CHAPITRE SEPTIEME
Non, ce n'est pas Tépée de la France qui a nianqué à l'Italie pendant la durée du Gouvernement provisoire et de la Commission executive; c'est l'Italie qui a refusé de s'en servir, ou du moins le roi qui alors présidait à ses destinées.
Quant aux attaques des derniers, peu de mots suffiront. Le Gouvernement français ne partageait pas les illusions des Italiens. A ses yeux, l'Italie fractionnée, divisée, ne pouvait résister à l'Allemagne. Il croyait à linsuccès de l'armée piémontaise ; et Lamartine, chaque jour, au conseil, en analysait, en démontrait les causes probables. Le Gouvernement français avait donc la conviction que l'Italie se verrait contrainte d'invoquer le secours de la France, dans un délai peu éloigné, dès que Radetzki aurait reçu les renforts partis de Vienne. Pourquoi donc aurait-il eu recours à des moyens déloyaux pour amener un état de choses qui lui paraissait être dans la logique inévitable des faits?
« Il serait facile », écrivait 31. Bixio le 27 avril, « d'ici à quelques jours, de se faire appeler par l'Italie; une panique à Milan, un bruit de traité suffiraient. » La question posée, il combattait cette politique comme impuissante, désastreuse, n'aboutissant qu'à laisser les baïonnettes françaises isolées en face de l'Europe. Il fallait abandonner les événements à leur cours. Le chargé d'affaires annonçait également avoir peu foi dans les forces du parti révolutionnaire. La correspondance du ministre des affaires étrangères ne décèle nulle trace d'une action ténébreuse tramée dans le mystère, mais, à chaque page, les preuves du contraire. La loyauté du but était conforme à la franchise des movens.
Quant à la minorité du Gouvernement provisoire de la Republique française, elle eût certes désiré, comme la majorité, voir la Lombardie , à l'exemple de la Yénétie, préférer la forme républicaine. Mais elle sut respecter les vœux des peuples de l'Italie. On ne voit, dans les actes, dans les rapports, dans les aveux, dans les confidences les plus intimes de cette époque, aucun indice qu'elle ait cherché à précipiter les événements désirés par elle si ardemment. Sa foi absolue dans la force des circonstances explique son inaction. Selon elle, rien ne pouvait arrêter le mouvement dans son essor. L'impulsion étant donnée, quelques jours plus tôt, quelques jours plus tard, les peuples, non-seulement en Italie, mais dans l'Europe entière, étaient successivement emportés vers la République.
L'influence de certains clubistes de France sur les démocrates italiens ne s'apercevait également nulle part. Les démocrates italiens avaient trop d'orgueil national pour recevoir leurs inspirations d'hommes auxquels ils se croyaient supérieurs par le dévouement aux intérêts de leur patrie.
En résumé, les démocrates italiens ont fourni d'abondants matériaux sur cette époque; on n'y rencontre aucune main française qui ait fouillé leur intérieur.