CHAPITRE CINQUIÈME
(le tout le pays lombardo-véïiitien. C'est un hommage de respect et de reconnaissance au prince cpii se fait soldat de l'indépendance italienne. C'est l'hommage libre du peuple italien cpii s'est racheté seul de sa servitude étrangère. — L'Italie et rEuro|)e vous contemplent! Sire! vous donnez un exemple jusqu'alors inconnu dans l'histoire, en accourant parmi nous sans conditions. )>
Charles -Albert se transporta de Lodi à Crémone, où il tint conseil de guerre sur le plan à suivre. Le 5 avril, il établit son quartier général à Bozzolo, route de Mantoue, à vingt-quatre kilomètres de cette ville, à dix-huit kilomètres du Mincio. Un bataillon, une compagnie de bersaglieri et une demi-batterie, en avantgarde, occupaient Marcaria , sur l'Oglio. La brigade de Bès s'avançait, parallèlement, de Brescia à Montechiari, position que les Autrichiens avaient quittée le 4. A Marcaria, le 6, il y eut une surprise d'avantposte par un détachement autrichien qui , sorti de Mantoue en reconnaissance, fit cjuekjues prisonniers. On se trouvait enfin devant l'ennemi.
Le 7, l'arrière-garde autrichienne passait le Mincio, entre ^lantoue et Peschiera, sur les ponts de Goïto, Yaleggio et ^lonzambano.
L'armée italienne s'avançait vers ces ponts, que l'ennemi se disposait à défendre et au besoin à faire sauter.
Le Mincio seul séparait le gros des deux armées.
Vingt jours, du 19 mars au 7 avril, vingt jours s'étaient écoulés! vingt jours avaient paru un siècle aux
plus ardents, à ceux qui jusque-là s'étaient battus et avaient vaincu.
Suivant eux, Charles- Albert , à (jui ils avaient déjà reproché de ne pas être accouru assez tôt pour couper la retraite à Radetzki, eût pu brusquement descendre le Pô avec une partie de ses troupes; cerner Benedeck à sa sortie de Pavie; empêcher la jonction des garnisons de Parme, Plaisance et Modène, 5 à 6 000 hommes qui, pris entre les Piémontais et les populations soulevées, eussent été forcés de se rendre; et surprendre, d'accord avec les habitants, la citadelle de Mantoue; tandis que le 6, il était trop tard.
Suivant eux, Tarmée piémontaise était enflammée d'un enthousiasme qui ne permettait pas de douter du résultat d'une bataille. Elle courait au combat en cîiantant le chœur des Puritains et les airs nationaux belliqueux. Avec de tels soldats il fallait pousser, l'épée aux reins, les Autrichiens. A chaque pas en avant, on apprenait de nouvelles défaites des garnisons isolées, la délivrance de Venise et des villes de la Vénétie jusqu'à l'Adige. Tout commandait une poursuite vive, ardente, impétueuse. L'armée autrichienne ne pourrait résister, mal payée, mal pourvue de vivres, troublée par les événements de Vienne , enveloppée par l'insurrection. Avec un général plus audacieux, le succès était assuré, le triomphe était complet.
Charles-Albert cédait à des conseils plus prudents. Son armée n'était pas rassemblée au moment de son départ. Ce n'était qu'en marchant à petites journées que les bataillons arriérés avaient pu rejoindre, ainsi que les approvisionnements dont on était dépourvu. Pourquoi compromettre une victoire certaine par une