‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 71 sur 209 · CHAPITRE SEPTIEME. IS · texte numérisé non relu

CHAPITRE SEPTIEME. IS

pour établir la concorde et l'unité. >[ais il y avait quelque chose de plus dangereux encore que les rivalités, les fausses positions, les hésitations des princes et les luttes de principes : c'était cette illusion absolue dans laquelle se complaisait l'Italie entière.

La promptitude de la victoire, la valeur des Italiens, leur énergie, leur audace, la démoralisation des Autrichiens, leur retraite précipitée, avaient ébloui les imaginations. Après les résultats prodigieux d(''jà obtenus, ce qui restait a entreprendre paraissait facile. Si des populations sans armes, sans liens, avaient triomphé d une armée formidable, que ne pourraient-elles obtenir avec l'aide des troupes régulières du Piémont ?

M. Bixio, chargé d'affaires de France à Turin, écrivait à son gouvernement : « Le ministre sarde, M. Pareto, paraissait parfaitement rassuré sur les chances et l'issue de la guerre. Il doutait à peine que l'armée sarde ne battît l'Autriche dans les plaines de la Lombardie, et ne s'inquiétait presque en aucune façon d'un échec possible. Cette sécurité singulière m'alarmait au dernier point. J'ai demandé à M. Pareto s'il avait une réserve prête en cas de défaite. Il me répondit que d'ici à ({uelques jours il se j)roposait de la convoquer. J'insistai. Je demandai de plus si la population piémontaise tout entière était sur pied, en éveil, prête à être armée en cas d'invasion. Ce langage étonna et ne fut point

compris Ce qui frappe le plus ici, c'est le contraste

de l'audace de l'entreprise et de l'insullisance des moyens. »

M. Bixio écrivait encore le 7 avril : « Malheureusement il règne à Milan comme a Turin la plus folle et la plus dangereuse confiance. Dans les ministères, dans

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les salons, dans les rues, on ne voit, on n'entend que des gens à qui ia question de l'indépendance de l'Italie ne parait qu'une de ces questions historiques dont il est suranné de s'occuper. Dans l'opinion générale, l'Autriche n'est plus qu'un fantôme et l'armée de Radetzki une ombre. »

Charles-Albert partageait ces illusions. Cette foi aveugle, unie dans son âme à la crainte de la République et à son ambition, achève de donner l'explication de sa politique et de sa conduite. On comprend pourquoi, certain de vaincre par ses propres forces, il dédaigna les levées en masse , les moyens insurrectionnels, le concours des volontaires, la ligue italienne, les armées des autres princes, l'aide de la France. On comprend pourquoi il temporisa; pourquoi il attendit, pour secourir la république vénète, d'y être appelé comme souverain.

Un brillant fait d'armes des troupes piémontaises vint compléter cet éblouissement des esprits. Les Autrichiens, appuyés sur Peschiera et Mantoue, étaient maîtres de la ligne du Mincio. Établis sur les deux rives, ils possédaient les ponts et les passages de Goïto, Valeggio, Monzambano. Le 8 avril, le roi entreprit de forcer ces passages. L'avant-garde, commandée par le général Bava, attaque vivement Goïto, où l'ennemi s'était fortifié en coupant les chemins et en occupant les maisons , d'où il faisait un feu des plus meurtriers. Mais tout obstacle cède à l'intrépidité des tirailleurs du bataillon Royal-Novi, placés en tête de la colonne et soutenus par quelques pièces d'artillerie. L'ennemi,

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force d'abandonner sa position, passe le fleuve, fait sauter le pont miné d'avance; mais un parapet reste intact; les tirailleurs s'élancent hardiment sur ce débris fumant encore, et s'emparent de l'artillerie qui les foudroyait. Le Mincio était forcé.

Les Autrichiens se retirèrent vers Mantoue.

Le lendemain, une colonne sous les ordres du général Broglia, de la division Sonnaz, fait taire le feu des batteries autrichiennes établies de l'autre côté du Mincio; entre Monzambano et Valeggio elle rétablit un pont de service avec l'aide des populations, et, grâce aux tirailleurs et à l'artillerie, elle effectue son passage jjisqu'au point où l'armée autricliienne s'était postée. Le I I , l'armée piéraontaise était maîtresse des ponts et des passages du Mincio; Radetzki avait refusé la bataille et se repliait sur Vérone.

Le roi adressa à ses soldats, fiers de leurs succès, une proclamation qui les félicitait de leur bravoure.

Radetzki expliqua sa retraite en ces termes :

« N'ayant jamais eu l'intention de défendre avec vigueur la ligne du Mincio, qui nous aurait coûté des soldats clans des engagements partiels sans résultat aucun, j'ai fait exécuter à l'armée un mouvement rétrograde pour lui donner quelque repos. — Restant maître des deux forteresses de Mantoue et de Peschiera, il dépend de moi à chaque instant de repasser le Mincio sans grand déploiement de forces et sans s^acrifices, en attaquant l'ennemi dans des circonstances favorables. J'espère que la troupe a confiance en moi, et qu'elle me suivra avec ardeur, avec joie, quand je la mènerai à l'ennemi. »

Le langage belliqueux et triomphant du roi expri-

niait la loi dans la victoire. Les explications embarrassées du maréchal révélaient l'hésitation dans la défaite. Cette alFaire d'avant -ii;arde fut célébrée par toute l'Italie conmie un présage certain de l'expulsion des Autiichiens.

Radetzki, Iroid)!!', mais non d(H"Ourai»é, se demandait si, maître encore d'une position redoulal)le, il par^ielldrait à gagnei' le temps nécessaire pour réaliser ses projets : ralVermir ses troupes ébj-anlées, approvisionner ses quatre places de guerre, recevoir des secours, des munitions, une seconde armée.

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Mais si rilalie s'était levée avec enthousiasme contre l'étranger, l'Autriche n'était [)as jestée froide pour une cause 011 l'honneur de ses armes était engagé, où l'intégrité de ses possessions était menaci'e, où les intérêts de son commerce et de son industrie étaient compronùs. Dès que le gouvernement eut appris l'insurrection de ses belles provinces italiennes et la retraite du maréciial, il prit la résolution, malgré les difhcultés (pii absorbaient les forces de l'empire, d'envoyer immédiatement en Lombardie et en Vénélie de nouvelles troupes. 11 ordonna la formation de ({ualre-vingts bataillons de mille hommes, le départ le plus l'apide des régiments dis|)onibles de la garnison de Vienne, et la formation d'un corps d'armée ipii , sous les oidres du l'eld-mar(''clial Nugenî, piil aussilùt position sur les bords de l'Isonzo.

Ensuite il lit a|)pel au sentiment patiiotique de l'empire et de l'Allemagne, cherchant à opposer sang à sang.

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