CHAPITRE HUITIEME
(^h.irles- Albert presse Ii' voie du |((Mi|)lr Ii)rnljai(l. — Embarras du {[ouverneinent provisoii-e de .Milan. — La I{(''|inldique à Venise; obstacle à l'ambition de Charles-Alljcit. — Modération du {jouvernement de la Ilépublique vénète. — Mesures d'intérêt {jénéral à Venise. — Correspondance; accord des gouvernements lombard et vénète. — Les destinées des deux peuples seront fixées après la victoire. — La République vénète reconnue par Charles-Albert sans condition. — Méfiances mutuelles des partisans du roi et des républicains. — Le gouvernement piémontais cherche à limiter la guerre à la terre ferme et demande une trêve maritime. — Plaintes des Vénitiens. — Durando se rapproche de l'armée piémontaise et s'éloijjne de la frontière du Frioul. — Le roi n'envoie au secours de la Vénétie que 112 artilleiu-s.
— Murmures contre l'inaction du roi. — Le général Nugent menace le Frioul. — Les provinces vénètes s'éloignent du gouvernement de V^enise pour se rapprocher de Gharles-Alliert. — Le gouvernement de Venise invoque les secours de toute Tltalie, envole des délégués au camp de Charles-Albert. — Charles-Albert ne doit pas seul porter la responsabilité de son Inaction. — Entraves de la diplomatie. — Correspondance. — Inexpérience de Charles-Albert et de ses généraux.
— Charles-Albert ne coupe pas les routes du Tyrol. — Les volontaires dans le Tvrol , non soutenus; leurs échecs. — Augent pénètre dans le Frioul le 16 avril. — Prise d'Udlne. — Résistance d'Osoppo. — Progrès du corps d'armée de Nugent. — Blocus de Venise. — Charles- Albert donne ordre à Durando de s'opposer à Xugent. — Durando en face de Nugent sur la Piave. — Situation de l'armée de Charles-Albert et de l'armée de Radetzki. — Envahissement de Peschlera. — Combat de Pastrengo.
Charles-Albert, sollicité par ses partisans, conseillé par ses flatteurs, languissant d'atteindre son but, voyant cette couronne si près, n'eut plus la force d'attendre la victoire pour s'en saisir, et résolut de précipiter la décision du peuple qui devait la poser sur sa tête.
Pourquoi le roi hésiterait-il? disaient ses amis. Il a
donné une constitution et de larges réformes, rompu les traités, connneneé la lutte avec rAutriche, consacré ses trésors à la guerre! Il s'expose, se livre, s'il est vaincu, aux fureurs d'un ennemi sans pitié; il met en jeu, pour délivrer l'Italie, et son sang, et sa vie, et son trône. N'est-ce pas assez? Laissera-t-il quelcjues républicains, infime partie de la nation, poursuivre leur trame, répandre l'idée d'une république unitaire embrassant dans son étendue non-seulement la Lombardie, la Vénétie, mais la Toscane, Rome, Naples et le Piémont lui-même? Et s'il est vainqueur, que lui réservera-!-on ? quelques froids remercîments! puis la méfiance, la calomnie, l'ingratitude! On ne lui fera que la moindre part dans le succès! Ce sera l'armée et le peuple qui auront conquis l'indépendance! A eux, la reconnaissance; à lui, rien! La situation est fausse, il faut se prononcer. Toute irrésolution nuira à l'action. S'il n'est pour les Lombards qu'un allié , qu'ils le disent! s'ils le reconnaissent pour roi, qu'ils le proclament! Le salut de l'Italie le veut!
Dès son arrivée à Lodi, Charles-Ali)ert fit écrire à M. Casati, président du Gouvernement provisoire de Milan : « Sa Majesté considère qu'au peuple seul qui , avec tant de valeur, a su si récemment se délivrer du joug étranger, appartient le droit sacré de déterminer la forme de son propre gouvernement; et, pour cela, le désir de Sa Majesté est que le Gouvernement provisoire procède, dans le plus bref délai possible, à la convocation de cette Assemblée élective qui devra souverainement décider des futures destinées de ces belles provinces italiennes. Sa Majesté désire aussi que l'Assemblée émane d'un svstème d'élection très- large et