujourd'hui, nous serons vaincus demain. L'ennemi n'est pas encore expulsé de notre territoire. Nous triompherons avec l'armée piémontaise; sans elle, nous ne le pouvons pas. Il faut donc l'appeler; nous sommes tous d'accord sur ce point. Comme alliés ou comme membres de la même nation? Comme alliés, c'est limiter ses secours! Comme concitoyens , c'est une association sans bornes! Recourir au Piémont, n'est-ce pas s'adresser à Charles-Albert? S'adresser à lui , n'estce pas de fait le reconnaître roi ? Pourquoi de vaines formules qui peuvent lui montrer des défiances et refroidir son activité ? Vous nous reprochez nos sentiments monarchiques ; mais ce ne sont pas seulement nos inclinations que nous consultons en ce moment — nous les sacrifierions de tout cœur au salut commun — c'est la situation même qui nous domine! D'ailleurs, ce n'est plus le despote que nous appelons , c'est le roi constitutionnel, le futur libérateur de l'Italie! Pourquoi lui marchander une couronne qui ne pourra lui être refusée, s'il nous atfianchit? Et si nous succombons, que nous importe ? En lui contestant tout d'abord la juste récompense de ses efforts, nous lui suscitons des entraves et des obstacles ; nous lui témoignons des arrièrepensées qui l'agiteront; nous détournons, par la perspective de luttes à l'intérieur, une part de son attention qui doit être dirigée vers un but unique : la délivrance de l'Italie. S'unir au Piémont, n'est-ce pas aussi un premier pas vers l'unité de l'Italie, que tous nous désirons si ardemment? Marchons donc tous ensemble, ne nous divisons pas, et, puisqu'il est dans l'état même

des choses que Charles-Albert soit l'instrument le plus efficace pour la réalisation de nos vœux, confions-lui nos destinées sans hésitation, sans contestation, avec ces deux mots inscrits sur toutes les bannières : Libertés publiques! Indépendance de l'Italie!

Ceux-là répliquaient : Vous avez recours à Charles- Albert; nous, nous avons recours à tous les peuples, à tous les princes. Vous limitez vos forces à une seule fraction de la nation italienne; nous, nous les réclamons toutes. Se livrer à un seul prince, c'est s'aliéner tous les autres. Savez -vous si Pie IX, au nom duquel l'Italie s'est soulevée, verra sans crainte ce commencement de l'absorption de l'Italie au profit d'un roi unique? Savez-vous si le grand-duc de Toscane et le roi de Naples consentiront à sacrifier leurs armées et leurs flottes aux prétentions et à l'agrandissement du roi de Piémont? Vous créez par là des difficultés inouïes, supérieures à toutes celles que vous semblez prévoir si Charles-Albert n'est pas immédiatement couronné. Nous recommencerons la vieille histoire des rois lombards et des ducs Visconti excitant les inquiétudes et les défiances du reste de l'Italie. L'enseignement du passé n'est-il donc pas suffisant ? La liberté est à peine conquise, et déjà vous voulez l'aliéner! Conservez-la au moins quelques jours, pour vous donner le temps de réfléchir. Vous sentez-vous donc si malheureux d'être, une fois dans votre vie, maîtres de vous-mêmes? Le droit de donner la Lombardie, nul ne le possède que la nation. Nous ne l'avons ni comme individus , ni comme gouvernement provisoire. Et pouvez- vous convoquer en ce moment, pour voter sur cette question, les citoyens occupés à défendre leur vie, la vôtre, leurs familles,

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