‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 47 sur 209 · CHAPITRE CINQUIÈME. J · texte numérisé non relu

CHAPITRE CINQUIÈME. J

le gouvernement anglais avait répondu par le double conseil : à l'Autriche, d'accorder à ses États d'Italie des concessions suffisantes pour empêcher une insurrection; à la Sardaigne , d'observer et de faire observer par ses habitants la plus stricte neutralité. Ce qui permit au ministère britannique, interpellé, le 3 avril, parle parlement, d'atliriuer « que le mouvement qui entraînait le Piémont en Lombardie avait eu lieu sans le concours et contre l'avis du gouvernement anglais et contre les instructions envoyées à son représentant , et que ces instructions avaient été soumises, avant leur expédition, à l'ambassadeur d'Autriche à Londres, qui s'était déclaré parfaitement satisfait de leur teneur » .

Les frayeurs et les irrésolutions de Charles-Albert, qui le portaient à réclamer l'appui éventuel de l'Angleterre contre la France, le rapprochaient parfois de l'Autriche, avant l'insurrection de Milan. Rien ne les peint mieux qu'une singulière dépêche adressée, le 1 5 mars, par le cabinet sarde au cabinet autrichien, par laquelle le roi annonce à l'empereur qu'il donne une constitution à ses États, et qui renferme cette protestation :

« Le roi désire en outre que S. M. l'empereur d'Autriche reçoive l'assurance que l'observation des traités formera toujours la base de sa politique, et Sa Majesté espère que la coopération de ses sujets à l'œuvre difficile de l'administration intérieure, loin de nuire aux bonnes relations avec les puissances étrangères, contribuera au contraire à affermir les liens d'amitié qui ont VI. 9

uni jusqu'à présent les deux États, et que le roi désire et se flatte de resserrer encore. »

Malgré cette assurance et les explications les plus satisfaisantes sur le caractère purement défensif des armements de la Sardaigne, le cabinet autrichien se plaignait de ce que la censure royale tolérât chaque jour les atta'ques les plus virulentes contre l'Autriche.

A Turin, l'ambassadeur autrichien, témoin de l'agitation que causait le départ des volontaires pour les frontières, protestait contre l'enrôlement de réfugiés lombards. Le marquis de Pareto, ministre des affaires étrangères, faisait une réponse évasive qui, toutefois, se terminait ainsi : « Le soussigné, en se faisant un devoir de répondre par ces explications à la note de M. le comte de Buol, se hâte d'y ajouter l'assurance de son vœu de coopérer à tout ce qui pourra affermir les rapports d'amitié et de bon voisinage entre les deux États. )i

Charles-Albert se trouvait de plus en plus embarrassé entre les conseils de l'Angleterre, les réclamations de l'Autriche appuyées par la Russie, l'etfroi de la révolution, le péril de voir la Lombardie proclamer la république et appeler la France et la Suisse à son secours, la crainte que le Piémont, enserré par trois Républiques et entraîné par l'exemple, brisât une royauté qui désertait la cause italienne, les instances et les encouragements de ses partisans, qui faisaient briller à ses yeux le trône de la haute Italie, les sollicitations pressantes des Milanais, son ambition, la gloire et la grandeur du rôle à remplir, l'enthousiasme et l'orgueil

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national de son armée elle-même. Pressé par ces sentiments divers qui se heurtaient dans son âme, il se débattait; pouss;'» do toutes parts, il attendait toujours.

Le 19, le 20, le 21 , le 22, il refusait des fusils aux volontaires, qui perdaient un temps précieux en prières inutiles. Il faisait plus : à la frontière il s'opposait à leur passage; et ceux qui glissaient entre ses soldats et ses douaniers allaient porter en Lombardie les reproches les plus amers contre un prince qui comprimait l'élan de l'Italie. Il attendait toujours.

Et pendant qu'il attendait. Milan versait son sang, son sang le plus généreux ! Milan poussait le courage jusqu'à rhéroïsme! Milan voyait s'entasser, cloaque jour et chaque heure, les victimes de l'amour de la patrie et de la liberté ! Et le prince qui rêvait la royauté de cette vaillante cité n'entendait ni le cri des combattants ni le cri des mourants. Il attendait encore ; et il perdait le prestige réservé au sauveur de Milan, le prix du silence imposé, par l'éclat du service rendu, aux partisans de la République. Il perdait l'occasion de remporter une victoire, une première victoire, décisive peut-être. Car nul doute que s'il eût été à Milan, le 22, avec une faible partie de son armée, la retraite de Radetzki eût été impossible.

Enfin, le 23, il apprend le triomphe de Milan, l'insurrection des villes lombardes, le désarroi de l'armée autrichienne. Il apprend, du comte 3Iartini, les dispositions favorables du gouvernement provisoire et les oppositions manifestées contre lui. Il voit que , malgré le temps perdu , il peut encore recouvrer une popula-

rite déjà compromise par ses lenteurs; il comprend tout le péril de l'hésitation; il sent qu'il n'a qu'à recueillir les fruits de la victoire des peuples. Il n'attend plus !

Sa réponse, tardive, fut noble, chevaleresque, à la hauteur des circonstances. Son âme brisait son étreinte.

« Je n'entrerai à Milan, » dit-il, « qu'après avoir battu les Autrichiens , parce que je ne veux me présenter à un peuple si valeureux qu'après avoir remporté une victoire qui me fasse connaître comme étant aussi valeureux que lui. «

Il annonça otïiciellement sa détermination par une proclamation publiée , le 23 , après un délibéré du conseil :

(( Peuples de la Lombardie et de la Vénétie ,

» Les destinées de l'Italie mûrissent ; un avenir plus heureux sourit aux. intrépides défenseurs des droits foulés aux pieds.

» Nous, vos amis d'origine , qui comprenons le temps présent et qui faisons les mêmes vœux que vous, nous proclamons, les premiers, l'unanime admiration que vous porte l'Italie.

» Peuples de la Lombardie et de la Vénétie, déjà nos armes se concentraient sur votre frontière, quand vous avez devancé nos vœux par la délivrance du glorieux Milan ; nous venons maintenant vous offrir, dans vos épreuves ultérieures, l'assistance que le frère attend du frère, l'ami de l'ami.

» Nous seconderons l'accomplissement de vos justes désirs , en nous fiant à l'aide de ce Dieu qui est visiblement avec nous, de ce Dieu qui a donné Pie IX à l'Italie , et qui , par sa merveilleuse impulsion , met l'Italie

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