CHAPITRE S1-PTI1:MF
saîjesse de considérer le salut de l'Italie comme loi suprême, et l'union des partis comme garantie du succès.
Les républicains les pins avancés avaient, dès le 5 mars, formé à Paris une association nationale italienne, dont .A[azzini , chef de la Jeune-Italie, était le président, et dont un homme libéral, mais d'opinion moins prononcée, M. Canuti, avait accepté la viceprésidenco. Dans leur manifeste du I i mars, on lisait : (( Fortune immense pour nous et présage d'avenir! ce frémissement de progrès , plus ou moins
haidi, dans les divers États qui se partagent encore notre patrie commune; ce frémissement est dominé par une grande et sublime idée : l'idée de la nation ! Dans cette fluctuation de mouvements variés, inégaux, un seul cri « Vive l'Italie î » vibre au-dessus de toutes les voix!... Notre association n'est ni toscane, ni piémontaise , ni napolitaine: elle est italienne !... Elle ne veut pas aider au triomphe de telle ou telle forme de gouvernement... elle consacre tous ses etîorts au développement du sentiment national... La nation constituée pourra consacrer, par un vœu solennel, les formes de vie civile, et les conditions politiques et sociales qui lui conviendront le mieux... »
Avant leur départ pour l'Italie, les membres de l'association voulurent porter à l'Hôtel de ville, au Gouvernement provisoire de la République française, leur tribut de sympathie. Après la lecture d'une adresse dont l'amour de la patrie relevait l'éloquence, ils reçurent de
M. Lamartine ces adieux qui exposaient nettement la politique de la France :
« Eh bien , puisque la France et l'Italie ne font
qu'un seul nom dans nos sentiments communs pour sa régénération libérale, allez dire à l'Italie qu'elle a des enfants aussi de ce côté des Alpes. (Bravo!) Allez lui dire que si elle était attaquée dans son sol ou dans son âme, dans ses limites ou dans ses libertés, que si vos bras ne suffisaient pas à la défendre, ce ne sont plus des vœux seulement, c'est Vépée de la France que nous lui offririons pour la préserver de tout envahissement. (Bravos unanimes.)
» Et ne vous inquiétez pas ! Ne vous humiliez
pas de ce mot , citoyens de l'Italie libre ! Le temps a éclairé la France, et lui a donné en raison, en sagesse, en modération, ce qu'elle eut autrefois en impatience de gloire et en soif de conquêtes. Nous ne voulons plus de conquêtes qu'avec vous et pour vous »
Mazzini répondit à ces otïres formelles de l'épée de la France par quelques paroles de cœur, et ajouta : «■ L'Italie, nous l'espérons, saura se suffire à ellemême!... Au nom des intérêts généraux de la démocratie européenne, au nom de cette politique de liberté, d'égalité, de progrès, que vous avez proclamée pour le monde, nous comptons sur votre appui moral, qui est et doit être désormais beaucoup plus puissant que l'appui de la force et que l'autorité des armes »
Le tribun comme le roi, tous deux mus par des sentiments divers, exprimaient une pensée identique !
CHAPITUE SEPTIEME. <8o
Lamartine avait tenu au général Pepe, la veille de son départ pour Naples, le même lanc;age qu'à l'association italienne. C'est le général qui l'a fait connaître dans ses Mémoires : « Lamartine, se rendant au conseil, me dit, en présence de deux vieux généraux, que la France était prête à envoyer cent mille hommes en Italie pour soutenir la cause de l'indépendance. Je lui répondis que trente mille hommes suffiraient pour réunir en un faisceau les troupes sardes, napolitaines, et le petit nombre de soldats que pourraient fournir la Toscane et les États romains. »
Mazzini arriva à Milan le 8 avril. Il y exprima les sentiments et les idées qu'il avait exprimés à Paris. Plusieurs patriotes voulant fonder un journal destiné à combattre les illusions du Gouvernement provisoire lombard, et à démontrer l'avantage de s'adresser à la France républicaine plutôt qu'au Piémont et aux princes hostiles à leurs principes, 3Iazzini s'opposa à cette politique, la déclarant inopportune.
La plupart des républicains ajournaient leurs désirs, et volaient au combat. « Dans les Etats romains, » dit Farini, « les républicains étaient peu nombreux, les mazziniens l'étaient encore moins, et la majeure partie et des uns et des autres avaient laissé toute brigue politique pour aller défendre la fortune de l'Italie. Un grand nombre de journalistes, parmi lesquels on cite
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avec lionneiir le Bolonais Berti- Pichal, avaient quitté la plume pour le fu^il. »
En Toscane, Montanelli, ses amis et tous ceux que nous avons cités, s'étaient faits soldats de cette cause sacrée. Cette conduite était aussi noble qu'habile.
Serlori, à Milan, ayant conseillé, malgré ses amis, la forme républicaine, et Cesare Levi, à Venise, ayant attaqué Charles-Albert, tous deux soulevèrent Topinion publique, furent en butte à des attaques violentes, et, par là, donnèrent de la force à leurs adversaires, qui les déclaraient coupables de chercher à affaiblir un roi combattant les Autrichiens !
Gioberti, qui conservait lintluence de son génie, s'était également empressé, dans des lettres publiées, datées de Paris 25 février, de persuader à ses amis la nécessité de l'union de tous les Italiens et de l'accord avec les gouvernements, afin de ne pas rompre l'œuvre merveilleuse de trois années. Il les suppliait d'agir avec prudence, et de ne pas oublier ce que Ton devait aux trois princes réformateurs, Pie IX, Léopold, Charles- Albert. Il louait la France, le peuple de Paris, la République si libérale, si généreuse. Il la vantait comme une alhée indispensable et favorable. Il ajoutait : « En résumé, l'expérience de la répubhque est dangereuse. Laissons nos voisins seuls l'essayer, afin que nous puissions, si elle ne réussit pas, les aider au besoin, au lieu d'être les compagnons de leur mésaventure. »
Nous avons exposé les germes de division qui existaient, et les efforts, les sacrifices du parti républicain