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tic Venise? C'est aux révélations de riiistoirc à le dire. A Yenise, la proclamation spontanée de la République contrariait les vues, les espérances de Charles-All)ert. Cet exemple, dangereux pour la Lombardie, et si proche, l'obsédait. Devant lui, à Milan, il n'avait qu'un provisoire d'un jour, facile h absorber; à Venise, s'élevait, contre son ambition, un gouvernement indépendant et les traditions de plusieurs siècles. Il fallait donc effacer le passé, briser le présent, assouplir ce pays. Un moyen s'offrait : le livrer à son impuissance pour la lui démontrer; l'abandonner sans secours, en proie aux difficultés, pour se faire désirer; le laisser quelque temps face à face avec l'armée autrichienne, pour se faire appeler! Ce moyen fut-il employé par Charles-Albert sans qu'il s'aperçût que chaque pas fait contre Venise par rennemi était un pas fait contre luimême ?
L'exemple donné par le gouvernement de la République vénète était en etîet un péril pour la Monarchie. Manin et les autres membres du pouvoir maintenaient Tordre dans la liberté, élevaient le peuple par la générosité des idées, le grandissaient par la noblesse des sentiments. Les familles autrichiennes restées à Yenise étaient respectées; les steamers qui venaient de Trieste, sauvegardés. Aucun trouble, aucun tumulte, aucune clameur! La probité régnait dans l'administration, la moralité dans les actes, la loyauté dans les rapports, la netteté dans les ordres; la modération, unie à la fermeté, réprimait toute pensée d'anarchie.
Le consul anglais, peu favorable à la cause vénitienne.
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en portait témoignage dans les lettres adressées à son gouvernement.
Manin et ses collègues avaient vu avec regret s'éloigner dans la nuit du 25 mars, sur le brick anglais la RcUanvc, frété pour Trieste, le duc et la duchesse de Bordeaux, la duchesse de Berri et le comte Lucchesi Palli. Ils eussent désiré que la présence des chefs de la famille des Bourbons vînt attester, devant l'Europe, et leur hospitalité et le calme de la cité.
Une telle République devait être admirée par les hommes et aimée de Dieu. Pie IX lui envoyait cette bénédiction écrite de sa main : « Dieu bénisse Venise en la délivrant des maux qu'elle craint, et que, dans les ressources infinies de sa toute-puissance, il daigne conserver à son peuple le bonheur qu'il mérite ! »
Le gouvernement crut devoir faire au peuple des concessions que les nécessités financières ne permettaient peut-être pas, mais que les nécessités politiques exigeaient impérieusement, 11 suspend la loterie; supprime la taxe personnelle; réduit d'un tiers le prix du sel; abolit le timbre sur les journaux; libère le travail du contrôle sur le coton, sur les fils et sur les manufactures de coton mêlé ou non mêlé à d'autres matières ; affranchit de tous droits et taxes les barques armées pour la pêche, même lorscju'elles se bornent à acheter le poisson dans l'Adriatique; concède aux Étals sardes l'abolition de tou4e surtaxe sur les vins de cette provenance; permet la libre entrée des blés, farines, riz et autres farineux, et en défend l'exportation; fixe la taxe postale des journaux à cinq centimes; adoucit les peines fiscales, en supprimant l'arrestation pour les
contraventions; ordonne la m.ise sous séquestre des
biens de l'archiduc Régnier et du duc de Modène ; rassure les intéressés sur le payement des pensions et sur la situation des monts-de-piété , dont il prend la direction; réforme les tribunaux; substitue la justice aux inquisitions policières; laisse à la presse toute liberté, n'exigeant des auteurs que leur signature et le dépôt; proclame la liberté religieuse, en déclarant égaux en droits civils et politiques tous les citoyens de quelque religion qu'ils soient; plein de déférence pour Pie IX, autorise la correspondance libre et directe entre les évêques et le souverain pontife; remplace la congrégation centrale par un conseil composé de trois délégués par province, qu'il appelle autour de lui pour le 1 0 avril, donnant ainsi satisfaction à la Vénétie; etYace enfin du code militaire la peine du bâton et des verges, qui répugnait aux mœurs policées de l'Italie et à la dignité d'hommes libres.
Ces détails donnent une idée de l'importance, de la rapidité des travaux du gouvernement républicain, et de son esprit sage et progressif. Mais les obstacles à vaincre étaient plus considérables encore que les travaux accomplis. Des difficultés nouvelles, inattendues, l'attendaient à chaque pas, dans la guerre avec l'Autriche, dans ses préparatifs de résistance, dans ses rapports avec les puissances étrangères, dans ses relations avec la Lombardie, avec le roi de Piémont, avec les forces romaines, avec les autres princes italiens, avec les provinces mêmes de la Vénétie. Jamais gouvernement n'eut, à son origine, à briser plus d'entraves ; mais il avait la volonté, la foi, le dévouement.
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Les premières relations avec la Loml)ardie furent cordiales, sympathiques. Elles devaient l'être. Entre ces denx pays rivés à la même chaîne, il y avait communauté de sonfTrances et de but. Cependant il y eut tout d'abord des nuances dans le langage.
Le gouvernement de Milan écrivait, le 25 mars, à la cité de Venise :
a Nous sommes dans la plus vive anxiété de
connaître votre sort. Faites que promptement nous en soyons informés; cependant nous vous exprimons la confiance que, dans votre organisation nouvelle, vous aurez pensé à l'unité italienne. Indépendancp et unité! tels doivent être les mots solennels qui résument tous les vœux et toutes les intentions de la nation. »
Le même jour, le gouvernement vénète écrivait aux Lombards, auxquels il donnait le saint nom de frères :
« Dans nos mouvements, qui concordent si heureusement et à la même heure, on ne peut que voir la main de Dieu et le signe sacré de l'union de nos destinées futures. Le même jour, 18 mars, se constituait la garde civique à Milan et à Venise. Le même jour, 22 mars, les autorités autrichiennes capitulaient à Milan et à Venise ! . . . Ce que nous avons fait ici et ce que nous faisons ne préjuge en rien l'avenir. Notre cause est la vôtre et celle de toute l'Italie. Nos discordes et nos ambitions municipales, qui furent l'origine de tant de malheurs, ayant cessé désormais, nous ouvrirons l'ère nouvelle sous les auspices d'une paix plus glo-
rieuse que nos antiques combats. Nous invoquons votre aide; nous vous offrons la nôtre, quoiqu'elle ne vous soit pas nécessaire, et nous aimerons à entendre simplement de vous quelles sont les résolutions que la riche, belle et loyale Lombardie doit prendre pour fixer ses destinées futures. »
Le gouvernement de Milan répliquait :
« Vos pensées sur la nationalité sont les nôtres.
Vous verrez que, dans nos espérances et dans nos désirs, nous avions devancé ce que vous avez fait.
» De votre affection nous étions assurés. Nous étions assurés qu'aucun sentiment municipal ne pourrait s'emparer de ceux qui ont élevé autour du lion de Saint- Marc la bannière tricolore.
» Lorsque nous étions encore au milieu de l'agitation de notre grande lutte, nous avons déclaré que, nous constituant en gouvernement provisoire, nous voulions pourvoir aux nécessités du moment, et qu'après le triomphe de notre cause la nation déciderait.
)) Vous avez cru devoir vous en référer aux traditions de votre glorieux passé; vous avez voulu de nouveau faire résonner aux oreilles des Vénètes un nom qui fut toujours dans leurs coeurs.
» Vous avez rendu un digne hommage à dix siècles de l'histoire vénète.
» Mais ce qui nous assure l'accord unanime dans lequel vous serez avec nous sur la grande question de l'unité, fondement de l'indépendance, c'est votre déclaration que, l'étranger chassé, vous penserez, d'accord avec nous, à opérer ce qui sera utile au profit commun, à la gloire commune.
)) Vive r Italie f Vive Venise! Vive Milan! »