CHAPITRE SEPTIÈME
avaient été invités, et s'y étaient rendus, à l'exception des consuls d'Angleterre et de Russie. »
Le gouvernement provisoire de la République vénète adressait, le 28 mars, au ministre des affaires étrangères de la République française cette missive :
« Ce n'est pas par les formules de la vieille diplomatie que nous débuterons, en adressant à la République française nos remercîments fraternels. Elle a plaint nos malheurs ; elle a félicité notre réveil ; elle nous a promis un appui dont nous avons beaucoup à espérer et rien à craindre. Le temps des interventions usurpatrices est passé , et ce ne serait pas un secours dangereux qui nous viendrait d'un pays où Lamartine est ministre.
» Venise est pleine des souvenirs des anciennes relations de l'Italie avec la France : une ville alors valait un royaume. Les temps sont changés, mais les idées et les sentiments n'en sont peut-être que plus purs et plus nobles. Les malheureux savent aimer. Il est bon quelquefois d'être opprimé pour mieux sentir la véritable grandeur.
)) Nous faisons des vœux pour la prospérité et la gloire de la France ; nous lui tendons la main avec un sentiment de reconnaissance que le temps ne rendra que plus fort. )i
Tommaseo écrivit à Lamartine :
« Lorsque nous nous sommes rencontrés à Paris, vous poëte et orateur illustre, et moi réfugié obscur, nous ne pensions pas que nous devions un jour nous
trouver ministres de deux Républiques. La conformité des positions n'enlève pas la grande inégalité des mérites , mais me rend plus hardi à vous adresser cette parole Iralernelle! Vous aimez l'Italie et la défendiez malheureuse. Nos joies sont donc les vôtres. Nous honorons dans la nation française cet instinct de générosité courageuse qui la fait aspirer aux grandes choses comme à son élément nécessaire, et déjà nous savons que votre cœur est avec nous, et nous vous en remercions de cœur. »
A cette lettre personnelle, Lamartine répondit par une lettre personnelle , aussi belle de forme et de sentiments :
« Cher et illustre citoyen :
)) Si je n'ai pas encore à vous répondre au nom de la République , je m'empresse du moins de vous exprimer, comme citoyen, les félicitations que m'inspire la nouvelle et glorieuse situation de votre patrie. J'ai été heureux du souvenir que vous avez porté à mon nom au milieu des graves préoccupations dont vous êtes entouré. Votre pensée est tombée juste, car aucun cœur en Europe ne renferme plus d'amour que moi pour l'Italie, et plus d'admiration et d'enthousiasme pour Venise en particulier. Permettez-moi d'y joindre mon attachement pour vous et pour les hommes généreux qui portent, des Alpes à l'Océan, la liberté sur leurs mains réunies. »
Après l'épanchementde ces deux nobles âmes, citons les documents officiels. Le 8 avril, le consul général de la République française, M. Lemperani, arrivé le jour