CHAPITRE SIXIEME
aussi le monarque gouvernant une province italienne? Ses États n'avaient-ils pas subi l'humiliation d'un patronage étranger? Ferrare n'avait-il pas vu souvent, contrairement aux traités, le pied du soldat ennemi fouler le sol de la patrie? N'avait -il pas un cœur italien? N'avait -il pas à remplir les devoirs du citoyen? Et, lorsque la nation entière se levait pour expulser l'étranger, lorsque de toutes parts princes et peuples, redressant haut et ferme leur bannière, s'écriaient : « Délivrons l'Italie! » serait-il donc le seul de sa race qui fût sourd à cet appel de l'honneur et de la liberté? Non! il ne le pouvait pas!
Dans les premiers jours de son élection, il avait voulu remplir une mission de conciliateur. Partisan d'une liberté tempérée et de réformes progressives, il en avait espéré pour l'Eglise une splendeur nouvelle; pour la religion, une puissance plus étendue sur les âmes; puis, il se voyait peu à peu entraîné plus loin et pressé de plus en plus. Où s'arrêterait-il? Il n'avançait plus qu'en tremblant. 11 craignait désormais de compromettre l'autorité du chef de la papauté, qui lui avait été transmise et qu'il devait transmettre. La popularité commençait à l'eflrayer s'il se voyait contraint à lui faire des sacrifices de conscience. Les applaudissements commençaient à le troubler, s'ils étaient le prix de concessions religieuses. Les cardinaux, le clergé, mécontents de se voir arracher des mains un pouvoir qui passait aux laïques, agissaient sur son esprit. Placé entre ceux qui regrettaient les positions perdues et le peuple qui, le voyant hésiter dans la route primitivement tracée , ne lui disait plus que d'une voix affaiblie : Corragio! santo padre! il subis-
sait les effets de cette situation double et de pape et de prince, qui a tant de fois troublé l'Église.
Et l'armée romaine, qui dexait plus ou moins obéir à la direction d'un tel souverain, n'en devait-elle pas être affaiblie dans son moral et dans son action? Que pouvait-elle espérer, lorsque le premier acte de son général avait été frappé d'un triste désaveu , conséquence fatale d'une position incertaine?
XYII
Dans le royaume de Naples , le peuple et le roi vivaient dans une mutuelle méliance. La lente puîjlication de la loi électorale , le retard prolongé de l'organisation de la garde nationale, une répugnance dissimulée, mais visible, à lui distribuer des armes, l'ouverture des Chambres reculée au mois de mai, une inaction cachée sous des apparences verbeuses, faisaient naître des soupçons continuels. Des soupçons on •était passé aux murmures; des murmures, aux accusations de trahison contre M. Bozzelli, ancien chef du •parti libéral devenu ministre influent du cabinet. Le conseil avait été plusieurs fois modifié; lui s'était maintenu ! Au duc de Serra-iCapriola avait succédé le prince de Cariati, président et ministre des affaires étrangères. MM. Saliceti, Savarese, le colonel Degli Uberti, Poerio, avaient remplacé les ministres de la justice, des travaux publics, de la guerre et de la marine, de l'instruction publique. M. Bozzelli avait conservé l'intérieur, Dentice les finances, et Bonnano les cultes. Peu après, Saliceti, soutenu par Andréa Romeo et Costabile Carducci, qui lui promettaient l'appui des Calabrais et des Cilentani,