‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 90 sur 209 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

Cette correspondance, échangée sous l'émotion de la délivrance, intéresse d'autant plus vivement qu'elle exprime les premières pensées des deux gouvernements. Elle est claire. Le gouveniement de la République vénète fera tous les sacrifices que nécessiteront l'avenir, l'unité, l'indépendance de l'Italie. Le gouvernement de 3Iilan en prend acte et ajourne la question après la victoire. Sur de telles bases, l'accord est complet; et, s'il n'y est rien changé, il n'y a pas de divisions possibles.

Les rapports avec le Piémont sont aussi nettement définis.

Le consul de Sardaigne, le 22 mars au matin, avait, nous l'avons déjà dit, conseillé à Manin de proclamer la République. C'était en effet la déclaration formelle de la complète séparation de la Yénétie d'avec l'Autriche, premier pas vers l'accomplissement des vœux de Charles-Albert. Le gouvernement de Venise avait ensuite reçu les proclamations désintéressées de Charles- Albert, qui accourait « comme fidèle et loyal allié ».

Le Gouvernement provisoire de la République annonçait sa Constitution aux Etats de Sardaigne, comme îi ceux de Naples et de Toscane :

« La nouvelle République vénète déclare assez la raison de son origine et ses intentions avec la bannière qu'elle élève, où l'antique lion est entouré des couleurs

italiennes qui le protègent comme symbole de la paix

Non-seulement la République entend conserver la pai:^L avec tous les États italiens en observant tous les droits, mais resserrer avec eux la ligue fraternelle de laquelle

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la ligue douanière ne sera qu'un signe et qu'un etï'et

L'Italie, dislincte dans ses gouvernemenls divers, est une dans notre pensée »

En réponse à celte lettre, le 1 1 avril, le consul général de Sardaigne,M. A. Faccanoni, présenta au gouvernement de la République la communication d'une dépêche du roi qui le reconnaissait oiïiciellement.

Le 31 mars, M. de Pareto avait écrit au président de la Répu])lique : « Le gouvernement de Sa Majesté ne peut se dispenser d'envoyer ses congratulations au gouvernement provisoire de Venise sur son avènement aux allaires, et de lui ofî'rir, avec ses relations de bonne amitié, les secours matériels nécessaires pour arriver à la complète indépendance de l'Italie; ces secours et ces relations que, selon l'expression subliriie de Charles-Albert, le frère doit au frère, l'ami à l'ami. » Il accréditait ensuite auprès de la République M. Lazzaro Rebizzo. Lié intimement avec plusieurs membres du gouvernement de Venise, M, Lazzaro était, le 1 3 avril, à son poste.

Le 8 avril, à son arrivée à Castiglione délie Stiviere, le roi reçut un délégué du gouvernement vénète qui lui demandait un général pour organiser et diriger l'armée de la République. Le roi promit le concours du général de la Marmora, qui se rendit, le 1 4, à Venise, et y fut accueilli par les plus vives acclamations.

La République vénète était donc en rapports officiels avec Charles-Albert. Si dans les relations il n'y avait pas d'arrière-pensée, l'union intime de la Monarchie et de la République devait puissamment contribuer à l'affranchissement de l'Italie.

^lalheureusement , le roi de Sardaigne avait des

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désirs, et les républicains de la Vénétie éprou\ aient des craintes !

A peine arrivés près de Vérone, territoire vénète, les partisans de Charles-Albert exprimaient déjà leur surprise de ce que le pays pour lequel le roi venait combattre avec ses fils et son armée ne s'empressât pas de hii confier en échange la direction de ses destinées. L'œuvre n'était pas accomplie ([u'ils parlaient déjà d'ingratitude. Les républicains de la Yénétie paraissaient s'étonner de ce qu'oubliant sitôt les promesses royales, les amis, les conseillers de Charles-Albert songeassent à servir son ambition plus que la cause italienne. Aucun acte n'avait été commis que déjà ils témoignaient des soupçons et des inquiétudes.

Aussi , de part et d'autre , méfiance mutuelle ! La politique indécise du gouvernement piémontais, ses lenteurs, furent interprétées par les Vénitiens comme symptômes d'abandon.

Le gouvernement sarde avait fait faire des démarches par l'entremise de l'ambassadeur russe, à Munich, « pour limiter le conflit avec rAutricho aux hostilités de terre ferme, et pour le maintien des relations de commerce maritime entre les deux pays dans le statu qiio actuel ». Ces propositions avaient été acceptées par l'Autriche; ce qui n'empêchait pas la flotte autrichienne de se préparer à bloquer Venise, et la flotte sarde de lui porter secours.

Cette trêve maritime, portée à la connaissance des Vénitiens par une circulaire piémontaise, était motivée sur ce que « il n'était pas échappé au gouvernement de Sa Majesté que la plus grande partie des équipages et des ofliciers de la marine militaire autrichienne étaient

des Italiens, et que dans une guerre essentiellement italienne, ayant pour seul but de chasser les (Mrangers de ritalie, il était généreux de ne pas combattre des Italiens ».

Ces raisons ne parurent pas sérieuses; aussitôt des murmures ! N'y avait-il donc pas et n'y a-t-il pas encore des Italiens dans l'armée autrichienne ? Cette cause d'afîaiblissement pour l'ennemi sur terre, n'en serat-elle pas une sur mer? Qui sait ce qu'il en adviendra? Pourquoi donc empêcher la lutte maritime qui sera peut-être une occasion favorable de rallier une partie de la Hotte autrichienne; et comment peut-on renoncer à attaquer Trieste, à opérer des débarquements utiles en Istrie et en Dalmatie : diversion puissante, qui détournera du Frioul le corps d'armée de Nugent prêt à y pénétrer? Au surplus, se fier à des promesses peu sincères, n'est-ce pas laisser Venise exposée aux attaques subreptices des vaisseaux ennemis ? De ces réflexions naissaient des accusations que le temps n'a pu faire taire encore.

Un motif plus grave donna lieu à des reproches plus amers. Le général Durando était à la tête de l'armée romaine à Bologne, et il n'avançait pas; on l'attendait, et il ne traversait pas le Pô. Les jours s'écoulaient, il restait immobile; les instances les plus pressantes de se hâter lui étaient adressées, mais vainement. Ses soldats, ses volontaires lui demandaient d'être menés au combat, il paraissait sourd à leur voix. Faut-il donc tant de jours, disait-on avec colère, pour organiser des tioupes qui viennent dans des provinces amies ? Avec 12 000 hommes et une artillerie suffisante, le général ne doit-il pas courir en Vénétie, passer de ville en ville,

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