CHAPITRE SEPTIÈME
L'Autriche pouvait donc espérer, par le soulèvement de l'Allemagne contre l'Italie, résister, lutter, triompher peut-être; mais, au moins autant que Charles- Albert, le gouvernement impérial redoutait l'intervention de la République française; il reculait devant ce fantôme de tous les trônes, et il préférait négocier. ,
En réponse à cette pensée , exprimée par lord Pon-
somby au comte Fiquelmont : « L'Italie pourrait
devenir l'occasion d'une guerre générale. Le gouvernement de la République française aura besoin d'une guerre pour se soutenir ; nous désirons que vous ne lui en donniez pas l'occasion en Italie!... » le comte Fiquelmont écrivait , le 5 avril , au comte Dietrichstein , avoir dit à lord Ponsomby : « jMilord , dans les mains de l'Angleterre est le sort de l'Italie. Vous êtes, aujourd'hui , la seule puissance qui y possédiez de l'influence. Cette influence y est d'autant plus grande, qu'elle y est seule. Le renversement si facile de Louis-Philippe, l'établissement d'une république en France, ont inspiré une véritable épouvante. On craint le secours autant qu'on craindrait l'hostilité.
» Un commissaire impérial va partir pour l'Italie, muni de pleins pouvoirs pour négocier une réconciliation sur les bases les plus larges, qui sont une suite naturelle et voulue du nouveau système politique adopté par l'Autriche... Appuyer la position de la cour d'Autriche dans les limites de ses possessions italiennes, serait tout autant conforme aux intérêts de l'Angleterre qu'à ceux de l'Autriche. »
L'intervention possible de la République française , qui inquiétait l'Angleterre, etfrayait l'Autriche, terrifiait le roi de Piémont, serait-elle réclamée parla République vénète? Sa situation était ditîerente ; elle n'avait ni les mêmes antipathies ni les mêmes craintes. Mais (nous en donnerons les preuves, retenue par les susceptibilités nationales et sans doute par une noble fierté, elle préféra le patriotique concours des armes sardes, romaines, napolitaines, et ne fit que remercier la France de ses sentiments d'amitié , se réservant seulement d'y recourir plus tard s'il en était besoin.
Le président du conseil, Manin, avait annoncé, le 28 mars, au vicomte Palmerston l'avènement de la République, comme respect des traditions, obéissance au passé et nécessité des choses. Le vicomte avait répondu, le o avril, au consul général Dawkins : a de communiquer avec le Gouvernement provisoire toutes les fois que le service le demandera, et d'expliquer qu'en agissant ainsi vflus ne préjugez, en aucune manière, la décision que prendra le gouvernement britannique sur la reconnaissance du gouvernement qui peut s'établir d'une manière permanente à Venise , soit autrichien, soit italien! »
Cette froideur du gouvernement anglais devenait encore plus saillante par un fait alors remarqué : « Dans l'église Saint-Marc, au service funèbre pour les âmes des citoyens morts en combattant pour l'indépendance italienne , tous les consuls des puissances étrangères