CHAPITRE SEPTIÈME
encore des Croates et des Slaves. Rien de plus émouvant que son appel à ces peuples :
« Distinguons l'Autriche de l' Allemagne! A la
véritable , à la grande Allemagne , associez-vous comme à une sœur !
)) La grande famille slave se réveille et se reconnaît elle-même! ses membres épars et déchirés se rejoignent ! un sang nouveau y circule! 0 Croates méprisés par l'Autriche, haïs par l'Italie comme instruments de tyrannie, le monde ne vous connaît pas!... Peu savent que depuis dix ans vous luttez, dans votre pays, pour vos droits, votre langue, vos traditions et la dignité de votre âme. Le monde ne sait pas que vous avez été les premiers à secouer le joug de Metlernich] vous, que vos autres compagnons d'esclavage regardent comme un troupeau!
)> Croates, qui êtes encore en Italie à verser le
sang italien! délivrez-vous de cette infamie! déposez ces armes honteusement cruelles? La Croatie vous réclame! votre patrie a demandé énergiquement à Vienne que vous sortiez d'Italie, et que vous cessiez d'être bourreaux et victimes ! . . .
» Croates! Bohèmes! Polonais! vous tous qui êtes comprimés sous le joug de la pesante Autriche, levezvous!... Mais ne méprisons pas ceux qui nous méprisent! ne haïssons pas nos ennemis! compatissons au contraire à leurs malheureuses victoires précédentes! et compatissons à leur chute précipitée!
)) Et toi, Pologne malheureuse, tu ne pourras voir surgir en toi une vie véritable, si tu n'aimes pas ton impitoyable bourreau, la Russie, également ta sœur! Ils sont peu nombreux ceux qui te tourmentent. Mais
le pauvre peuple russe gémit, lui aussi, et porte au tbud de son âme la punition d'une tyrannie qui n'est pas la
sienne...
» Debout , Croates ! Bohèmes! Polonais! faites
de vos chaînes des épées, et de votre joug une arme de défense ! Vous , si longtemps courbés sous le bâton autrichien, levez-vous! vous vaincrez en paraissant! Levez-vous sans haine et sans crainte! le Dieu des nations est avec vous ! . . . »
Un prêtre, Antonio Maria Pasini , écrivait dans Vlndipendentp : « Il est douloureux que le beau et sacré cri de Vive V Italie ! soit accompagné de cet autre cri : Mort aux Allemands! Que le peuple enfin apprenne à distinguer entre Allemand et Autrichien!... qu'il sache que l'Allemagne aussi s'éveille aujourd'hui , demandant compte à son gouvernement, réclamant des réformes et la liberté!... Quant aux Autrichiens, n'oniils pas secoué , eux aussi , le joug de l'odieux oppresseur du peuple? Oui, l'insurrection de Vienne a été le premier signal de notre affranchissement ! . . . Un peuple ne doit plus, ne veut plus être maître d'un autre peuple!... Qu'on ne lance plus de malédictions contre les peuples, mais contre ceux qui les oppriment et qui flattent le despotisme et la tyrannie , quels qu'en soient l'état, la patrie et l'idiome. »
Ces appels à l'humanité et à la fraternité germeront un jour! mais, dans ce trouble des révolutions, ils se perdaient , et n'apportaient aucun adoucissement à la guerre. Les nationalités entraînaient avec elles leure vertus et leurs passions.