‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 54 sur 209 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

l'Italie, ne renoncez pas à la modération qui embellit les entreprises. Je veille avec mon gouvernement sur les autres besoins du pays , et je presse de tous mes ellbrts la conclusion d'une puissante ligue italienne que

j'ai toujours rêvée » Il annonçait ensuite la marche

immédiate des troupes aux frontières, l'organisation des volontaires et les ordres donnés aux gouverneurs et aux généraux.

Deux colonnes de volontaires se dirigèrent, l'une de Pise vers Massa , composée des citoyens de Pise , Sienne, Lucques , Livourne, des Maremmes ; l'autre de Florence vers Modène, formée par les citoyens de Florence, Arezzo, Pistoja, Prato. « C'était merveille, » dit Montanelli dans son poétique et harmonieux langage , « que de voir ces légions improvisées, où professeur, étudiant, médecin , avocat, artisan, noble , riche, pauvre, maître, serviteur, prêtre, marchaient mêlés sous la même bannière , le culte de l'Italie dans le cœur ; se glorifiant d'être les soldats de la cause sainte ; accueillis au son des cloches par les applaudissements des populations, qui les voyaient passer avec admiration, par les sympathies de toutes les femmes, mères, filles, sœurs, qui, de leurs fenêtres, agitaient leurs mouchoirs, leur jetaient des adieux de larmes et de fleurs ; recevant de ceux qui restaient les promesses de soutenir les familles des travailleurs absents pour le service de la patrie ; enfin ouvrant leurs rangs à des groupes qui, des plus petits hameaux, accouraient se dévouer avec

eux. »

Lorsqu'on apprit le triomphe de Milan et le départ de l'armée piémonlaise, l'enthousiasme fut tel, que le

gouvernement crut devoir le modérer. Le préfet de Pise disait dans une proclamation du 23 : « Désormais tout départ de volontaires est superflu , puisque la main de Dieu conduit l'Italie à l'indépendance désirée... Désormais la cause que nous défendons est victorieuse ; il n'est plus besoin de s'exposer à des fatigues, à des dangers. » Par un décret, le départ des ouvriers volontaires était suspendu. Toutefois, des places de dépôt étaient désignées dans les principales villes, et les couleurs italiennes étaient arborées, « atin d'exprimer l'alliance désirée des peuples de la Péninsule ».

Le 2o, à Florence, dans un moment d'elfervescence, les armes de l'Autriche avaient été arrachées et brûlées devant la maison du rei^ésenlant de la Sardaigne. Le ministère toscan crut devoir, par respect du droit des gens, exprimer des regrets à l'ambassadeur autrichien.

Ces faits groupés sont envisagés par une démocratie soupçonneuse comme actes de trahison, et font naître les murmures : « Pourquoi donc arrêter l'élan national ? Le barbare ne souille-t-il plus de sa présence le territoire italien? C'est une levée en masse qu'il faudrait décréter pour l'expulser ; et l'on empêche les citoyens de s'armer et de partir I Et pourquoi ces égards exagérés pour nos oppresseurs? L'ambassadeur a été respecté! Ce n'est que l'aigle aux deux têtes, symbole de la tyrannie , qui a été brisé ! Si votre déclaration de guerre est sérieuse , pourcpioi apporter des obstacles à la création des volontaires, et ne pas avoir déjà envoyé ses passe-ports au ministre autrichien ? »

Ces arguments étaient-ils fondés? Le ministre autrichien reçut ses passe-ports le I I a\ril; et le gouvernement ordonna la formation d'un camp d'observation

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entre Reggio et Modène. Ce camp devait réunir six mille hommes de troupes régulières et cinq mille volontaires ; mais le total ne dépassa pas six mille.

Si les actes étaient lents, les paroles étaient vives : « Soldats ! » disait Léopold II à ses troupes, le 5 avril, jour de leur départ de Florence , « les habitants de 31ilan ont acheté leur liberté au prix de leur sang et avec un héroïsme dont l'histoire offre peu d'exemples. L'armée sarde est en marche sous les ordres de son roi magnanime et de ses princes ! Enfants de l'Italie, héritiers de la gloire militaire de leurs ancêtres, les Toscans ne peuvent pas, ne doivent pas rester oisifs dans ces instants solennels. Volez donc avec les fiers bourgeois qui sont accourus, comme volontaires, sous nos drapeaux! Volez au secours de nos frères lombards!... Honneur aux armes italiennes ! Vive l'indépendance de la patrie ! »

Le 9, jour de la bénédiction des drapeaux de la garde civique de Florence, forte de 5 000 citoyens, le grandduc exprimait les mêmes pensées, exaltant les destinées de l'Italie, que Dieu, le droit des peuples et le courage des Italiens rendraient heureuse et libre !

Tandis que les Toscans se dirigeaient vers le Pô, ralliant sur leur passage les volontaires de Modène et de Reggio, quelques jeunes combattants, parmi lesquels on remarcjuait les frères Parra, Luigi Fantoni, Giovanni

Fraiii, Enrico Moretti, devançant leurs compagnons d'armes, couraient se joindre, à Salo, aux colonnes commandées par le général Allemandi et prêtes à l'expédition du Tyrol. Montanelli , voulant s'entendre avec ses amis de Milan , se détachait momentanément des colonnes toscanes, avec promesse de retour au jour du combat. Le 27 mars, arrivé à Milan, il frémit en contemplant les signes encore sanglants de la bataille. A Brescia, il reçoit la périlleuse mission d'aller sonder les sentiments du Tyrol; s'engage, chargé de proclamations, dans les montagnes; passe d'une réunion secrète à une réunion secrète ; laisse partout les traces du feu qui embrase son ame ; parvient à Trente gardé par les Autrichiens; est arrêté, prêt à être fusillé ; n'échappe à la mort que par sa présence d'esprit ; revient rendre compte des accords faits avec les Tyroliens ; et se mêle à l'expédition qu'il a si hardiment préparée.

Léopold II, de même que Charles-Albert , ne perdait pas de vue l'agrandissement de ses États, et se laissait bercer de la douce ambition d'en reculer les limites, en profitant des circonstances. Dès le 23 mars, il rendait ce décret : « Léopold II, grand-duc de Toscane, considérant que la tranquillité et la sûreté de ses États pourraient être compromises par les désordres qui, après les événements politiques de la ville de Modène et des autres pays de ce duché, se sont manifestés sur les territoires confinant au grand-duché de Toscane, du côté du duché de Lucques, du côté de Pietra-Santa , a ordonné l'occupation de ces territoires par les troupes

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graiid-diicales. A l'exception du logement, toutes les autres dépenses seront supportées par la Toscane. » Puis il reprenait Fi\izzano, et faisait occuper les provinces de Carrare et de Massa, soulevées contre le duc de Modène, et celle de Pontremoli, dans le duché de Parme.

l.e 27, au théâtre de la Pergola, il accueillait d'un modeste sourire le vivat qui le saluait roi cVÈtruriel

VU

Les habitants du duché de Modène ne furent pas les moins empressés à s'organiser pour aider à l'expulsion des étrangers. Afin de seconder plus librement le mouvement national, ils substituèrent à la régence, instituée par le duc le jour de sa fuite, un gouvernement provisoire, sous la présidence de Joseph Malmusi. Le peuple , constitué en garde civique , se chargea de la défense du territoire. Les troupes régulières et les volontaires pénétrèrent en Lombardie.

Le duc de Parme et de Plaisance, croyant qu'une adhésion empressée à l'enthousiasme des peuples et la prompte adoption d'une constitution lil)érale lui rendraient le gouvernement de ses États, publiait cette proclamation :

« Eu égard aux subites révolutions qui se succèdent, et voulant prouver, quel que puisse être mon sort futur, combien j'ai à cœur le salut et la puissance de l'Italie, et combien je déplore que la nécessité et la position

\'6î LA RÉVOLUTION DE 1848 EN EUROPE.

géographique et politique de ces États m'aient assujetti à rinlliience étrangère, je déclare solennellement confier aujourd'hui mes destinées à l'arbitrage de Sa Sainteté Pie IX, de Sa Majesté Charles-Albert, roi de Sardaigne, et de Son Altesse Royale Léopold II, grand-duc de Toscane, lesquels décideront de l'avenir de ces provinces pour le meilleur bien et pour la plus grande force de l'Italie , prêt à accepter les compensations que l'équité de ces princes jugerait convenables.

» En attendant , voulant démontrer combien je désire la félicité de mon peuple, j'approuve le statut fondamental d'un gouvernement représentatif, qui m'a été proposé par la suprême régence, vers moi députée et dont je confirme les pouvoirs jusqu'à ce que le sort de ces États soit déterminé... Que Plaisance et Pontremoli reviennent à nous; j'oublie leurs soulèvements intempestifs... Que Parme me reste fidèle...

» Je jurerai le statut ! J'enverrai un bataillon de ligne au secours des Lombards. Mon fils Ferdinand , à la tête de courageux citoyens qui veuillent le suivre , vous ofTre son bras! Il montrera, je l'espère, que le sang de la valeureuse maison de Savoie coule dans ses veines, et qu'elle est toujours vivante, la race de Henri IV! »

Les services du jeune duc, arrêté d'abord par suite dune méprise causée par un déguisement de costume, ne furent pas acceptés à Milan, où il alla s'offrir; on n'y crut pas à la sincérité de son dévouement.

Ces singulières et tardives protestations du prince ne furent pas mieux accueillies dans ses États. On ne put ajouter foi à une conversion si rapide, exprimée en termes si humbles et si soumis. Le 9 avril, le duc,

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