CHAPITRE SIXIÈME
ayant voulu imposer un programme avancé, odieux au roi par la dureté de son langage et de ses exigences, non secondé par ses collègues, avait dû transmettre son portefeuille à M. ^lascarelli. Ferdinand temporisait avec ses ministres, et reculait devant l'acceptation de réformes devenues nécessaij'es. Les citoyens, divisés entre eux, dispersés dans leurs nombreux cercles, se laissant aller aux séductions des places, n'avaient assez d'énergie ni pour se soulever ni pour se soumettre, et composaient continuellement avec un monarque auquel ils reprochaient de ruser et de tromper.
TeJle était la situation lorsque, le 2o mars, on apprit les événements de Vienne et de 3Iilan. L'agitation prit bientôt le caractère d'une émeute. Le peuple arracha les écussons de l'ambassade d'Autriche, et se porta au ministère de l'intérieur en criant : « A lias Bozzelli! à bas le renégat! Secours aux Lombards! » Le lendemain parut cette proclamation :
« Le gouvernement du roi prévient le public que des registres sont ouverts dans les douze postes de la garde nationale de la capitale, pour inscrire les jeunes gens, généreux et brûlant de l'amour de la patrie, qui veulent faire partie des corps de volontaires prêts à s'embarquer pour Livourne, d'où ils se dirigeront vers la haute Italie, organisés militairement en compagnies, bataillons et régiments.
» A cet effet , le gouvernement a déjà pourvu à l'armement des susdits volontaires, et a désigné les bateaux à vapeur qui devront les transporter à Livourne.
)) On prévient que tous les noms de ceux qui partiront seront publiés et inscrits dans le journal officiel.
WIII
Les démonstrations ayant recommencé plus violentes que la veille, les troupes se mirent en bataille devant le palais. L'etîervescence s'en accrut. Les cris de « A bas les ministres! Secours aux Lombards! » se tirent entendre avec plus de colère. Le colonel de la garde nationale, Gabriel Pepe, vint annoncer au nom du roi que le ministère serait changé, et que des ordres seraient donnés pour l'envoi de secours à la Lombardie. Le 27, en effet, la feuille officielle insérait la démission des ministres. Naples se trouva alors dans l'anarchie la plus grande. La crise ministérielle dura huit jours. Chacun de ces jours, agitation sur la place publique, rumeurs, formation de listes et de programmes dans les cercles, démonstrations de la force armée dans les rues, allées et venues à la cour, persistance du roi à refuser des réformes plus avancées que le statut du 29 janvier, protestation et départ de l'ambassadeur d'Autriche, ardeurs de la jeunesse voulant s'organiser et partir, cris, tumultes, ambitions éveillées, soif de progrès, dévouement, perfidie, calculs; tout se confondait, et faisait craindre à chaque instant que le dénoùment du drame, où tant de passions et d'incidents étaient en ébullition, éclatât en une bataille sanglante. Il n'en fut rien. La volonté et l'audace manquèrent des deux côtés.
Le général Guillaume Pepe arrivait à Naples, le 29, au milieu de cet interrègne ministériel. Après vingt-
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liiiit ans d'exil, noblement supportés, il revoyait la patrie adorée. Illustre par son courage, par ses principes libéraux, par les services rendus, par le rôle éminent qu'il avait rempli dans son pays lors de la révolution de I82U, cet homme de cœur fut aussitôt appelé et caressé par le roi. Dans une entrevuo dont il s'est fait lui-même l'historien, il cita à Ferdinand un exemple facile à suivre. — « Lequel donc? » réphqua le roi. — « Sire, celui du roi des Belges, dont la conduite envers ses peuples est telle, qu'ils le suppUent d'une voix unanime de ne pas abandonner le trône qu'il occupe. »
Le conseil ne fut pas écouté. Le général, sollicité de fo^rmer un ministère, présenta au roi une liste sur laquelle étaient inscrits, avec son nom à la présidence, ceux de SaHceti, Conforti, Dragonetti, Poerio, Uberti, Savarese, Cariati, Lielo, et un programme où il demandait : pleins pouvoirs pour la Chambre des députés, afin d'asseoir le statut sur les bases les plus larges; suspension, jusque-là, de la Chambre des pairs; refonte radicale de la loi électorale, ainsi que d'autres réformes; envoi d'une armée en Lombardie. Il reçut cette réplique : « Sa Majesté ne peut changer la constitution jurée par elle et par tous. Il appartiendra aux pouvoirs légaux, c'est-à-dire au roi et aux deux Chambres, de développer et de féconder la constitution donnée le 29 janvier, sans en changer l'essence. Le ministère que l'on propose ne peut donc être accepté. Les' adresses que Sa Majesté reçoit de toutes parts ne font que la confirmer dans l'idée qu'elle manquerait à ses devoirs envers son pays en changeant la constitution existante. »
Pepe, pour calmer les scrupiiles du roi, lui lit répondre (c que si, pour satisfaire à l'opinion publique, il substituait à la constitution restreinte (ju'il avait suivie jusqu'ici une constitution deux lois plus libérale, il serait parjure absolument au même titre qu'un homme qui, ayant promis j)ar serment une somme de cent mille francs, en payerait une de deux cent mille. »
Le roi cependant se vit obligé de faire des concessions pour parvenir à former un ministère libéral, qui satisfit l'opinion publique et détendît une situation menaçante. Le 3 avril, furent appelés au conseil : MM. Degli Uberti, Dragonetti, Giovanni Yignale, Pietro Ferretti, Bafaele del Giudice, sous la présidence de M . Carlo Troja .
Le programme de ce ministère, publié le 4, renfermait ces conditions, acceptées par le roi : fixation la plus prompte possible du jour de l'élection des députés; cens des députés abaissé à celui des électeurs; adjonction des capacités sur les listes électorales; nomination, pour la première fois, de cinquante pairs choisis parmi des candidats élus par les électeurs; faculté, pour les deux Chambres d'accord avec le roi, de modifier la constitution, surtout en ce qui concerne la Chambre des pairs; envoi instantané d'agents diplomatiques chargés d'instituer une ligue avec les autres États d'Italie; mise à la disposition de la ligue italienne d'un fort contingent de troupes partant promptement pour la frontière; départ immédiat d'un régiment de ligne, par la voie de mer; union des couleurs italiennes aux insignes royaux; armement rapide des gardes nationales