CHAPITRE CINQUIÈME
bataille risquée contre nue année rép;ulièrc de 30 000 honnnes qui, pouvant puiser le courage dans son désespoir même , se trouvait sur un terrain connu où elle avait l'avantage des positions? Et dans le cas d'un échec, d'une défaite, peut-être, causée par une folle présomption, que deviendrait -on sans réserve préparée, sans point d'appui solide? On perdrait en un jour tout le fruit des conquêtes obtenues. Pourquoi ne pas donner à l'armée piémontaise le temps de réunir toutes ses forces et tous ses moyens d'action? L'armée autrichienne , en pays ennemi , éloignée de ses ressources, de ses ravitaillements, de ses renforts, ne pouvait que s'affaiblir. Les Italiens étaient chez eux; leurs rangs ne pouvaient que grossir. — En effet, on apprenait que les princes, entraînés par la volonté des peuples, mettaient leurs troupes en campagne et les plaçaient sous le commandement du roi de Sardaigne.
Une raison suprême agissait aussi, sans aucun doute, sur l'esprit de Charles -Albert. Laisser l'insurrection achever la victoire commencée par l'insurrection, venir à son aide seulement, et se présenter à la lutte, non comme un monarque conduisant une armée régulière , mais comme un chef de forces révolutionnaires, n'étaitce pas s'enlever tout le prestige du succès et le transmettre aux peuples? Ne perdrait-il pas par là l'influence qu'il convoitait, le droit (ju'il voulait fonder, la couronne qu'il rêvait? En agrandissant l'action révolutionnaire, n'affaiblirait-il pas sa cause, et ne servirait-il pas les idées républicaines? Il le pensa.
Aussi ne fit -il rien pour soutenir les colonnes de volontaires, conduites par les chefs qui avaient présidé au début de la lutte. Il préféra les fondre dans des corps réguliers. Celles qui voulurent conserver leur organisation ne trouvèrent, en lui et en ses généraux, ni sympathie ni appui. Les membres du conseil de guerre, Cattaneo, Cernuschi et leurs amis, les chefs des glorieux combats de Milan, pressentant cette situation et n'hésitant pas à sacrifier leur personnalité, donnèrent leur démission le 31 mars.
Certes, il fallait un motif bien puissant pour tempérer, sinon pour refroidir l'élan de cette jeunesse ardente et dévouée , pour se priver d'une telle force. Ne valait-il pas mieux la diriger que l'amortir? Ce qu'il y avait en elle de dangereux pour la royauté n'eiit-il pas été facilement détourné si Charles -Albert avait vouhi s'en constituer le chef réel? En face de l'étranger, l'opposition républicaine n'eût-elle pas été satisfaite d'une liberté constitutionnelle avec une nationalité recouvrée ? Éloigner cette jeunesse passionnée , la méconnaître, la mécontenter, n'était-ce pas accroître cette opposition, la justifier, et nourrir des divisions, quandon eût pu les éteindre ?
N'était-ce pas cette jeunesse qui contraignait les princes à envoyer dans les plaines de la Lombardo- Vénétie leurs soldats, leurs trésors, et à contribuer ainsi à l'élévation d'une royauté (jui menaçait de les alisorber ?
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