‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 46 sur 209 · CHAPITRE CINQUIÈ3IE · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈ3IE

sion tant de causes nuisibles, et à aspirer, parce moyen, aux gloires de la Hépiiblique et aux fastes de l'Empire. Mn\s si la France, dans la lutte pour la nationalité italienne, devance les princes de la Péninsule, n'aurat-elle pas attiré à elle les sympathies des peuples ? et ce procédé chevaleresque, cet amour humanitaire, ce service rendu de délivrer les peuples, ne seront-ils pas des titres à leur reconnaissance et à leur union? Les opprimés, les abandonnés, épousent facilement la cause et les idées de ceux qui , anges libérateurs, compatissent avec eux au jour de la douleur, pour les tirer de la tombe où ils étaient ensevelis. La gratitude fera républicains les Milanais que maintenant la douleur et l'espérance feraient constitutionnels. Que les princes réfléchissent à la présence d'une armée française les précédant dans la lutte pour la liberté !... et qu'ils pensent... aux seuls partis qui peuvent se prendre; ou

guerre à l'Autriche! ou guerre aux peuples! ou ! »

Expression de haute politique , ces paroles mutilées produisirent d'autant plus de sensation ciue les lacunes pointées étaient plus nombreuses et faisaient soupçonner des pensées plus vives encore.

Charles-Albert, qui écoutait les raisons, les murmures de l'opinion publique, pouvait plus que tout autre en peser la valeur, en prévoir les conséquences. L'heure décisive était venue, et il attendait encore! Il avait si longtemps vécu d'une autre vie qu'il ne savait comment avancer dans une vie nouvelle. Placé entre un passé qu'il n'avait pu parcourir sans en garder des

ne LA RÉVOLUTION DE 1848 EN EUROPE.

traces profondes dans son esprit, et un avenir qui exigeait tant de qualités jusqu'alors inconnues à son âme, il éprouvait une perplexité constante. Deux natures luttaient en lui. De despote, il devait se faire libéral; de roi absolu, roi constitutionnel; de craintif, audacieux; de pacifique, belliqueux. Sa conscience était dirigée par les jésuites, il consentait à leur expulsion; soumis à l'influence de l'Autriche, il fallait lui déclarer la guerre ; resserré dans les limites d'un royaume étroit, il devait poursuivre la conquête de l'Italie; presque étranger à l'art militaire, il allait commander une armée; l'habitué des couvents devait se transformer en héros de bataille; aprè^ avoir écrasé l'esprit de parti, il aspirait à se faire le chef de tous les partis qui rêvaient l'indépendance et l'unité de l'Italie. Tout était contraste en lui : l'homme du lendemain combattait sans cesse l'homme de la veille. De là des contradictions perpétuelles, faciles à expliquer.

Le comte Arese , parti de Milan pour solliciter les secours du Piémont, était arrivé à Turin dans la nuit du 19 mars. Il vit les ministres le 20 au matin, et repartit le soir, mécontent de l'issue de sa mission, sans avoir pu obtenir une entrevue du roi. Soit que Charles- Albert ne voulût pas prendre de décision avant le développement du soulèvement, soit qu'il eût désiré être appelé par un pouvoir quelconque assez bien établi pour motiver et légitimer son intervention, il ne se prononça pas.

Son ministère, faisant connaître à M. Abercromby,

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ambassadeur anglais, la formation des trois corps d'observation, en donnait des motifs, que celui-ci transmit en ces termes, le 20 mars, à lord Palmerston : « Le rassemblement des troupes sardes sur la frontière est une mesure qui ne pouvait se différer plus longtemps. C'est une résolution exigée par les intérêts de l'armée et par la discipline. 11 a en outre les avantages de contribuer puissamment à calmer la publique ardeur, et met le gouvernement à même de pouvoir plus facilement éloigner le péril d'un conflit sur la frontière par suite de l'effervescence populaire. »

Le gouvernement anglais s'était fait, dans les derniers temps, protecteur du Piémont et partisan du mouvement constitutionnel en Italie. Mais, après la proclamation de la République en France, il ne voulut pas que ce mouvement dépassât ces limites. Aller au delà, c'était à ses yeux jeter l'Italie dans les bras de la France ! Aussi lord Palmerston avait-il écouté avec complaisance la communication du prince de Metternich, qui, dès le 4 mars, lui faisait demander si les journées de Février n'avaient pas changé ses dispositions, et quelles seraient ses intentions dans le cas « où les mêmes hommes qui avaient remporté la victoire en Suisse, renversé le trône de 1830 en France, entendant bouleverser l'Europe entière, voudraient, sur la promesse de placer toute la partie supérieure de la Péninsule italienne sous la domination du roi Charles-Albert, engager ce prince à refouler l'Autriche de ses possessions au delà des Alpes. »

Le gouvernement anglais avait également accueilli avec sympathie les demandes de protection contre la France, qui lui étaient adressées par Charles-Albert. Celui-ci faisait écrire, le 2 mars, par son ministre des affaires étrangères, le comte de Saint-Marsan, à M. de Revel, son représentant à Londres : « En réclamant l'intérêt et les conseils du gouvernement britannique dans cette ch'constance, vous voudrez bien exprimer, dans les termes les mieux sentis et les plus sincères, l'entière confiance que le roi notre souverain continue à placer dans le soutien et l'appui (pi' il a constamment trouvés aupiès de l'Angleterre, La nouvelle de la révolution parisienne est arrivée ici le jour même de la grande fête nationale offerte au roi pour lui témoigner la vive gratitude qu'ont excitée les bienfaits dont il a comblé le pays. Les démonstrations de profonde reconnaissance et de respectueuse affection dont Sa >Iajesté a été l'objet nous font espérer que nous pourrons traverser heureusement les événements que prépare la complication actuelle. Toutefois, l'orage gronde trop près de nous pour que nous n'ayons pas le droit d'aviser à des éventualités dont il n'est pas donné à l'homme de prévoir toute l'étendue. Le roi a, en conséquence, résolu de compléter ses armements, et il vient d'ordonner dans ce but des dispositions qu'\ seront exécutées sur-le-champ... »

On le voit : tandis que l'Autriche témoignait à l'Angleterre ses craintes (jue la révolution française poussât Charles-Albert contre ses possessions lombardes, celui-ci annonçait au contraire, à lord Palmerston, ses armements contre cette révolution.

A ces communications, à ces demandes de concours.

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