‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 60 sur 209 · CHAPITRE SIXIEME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIEME

passions qui les entouraient, atin dacquérir assez de force pour conduire et diriger leur armée. Ils voulaient aussi répondre aux accusations de lenteur que l'on commençait à murmurer contre eux, parce que, le 5 avril, ils étaient encore à Bologne. On ne leur tenait pas compte de la difficulté de concentrer des troupes et des colonnes qu'ils avaient devancées dans leur marche précipitée, et dont une grande partie avait 400 milles d'étendue à parcourir pour arriver à la frontière.

La proclamation du chef d'armée du prince italien troubla vivement le cœur du pape, chef de la chrétienté. Il ne pouvait accepter des expressions aussi véhémentes prononcées en son nom. Sa conscience en fut douloureusement émue, et ne .put se taire. Il fit publier, dans la gazette du gouvernement du 1 0 avril, ce désaveu : « Un ordre du jour aux soldats, daté de Bologne, le o avril, exprime des idées et des sentiments comme s'ils sortaient de la bouche de Sa Sainteté. Le pape, quand il veut faire une déclaration de sentiments, parle ex se, et jamais par la bouche d'aucun subalterne. »

Pie IX avait reçu, le 28 mars, le comte Rignon, envoyé par Charles-Albert pour lui annoncer sa résolution d'entrer en Lorabardie. Il avait aussitôt adressé son légat extraordinaire, monseigneur Corboli Bussi, au roi de Piémont, avec mission de l'inviter à former à Rome une ligue italienne, et de solliciter un emprunt nécessaire aux dépenses de son armée. Il avait égale-

ment autorisé, le 28, le ministre de la guerre, Aldobrandini, à donner aux troupes et aux volontaires parvenus à Bologne l'ordre si impatiemment désiré de passer le Pô. Mais, pressé par son ministère, qui ne lui cachait pas que non-seulement il s'agissait de traverser le fleuve, mais encore de faire une guerre où il y aurait grande mort d'honmies, il hésitait, prétextait de la nécessité d'attendre les nouvelles du Piémont, et cependant donnait l'autorisation « de faire ce qui serait indispensable pour la sûreté et le bien des États pontificaux ».

De même que Charles- Albert, Pie IX était en proie à des sentiments opposés, qui portaient l'indécision et le trouble dans ses esprits. Il ne flottait pas, comme lui, entre la crainte de la république, de la France, et l'ambition d'une couronne nouvelle. Le respect de la République française pour les autels l'avait rassuré, et, plus modeste, il ne rêvait aucun agrandissement de ses États. Mais il était partagé entre les inspirations de sa conscience de chef de la chrétienté et les nécessités et les intérêts du prince italien. Le spirituel et le temporel se confondaient dans son âme, et il avait peine à les séparer. Lui! pape! dépositaire d'une autorité qui n'avait pour limite que les devoirs envers Dieu! lui? conservateur de la tradition que les premiers évoques avaient sanctifiée par le martyre! lui! héritier de saint Pierre! lui! pontife entouré de l'hommage de deux cents millions de chrétiens ! lui ! pouvait-il descendre dans la lice sanglante, se mêler aux passions, aux débats, aux révolutions des peuples, épouser leurs haines, leurs vengeances, leurs colères? Sa piété, sa sagesse, sa modération disaient non! Mais n'était-il pas

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