CHAPITRE SEPTIEME
Cività-Vecchia, et je pars ce soir pour Naples avec tout le reste. »
M. Bixio donna sur-le-cllamp avis de sa lettre à l'amiral, au Gouvernement français, par dépêche télégraphique du 27 avril, et à M. Lemperani le même jour. On ne pouvait mettre plus d'empressement et plus de zèle.
« La frégate française à vapeur de guerre VAsmodée, » dit le Mémorial vénète de P. Contadini, « le i 0 mai, arriva au port. ï/esquif porta aussitôt à terre deux officiers, qui, montés sur la Piazzetta, furent accueillis avec les signes de la plus vive sympathie du peuple, par les cris de Viva ritalia! Viva la Frauda ! »
L'Àsmodée représentait dans l'Adriatique la flotte française, qui, stationnant dans le golfe de Naples, n'était éloignée que de quelques journées. Ces forces étaient donc suffisantes. Le brave capitaine Ricaudy, les officiers, l'équipage, surent tenir haut et ferme l'honneur du drapeau français. Ils déployèrent dans cette mission ce courage froid et cette noblesse de caractère, l'un des plus brillants apanages de la marine française. L'appui moral , le, seul réclamé par 3Ianin , ne s'était pas fait attendre, car l'Asmodée précédait à Venise l'arrivée de la flotte napolitaine qui n'eut lieu que le 1 6 , et celle de la flotte sarde que le 22.
Malgré toute la réserve du gouvernement vénète , qui s'était borné à prévoir le cas où l'Italie pourrait avoir besoin du secours de la France, ce gouvernement souleva contre lui des reproches, des plaintes, des récri-
rainations. « Eh quoi ! » s'écriait avec indignation la Patria de Florence , « le gouvernement vénitien implore le secours de la France, oubliant que la résurrection et la renaissance de l'Italie se résument dans ces mots sacramentels : L'Italia farà da se! Ces paroles sont le symbole de foi de tous les Italiens ; et faut-il qu'aux premiers jours de la lutte nous proclamions à la face de l'Europe et du monde que l'Italie est condamnée, par une déplorable fatalité, à chasser ses oppresseurs étrangers avec le secours et par l'épée d'autres étrangers , destinés peut-être à leur tour à devenir des oppresseurs ?
» Aujourd'hui il ne suffit plus de tenir un langage italien, si ce langage est démenti par des actes antiitaliens. Si Venise ne s'était point isolée de la Lombardie et du Piémont, elle n'en serait pas réduite à chercher
des secours au dehors L'ennemi campe toujours
sur les rives de l'Adige, mais nous ne voulons pas douter de la victoire, et cette victoire doit être due exclusivement, absolument, aux armes italiennes. L'assistance étrangère rendrait éphémère et illusoire notre indépendance. Aujourd'hui et toujours l'Italie doit faire par elle-même ! »
Montanelli, l'un des héros et des historiens de cette époque, qui reconnaît avec loyauté cette faute d'avoir repoussé les offres de la France, cite une lettre, plus expressive encore, écrite au même journal, de Milan,
le o avril , par Massari : « Les magnanimes paroles
dans lesquelles se résume la résurrection italienne : L'Italia farà da se, ces magnifiques paroles qui sont le premier article de foi du symbole politique de tout bon Italien, ne signifient donc rien pour le gouvernement
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vénilien ? Quel vertige , quel délire a frappé l'esprit des ministres de la République vénitienne? Nous ne trouvons pas de paroles assez sévères pour blûmér leur conduite Dites si vous voulez être de vrais Italiens, ou
si ce nom sacré d'Italie, tant de fois prononcé et invoqué par vous, ne fut que le manteau impérial avec lequel vous vouliez couvrir aux yeux de vos concitoyens, aux yeux de l'Europe, les haillons de vos mesquineries, de vos petites ambitions municipales ! Dites-le franchement; il n'est plus temps de se cacher. Personne ne croit plus à vos paroles , quand vos actes anti-italiens les contredisent manifestement. »
Délivrer sa patrie et se voir accuser aussi cruellement de n'être mû que par ambition personnelle, devait blesser profondément le gouvernement vénitien. Aussi, pour démontrer l'erreur et l'injustice de l'attaque, il fit insérer dans la Gaze/^e officielle QTie réplique, qui rappela avec dignité M. Massari à la modération et aux convenances, lui reprochant de n'avoir pas su distinguer le subjonctif conditionnel des autres temps du verbe, et d'avoir voulu interpréter ce sentiment : « que le secours venu d'un pays où Lamartine était ministre ne serait pas un secours dangereux, » comme une demande d'intervention directe et immédiate.
Le Gouvernement provisoire lombard, si généralement dévoué à Charles- Albert , avait encore été plus réservé vis-à-vis de la France. Cependant, dans le premier moment , les canons autrichiens fumant encore , le 27 mars, il avait adressé au Gouvernement provisoire
de la Rôpiibli(jiie françalï^e une lettre pour lui annonrer : les cinq jours de lutte de ^lilan, sa victoire, la retraite des Autrichiens, l'aide du roi de Sardaiiine accourant en personne avec ses troupes : « Dans cet état de choses, nous nous sommes abstenus de toute question politique; nous avons solennellement déclaré, à plusieurs reprises, qu'après la lutte ce sera à la nation de décider sur ses destinées.
» A cause de cela , nous u'avons pas encore cherché à nous faire reconnaître par le Gouvernement provisoire de la République française; nous attendons d'être un gouvernement avec une forme quelconque pour nous adresser à l'Europe. Maintenant nous ne sommes que le gouvernement de l'urgence et de la nécessité.
)) Cependant, puisque nous envoyons, l'un de nos citoyens les plus honorables, M. Louis Porro, à Toulon, pour faire un achat d'armes , nous avons cru pouvoir adresser au Gouvernement provisoire de la République française cette expression de notre respect et de notre sympathie.
)) C'est à ce gouvernement, qui a déclaré si solennellement vouloir venir en aide à toutes les nationalités opprimées et en hâter la délivrance ; c'est au gouvernement de la nation la plus brave et la plus généreuse du monde , de trouver le moyen de nous aider dans des circonstances si difficiles. »
Malgré le peu de précision de cette lettre sans portée politique, comme elle l'avouait, c'était une lettre au gouvernement de la République française. Cela suffit pour motiver une explosion de colère dans l'âme de Charles-Albert. Nous en trouvons la preuve incontestable dans une dépêche de sir Abercromby à lord