‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 7 sur 209 · VL · texte numérisé non relu

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Après 1831, une nouvelle société avait été fondée, sous le nom de Jeune Italie, par un Calabrais, Benedetto Mosolino, homme d'une trempe antique. Indépendante de celle que dirigeait Mazzini , elle travaillait également à l'émancipation des Deux-Siciles. Au premier rang de ses adhérents figurait Giuseppe Massari.

Les exilés, au nombre desquels était le général Pepe, le Lafayette napolitain , correspondaient activement avec les patriotes de l'intérieur. Des rapports fréquents liaient ces chefs et ceux des autres contrées d'Italie.

Sur une terre ainsi disposée, l'avènement de Pie IX et ses concessions produisirent une sensation d'autant plus vive que l'effet en devait être plus contenu.

Au mois d'août 1847, un des chefs du comité révolutionnaire , Doraenico Romeo, né sur les bords du détroit de Reggio, se rendit de Naples en Calabre, par Messine. Il communiqua ses projets aux patriotes les plus impatients; et l'étendard de la révolution fut déployé à Messine le 1"" septembre, à Reggio le 2.

Dans cette dernière ville, le peuple fit la garnison prisonnière. L'insurrection gagna la Calabre supérieure; un gouvernement provisoire fut constitué. Une proclamation appela les peuples de Naples et de Sicile aux armes et à la liberté. Des tentatives contre les forts qui commandent le détroit échouèrent. Des forces royales, supérieures en nombre, furent expédiées en toute hafe; les insurgés évacuèrent Reggio pour éviter aux habitants l'horreur d'un bombardement.. Les populations voisines, saisies d'effroi, n'essavèrent aucune résis-

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tance; et les bandes, retirées dans les montagnes, se troublèrent devant l'impossibilité du succès, et furent bientôt dispersées.

La mort de Domenico Romeo fut tragique. Grièvement malade, accom|)agné seulement de son neveu Pietro, il s'était caché dans une chaumière. Découverts, ils opposèrent , avec un sombre courage , une résistance désespérée à 80 gardes uibains de Fedavoli. Un coup mortel frappa à la poitrine l'infortuné Domenico. Il tomba. Mais il fut aussitôt vengé par son neveu Pietro, qui, d'un coup de mousquet, abattit le meurtrier de son oncle. Les gardes, ne pouvant conduire à ses juges Romeo vivant, lui tranchèrent la tête tandis qu'il respirait encore, la fixèrent sanglante sur un pieu, et forcèrent son neveu à porter ce trophée funèbre par les rues de Reggio. Quarante prisonniers environ furent envoyés à Naples, enchaînés deux à deux , et confondus avec les malfaiteurs.

L'insurrection de Messine fut aussi malheureuse. Une poignée de braves, n'ayant pu s'emparer du général Landi et de- ses officiers, avaient été vaincus, après une lutte vigoureuse et un premier succès. Cette tentative, mal secondée par le peuple qui n'était pas encore prêt , fut étouffée dans le sang de quelques chefs fusillés, et suivie de l'exil de dix autres. Ces persécutions, loin d'intimider les Siciliens , ne firent que vivifier leur haine et surexciter leur courage.

ni

Dès les premiers jours de janvier 1848, on lut avec surprise sur les murs de Palerme un audacieux défi :

« Si le gouvernement, avant le 12 janvier, n'a pas concédé à la Sicile les institutions auxquelles elle a droit, on aura recours aux armes, ce jour-là, pour les conquérir. » Le gouvernement crut au délire d'esprits aventureux, et se contenta de quelques arrestations. Mais le 12, jour désigné, des hommes au cœur résolu se précipitent dans les rues, sur les places publiques, et donnent le signal de l'insurrection. De faibles détacliements envoyés pour les disperser sont désarmés ou repoussés. Le drapeau aux couleurs italiennes est arboré. Les citoyens frappent aux portes des maisons, saisissent les armes qu'on s'empresse de leur donner. Ce soulèvement prend des proportions telles que les troupes sont forcées de se replier dans les positions les plus importantes : le palais royal, où se trouve le lieutenant du roi, le fort Castellamare, les casernes du môle, la prison située entre le môle et la ville, l'hôtel des finances, et les casernes qui avoisinent le palais royal.

Le tocsin sonne et retentit au loin. Les montagnards accourent. Le soir, toutes les maisons sont illuminées; l'insurrection reste maîtresse de l'intérieur de la ville. Le lieutenant du roi, duc de Majo, et le général Vial, commandant les troupes, envoient à Naples un paquebot [)our réclamer des renforts. Du 13 au 15, pendant quarante-huit heures, le combat se continue avec acharnement. Les bombes et les boulets pleuvent sur l'antique cité. La mitraille balaye la rue de Tolède. La cruauté de la répression passionne, exaspère les esprits. Palerme n'a plus qu'un sentiment , celui de -la délivrance. Nol)les, bourgeois, prêtres, moines, ouvriers, pêcheurs, paysans, serrent leurs rangs, unissent leurs

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forces, versent leur sang aux cris si populaires dans la contrée de : « Vive l'indépendance sicilienne! Vive la conslilution de 1812! Vivent nos frères de l'armée! Vive l'Italie! »

Les consuls, présidés par le consul français, M. Bresson, bravant les coups de feu dirigés sur eux par des soldats ivres de combat, se rendent auprès du lieutenant du roi , prolestent contre l'acte sauvage du bombardement, et ne parviennent qu'à obtenir une suspension de vingt-quatre heures. Six mille hommes, six batteries d'artillerie , commandées par le général de Sauget , neuf frégates à vapeur sous les ordres d'un frère du roi, le comte d'Aquila, partis le 1 4 de Naples, arrivent le 15, vers quatre heures de l'après-midi. Cette armée ne peut intimider les habitants. Ils repoussent toute offre qui ne leur concède pas les lois constitutives qu'ils exigent; ils organisent un pouvoir insurrectionnel où siègent le prince Pantellaria, le marquis de Rudini, le préteur de la ville marquis de Spedalotto, et l'amiral en retraite Ruggiero Seîtimo.

A la vue de cette population qui préfère s'ensevelir sous les ruines de ses murailles plutôt que de céder, à l'aspect des soldats qui hésitent devant ce spectacle imposant, en présence des consuls qui parlent au nom de l'humanité, le comte d'Aquila s'émeut, doute de son pouvoir, de son droit, et, après vingt-quatre heures de séjour, retourne à Naples auprès du roi , lui tracer le tableau d'une situation dont il a été le témoin.

Ferdinand réunit ses ministres. Les rumeurs qui circulent sur les événements de Paierme montent jusque dans la salle du conseil. Des dépêches annoncent (jue certaines communes des Abruzzes ont refusé de fournir

le continuent de la conscription, et qu'une insurrection grave a éclaté à Vallo, province de Salcrne. A la confiance absolue dans les mesures de rigueur, succède la crainte du péril. Le conseil d'État est rassemblé. Les princes y assistent. La délibération dure, le 18, depuis neuf heures du matin jusqu'à sept heures du soir. Enfin le roi se décide à des réformes semblables à celles qui ont été concédées à Rome, à Florence, à Turin. Un supplément au journal ofticiel contient quatre ordonnances : sur l'organisation d'une consulte d'Étal, sur les conseils provinciaux, sur la séparation des royaumes de Sicile et de Naples. Le dernier décret, qui paraît le 19, nomme lieutenant général en Sicile le comte d'Aquila, avec un ministre adjoint et des directeurs; il promet une amnistie et une amélioration dans la censure.

Ces concessions, qui, octroyées volontairement quelques jours plus tôt et non arrachées par la force, eussent été accueillies avec enthousiasme, ne furent connues en Sicile que le neuvième jour de la lutte. Le sang n'avait pas cessé de couler, les bombes et les boulets de tomber sur la ville. Les troupes, cernées, harassées, avaient éprouvé de notables revers. La population, qui avait traité en frères les soldats prisonniers, accusait l'armée d'avoir égorgé des moines dans le couvent des Bénédictins. Les décrets royaux furent repoussés.

« Ces dispositions, » dit au nom du comité général le marquis de Spedalolto, « ne peuvent regarder un peuple qui, depuis neuf jours en proie aux horreurs d'un bombardement, de la mitraille et de l'incendie, soutient glorieusement ses droits et ses institutions nationales, seules capables d'assurer un bonheur durable

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