CHAPITRE CINQUIÈiME
blable éclaterait aussi dans les États de S. M. le roi de Sardaigne, ou que du moins il y aurait quelque grave commotion qui mettrait eu danger le trône de Sa Majesté »
M. Bixio, chargé d'affaires de la République française, arrivé le 26 mars à Turin, écrivait à son gouvernement : (( Le soir j'appris, pai- la voie publique, que le roi, partant pour Alexandrie, se diiigeait vers le Milanais et se faisait précéder d'une proclamation aux Lombards, que je vous adresse sous ce pli, monsieur le ministre, et dans laquelle il annonçait que le jour de l'Italie était enfin venu et qu'il fallait tout faire par soi-même, [are da se.
» Avant de partir, le roi avait adressé à toutes les légations, excepté à la légation française et au nonce, une note dans laquelle il déclarait que, dominé par l'opinion publique très-violente ici contre l'Autriche , alarmé des tendances républicaines de la population lombarde , il croyait rendre service à la cause des monarchies européennes en dirigeant le mouvement pour arriver à le maîtriser. »
Enfin M. de Pareto envoyait une dépèche au marquis de Ricci : « Ce soir (24 mars) , le roi s'est décidé à intervenir militairement en Lombardie. Cette détermination de Sa ^fajesté était impérieusement exigée par les
circonstances actuelles de l'Italie Il y avait aussi à
craindre que les nombreuses associations politiques existantes en Lombardie ne fissent proclamer un gouvernement républicain. Cette forme aurait été fatale à la cause italienne, à notre gouvernement, à l'auguste dynastie de Savoie. Il fallait prendre un parti prompt et décisif. Le gouvernement et le roi n'ont pas hésité, et
<36 LA rxEVOLUTION DE 1848 EN EUROPE.
ils sont intimement persuadés d'avoir opéré, au prix des dangers auxquels ils s'exposent, le salut des autres États monarchiques. »
Ces craintes étaient fondées, elles devaient produire leur effet à Londres auprès du ministère anglais. ]Mais Charles-Albert eût dû poser une limite aux terreurs qu'imprimaient à son es])rit la Fiance et la république. Il ne sut pas les contenir. Il comprit bien que le meilleur moyen de résister aux aspirations des peuples vers la république , c'était de se faire le sauveur de la Lombardie , mais il n'eut une foi ni assez prompte, ni assez complète , dans l'immense puissance qu'il pouvait acquérir comme fondateur d'une Italie libérale et attianchie.
M. de Pareto, pour justifier le changement de langage et de conduite de son gouvernement , adressait au comte de Buol, représentant de l'Autriche, les mêmes arguments de nécessités monarchiques. Il en ajoutait un autre plus spécieux : (( Par un traité îi décembre 1 847) sous l'apparence de secours à fournir aux petits États de Parme et Plaisance et de Modène, qui pourraient revenir au Piémont par droit de réversibilité, ces duchés avaient été réellement englobés dans la monarchie autrichienne, qui, en portant les frontières militaires, du Pô, où elles devraient finir, jusqu'à la IMéditerranée , avait ainsi rompu l'équilibre existant dans les différents États d'Italie »
Cette dernière raison n'était pas nouvelle; mais elle était adroitement présentée, car ces provinces étant également en pleine insurrection, le roi de Piémont
cil AT ri" Kl- ClNQUlKMi;. i37
faisait pressentir son intention de les absorber, et préparait ainsi leur adjonction à son royaume.
Le comte de Buol, en recevant le 23 , à onze heures du soir, la note explicative de M. le marquis de Pareto, lui répli(pia : u Cette pièce contient l'apologie de la rébellion et attaque les droits souverains de Sa ^îajeslé Impériale, Royale, Catholique, au mépris des traités qui, jusqu'à présent, avaient formé les bases de l'union des deux cours... » Il demanda ses passe-ports et quitta Turin le 24. La rupture était ouverte. La guerre était déclarée.
Le gouvernement de l'empereur, indigné, livra à la presse des documents qui renfermaient la dépêche du 15 mars de Charles-Albert, protestant de son respect des traités, et qui prouvaient leur violation quelques jours après. Il en appela à l'opinion publique de l'Europe, comme les peuples en avaient appelé à la justice de Dieu. Mais si les peuples avaient raison de briser des traités non consentis par eux, mais imposés par la force, le roi, qui devait tant à ces traités qu'il avait librement acceptés, était-il dans son droit? Ou bien existe-t-il , a-t-il jamais existé entre les princes d'autre droit réel que celui de leurs convenances et de leurs intérêts? Aussi M. de Pareto , pour justifier son maître , n'avait-il rien trouvé à invoquer que le salut du trône.
Le temps écoulé depuis les premières heures de la lutte jusqu'à l'entrée du roi en Lombardie, paraissait bien long aux Milanais, qui comptaient les moments. Les cinq journées qu'ils avaient passées à combattre et
à vaincre avaient été perdues par Charles-Albert en indécisions, en démarches, en correspondances diplomaticjues, qu'il a fallu décrire avec soin, sur les |)ièces elles-mêmes, alin de bien faire saisir toutes les péripéties de ce drame si rempli et si grandiose.
Lorsque le roi de Piémont se détermina , il ignorait la délivrance de Venise et la proclamation de la République vénète ; il n'en eût été que plus résolu.
Le 23 mars, jour de sa première proclamation, il envoya auprès du gouvernement provisoire de Milan le général Passalacqua pour coopérer à l'organisation des milices ; et il décida en conseil : l'appel immédiat des deux classes nécessaires pour compléter les cadres de l'armée active ; le départ sur la frontière de tous les régiments d'infanterie, d'artillerie et de cavalerie; l'acceptation des otfres généreuses des particuliers pour chevaux, moyens de transport et contributions volontaires alfectées à l'entretien des troupes; l'ordre à la réserve de se tenir prête à marcher au premier signal; l'ouverture d'un emprunt volontaire et temporaire à 5 pour 100, avec insertion des noms des souscripteurs dans les journaux.
Sur-le-champ, les mécontentements s'etïacent, les plaintes se taisent. Les (;ris d'enthousiasme sont plus vifs que ne l'avaient été les murmures. Le 23, le roi passe une revue à Turin. Il est accueilli par des acclamations universelles de rédempteur de la patrie! de sauveur de l'Italie! de Vive Charles-Albert, roi d'Italie!
Le même jour, le général Bès reçoit l'ordre de passer le Tessin avec six bataillons, six escadrons et une batterie. Le lendemain 20, dans l'après-midi, il arrive à Milan , et demande ses quartiers de logement. Les