CHAPITRE SIXIÈME. 1o
rcgredant un abaissement sans profit, insiipporlable à lui-même et aux autres, se relira, déclarant laisser l'Klat (le Parme lil)re de nommer dans sa sagesse un (( gouvernement provisoire en remplacement de la suprême régence, et plaçant cet Etat sous la haute tutelle et protection du magnanime roi Charles-Albert, lequel le regardera comme un des autres États italiens qui concourent ensemble à la grande œuvre de l'indépendance de l'Italie... »
Le conseil des Anciens nomma un gouvernement provisoire composé de 3IM. le comte Ferdinand de Castagnola, Jérôme Cantelh, Pierre Pellegrini, Louis Damitale, Joseph Bandini, Jean Caretti, Ferdinand 3Iaestri. Délivrés de leur duc, les habitants purent se livrer à l'impulsion qui entraînait tous les peuples dans les plaines lombardes, et apporter au salut commun leur part de sacrifices,
A Rome, la joie causée par les révolutions d'Allemagne, par le soulèvement de Vienne et l'insurrection de Milan, fut plus bruyante, plus expansive peut-être qu'en Piémont et en Toscane. Ces événements firent Leffet d'une commotion électrique. Aussitôt les cloches retentissent comme aux jours de fête. Des palais fastueux, des maisons délabrées, des riches comptoirs, des pauvres boutiques, les citoyens se précipitent sur les places publiques et dans les rues. Les uns tirent des coups de fusil, signes d'allégresse et de bataille; les autres se parent de bouquets de fleurs; ceux-là déploient les bannières tricolores au sommet des tours ; ceux-ci
en ornent leurs fenêtres et leurs balcons; et de toutes les poitrines sortent ces cris : Italie! Italie! Guerre à r Autriche! Sur la place de Venise, la foule accourt devant le palais de l'ambassadeur autrichien. Les armoiries sont arrachées, brisées, traînées, malgré les conseils des hommes prudents. Rien ne peut contenir la population. Au fronton du palais, un artiste insjjiré s'élance et trace ces mots, expression des vœux de la nation : Diète italienne.
De là le peuple court au Capitole et à l'église d'Ara- Cœli ; des actions de grâces y sont rendues au Seigneur; puis on se rassemble au Cotisée, oîi le père Gavazzi et le docteur Massi soutiennent l'enthousiasme par une parole improvisée. Le soir, les illuminations brillent, et la ville qui , en signe de deuil pour les victimes de Milan, s'est abstenue de fêler, suivant la coutume, le dernier jour du carnaval, répare le temps perdu, et ravive les moccoletti, manifestation de sa joie italienne. Rien ne peut peindre le tableau de cette fièvre patriotique; chagrins domestiques, douleurs pubhques, affaires, passions, haines, amours, tout semble oubHé. On rit, on pleure, on s'exalte. La terre des morts, comme dit le poëte, tressaille, se ranime; elle vit! elle vit! car elle saisit les armes pour déUvrer l'Italie.
Les volontaires se présentent. La cause est sacrée ! La croix, symbole du sacrifice et du rachat de l'esclavage, est tracée sur leur poitrine. N'est-elle pas sainte, en effet, la guerre de l'indépendance? N'est-elle pas légitime, la guerre de la défense ? N'est-il pas le fils chéri
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de Dieu, celui qui combat pour sa famille, pour ses foyers, pour le tombeau de ses pères, pour l'honneur de sa patrie? Ils sont nobles et beaux les sentiments qui animent ce peuple, ce peuple entier! Il n'y a plus de dissidence tant que dure cet 61an ii;énéreux et sublime. La jeunesse prend le fusil ; le prêtre bénit la bannière; les congrégations portent de riches dons sur les tables dressées au milieu des places publiciues. Le pape, les cardinaux, les prjnces, les bourgeois, les commerçants, les ouvriers, y versent, à flots pressés, leur tribut. Les dames donnent leurs bijoux; les jeunes lilles, les ornements de leurs têtes; l'une d'elles, ne possédant rien, fait le don de sa belle chevelure. Le pape bénit les volontaires à leur départ, et leur adresse ces paroles : « Comme chef de l'Église, je suis en paix avec tout l'univers; mais comme prince italien, j'ai le droit de défendre la patrie italienne. Je vous bénis; la cause que vous défendez est sainte; Dieu la fera triompher. Je vous bénis encore une fois : combattez et triomphez au nom du Seigneur ! )>
Le ministère du \ 0 mars avait été prévoyant ; il avait, le plus possible, hâté ses préparatifs. Le 22, il publiait ce décret ; « Considérant la gravité de la situation actuelle de l'État et de l'Italie, et l'urgence de pourvoir à la défense et à la sécurité des États pontificaux, aussi bien qu'à l'action commune des forces nationales italiennes: le conseil des ministres entendu; la volonté de Sa Sainteté s'étant manifestée; un corps d'observation sera formé, composé de la manière suivante : quatre
i:3fi LA RÉVOLUTION DE 1848 EN EUROPE.
réiïimenls d'infanterie; deux régi meiils de ca^derie; trois batteries d'artillerie de campagne; une compagnie d'artificiers détachée du corps de rartilleric, et deux compagnies du génie. Les troupes étrangères (Suisses) enrôlées an service de Sa Sainteté se joindront à ce corps d'opération. » Le lendemain, l'organisation des volontaires fut décrétée et confiée au colonel Ferrari , valeureux Napolitain, jadis au service de la France, élevé au grade de général. Le général Durando, Piéraontais, eut le commandement de toutes les forces romaines. L'armée régulière partit de Rome pour Bologne, le ^4; Durando, la nuit même, avec ses aides de camp Massimo d'Azegiio et le comte Casanova; les volontaires et les gardes civiques, les 25 et 26. Dix mille hommes environ allaient à pas précipités se joindre aux forces piémontaises. Pas un instant n'avait été perdu !
Les volontaires, en traversant chaque ville, chaque hameau, voyaient grossir leurs rangs. Des frères prédicateurs marchaient devant eux, recueillant des subsides de vêtements, de chevaux, de pain, d'argent. (( Donnez! donnez! » s'écriaient-ils, « donnez pour la liberté de l'Italie! faites l'aumône à la patrie! » Et chacun apportait son tribut avec empressement.
Les volontaires des provinces s'illustraient par des coups de main hardis. Une colonne mobile de Ravenne, composée de gardes civiques, de Suisses, de dragons, avec deux pièces de canon, jointe aux gardes civiques deBiissi, San-Alberto et autres lieux voisins, obligeait , le commandant de l'importante forteresse de Comac-