‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 64 sur 209 · CHAPITRE SIXIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE SIXIÈME

Je VOUS offre d'aller moi-même vous les ramener, sans verser une seule p;oiitto de sang. »

Le plan était beau, vaste, politique. Aixh- en vrai roi constitutionnel, sans arrière-pensée; ramener tous les peuples qu'il gouvernait, par l'élévation, la noblesse, la bravoure de sa conduite: devenir ainsi l'arbitre des destinées de l'Italie ! Ferdinand ne le comprit point. Nul doute que ce plan grandiose eut été couronné par un plein succès. Soixante mille hommes ralliant les forces romaines et vénètes, pénétrant en Vénétie, soutenus par les flottes sarde et napolitaine, tandis que le roi de Piémont, avec soixante mille hommes de troupes sardes, toscanes et lombardes, s'avancerait sur l'Adige, c'était prendre l'armée autrichienne des deux côtés, et la forcer à évacuer l'Italie. Alors l'Italie victorieuse eût pu s'écrier avec joie et orgueil : « Lltalia ha fatto da ne! »

Cette solution glorieuse pacifiait l'intérieur du royaume et la Sicile, donnait à Ferdinand la prépondérance qu'il cherchait à disputer à Charles-Al)ert lorsqu'il provoquait uwQ ligue italienne à Rome, lui permettait de limiter les réformes à la charte octroyée, et d'étouffer toute tendance républicaine. Ferdinand ne put pas, ne sut pas élever son esprit à cette hauteur. Ces trois périls qui menaçaient son trône : la révolution, la Sicile, les aspirations de Charles-Albert à la royauté d'Italie, il ne put pas, il ne sut pas les éteindre par les grands moyens. Il ne songea qu'à ruser avec la Révolution, qu'à soumettre la Sicile par la force, qu'à contrecarrer les projets ambitieux de Charles-Albert en le serrant dans les nœuds d'une ligue italienne et en restreignant autant que possible l'envoi de ses armées en Vénétie.

ne LA RÉVOLUTION DE 18 48 EN EUROPE.

La position particulière de la Sicile, en guerre avec le roi de Naples, ne permettait pas aux Siciliens de concourir avec efficacité à la délivrance de l'Italie. Les propositions qui leur avaient été portées par lord Minto de la part du roi ayant été repoussées , le roi avait déclaré nuls tous les actes d'un pays insurgé contre son souverain légitime. Le parlement de Sicile, réuni le 26, avait répondu en élisant, dans les deux Chambres, Président du royaume Ruggiero Settimo, et en nommant ministres 3IM. 3Iariano Stabiie, Riso , La Lumia, Calvi, le marquis Corda et le prince Scordia.

Le gouvernement sicilien vit, dans l'appel fait par le roi de Naples, le 7 avril, aux peuples des deux royaumes, un danger pour la popularité de sa cause. Cette cause ne cesserait-elle point en etVet de paraître juste, si la Sicile, refusant de se rallier à l'armée napolitaine, retenait loin de la Lombardie une partie de cette armée, si, au moment oii il fallait grouper la grande famille, elle occasionnait une division qui aifaiblirait les forces italiennes dans la guerre contre l'étranger? Le gouvernement sicilien crut prouver son patriotisme italien en précipitant les événements, en envoyant des députés à la ligue italienne , en proclamant la déchéance de Ferdinand, et en ouvrant des négociations pour lui substituer un autre prince italien.

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