CHAPITRE CINQUIÈ:\!E
du Tessin! Passons le fleuve! Courage, ministres! courage, ô roi! la fortune aide les audacieux et délaisse les couards. Nous sommes encore peu nombreux , sans magasins, sans moyens d'attaque, avec peu d'ordre et pas beaucoup de disci|)line! Ne serions-nous que dix mille, passons! ne serions-nous que cinq mille, passons! trois mille, passons! un seul bataillon, passons! Passons le Tessin pour montrer la bannière et la devise de Savoie! Cela sutïit, car on sait que l'armée suivra. Le tambour piémontais retentira sur la terre lombarde d'une extrémité à l'autre, inspirera une nouvelle ardeur aux insurgés! Aux armes! aux armes! à Milan! sur le Mincio! sur l'Adige ! Là est la terre promise! là sont nos frères opprimés î là sont les malfaiteurs et les oppresseurs de trente-six millions d'hommes ! ... Oh ! que Milan ne périsse pas! Milan, la gloire de la Lombardie! une cité si belle, si riche, si valeureuse, si hospitalière, si philanthrope, si noble! le siège de tant de génie, de tant de chefs-d'œuvre, de tant de beaux monuments ! . . . Oh! que Milan ne périsse pas! Marchons! courons! volons! l'Italie est bénie de Dieu! l'Autriche est maudite! la victoire est à nous! »
Le même écrivain s'écriait : « Les ministres vos prédécesseurs , voyant la France , en cinquante ans , briser le trône de trois rois et se faire République, ont pris le prétexte de cette République et de l'ancienne ambition de la France pour incliner en arrière et retourner aux abus vieux et supprimés. Ils avaient l'intention d'essayer un rapprochement avec l'Autriche. Vous, entrez hardiment en ligne avec la France ! et l'Italie, la France et la Suisse, sincèrement unies, tiendront le nœud de l'Europe ! . . . »
I2i LA REVOLUTION DE I8i,s EX EUROPE.
Sommation dernière du peuple au gouvernement, un article, coupé par la censure, paraissait dans un journal du 21 !
« Nous le disons et nous le répétons ! et Dieu veuille que nous soyons écoutés ! Si notre gouvernement tarde encore un moment à entrer sur le territoire lombard, il met en péril les autres provinces de l'Italie et le Piémont... Si l'Autriche étouffe l'insurrection lombarde, une réaction terrible se fera contre le parti rétrograde par le parti exalté et par le parti modéré lui-même. Si l'insurrection est victorieuse avant que la bannière de. .. se déploie sur les bastions de Milan , elle se constituera en République et s'unira à la Stiisse et à la France. Les esprits... qui, maintenant, commencent à s'habituer au principe constitutionnel libéral et à l'aimer, s'en sépareront violemment, et alors naîtra une guerre terrible ! .. . Qu'ils nous entendent ceux qui doivent nous entendre! Si les princes italiens ne mettent pas leurs épées au service de la liberté, d'accord avec les peuples, les peuples combattront seuls et pour leur pro[)re compte. Si l'héroïque IMilan réussit, da se, à secouer le joug de l'Autriche, elle ne voudra certainement pas se soumettre à qui n'accourait pas promptement lorsque sonnait l'heure de l'agonie, lorsque le sang de mille de sa race était versé par Tépée étrangère.
» La France, qui, à cette heure, connaît l'insurrection lombarde, saisira avec plaisir l'occasion... de protéger la nationalité italienne. L'abîme qui s'ouvre devant elle par le mauvais étal de ses finances, par l'abaissement de son crédit, par l'organisation du travail, par les périls du désordre intérieur, est une raison puissante pour qu'elle cherche à éloigner d'elle par une diver-