CHAPITRE HUITIÈME. 23b
rallier les croisés, improviser une armée en masses considérables, s'avancer au-devant de l'ennemi et lui couper la marche et la retraite ?
Le 1 8 avril seulement, Durando se décide à envoyer le capitaine d'état-major Aglebert, en qualité de commissaire des troupes pontificales auprès de la République, annoncer son inter\ention militaire et le passage du Pô par l'armée romaine, réclamer des subsides et une somme de cent mille livres. Le gouvernement s'empresse de les lui concéder. L'espérance et la joie sont dans tous les cœurs. Mais bientôt succède une consternation profonde; au lieu du secours si di^siré, si opportun, on apprend, tout à la fois, qu'un corps d'armée autrichien est en pleine marche sur le Frioul, et que l'avant-garde des troupes pontificales, loin de se porter de ce côté, prend la direction opposée vers Ostiglia et Badia, afin de se rapprocher de Mantoue et de Legnago. Durando est Piémontais ! On attribue ces retards, cet abandon, aux ordres de Charles-Albert plutôt qu'aux ordres de Pie IX. Le général semble déserter la Vénétie, dénuée de secours, pour aller se joindre à l'armée piémontaise, en forces plus que sufiisantes.
Le général Zucchi, commandant à Palma-Nova, avait réclamé des artilleurs; sa demande transmise au roi, il en avait obtenu 1 1 2 hommes. Là se bornait le concours de Charles-Albert au delà de l'Adige.
Autres faits, autres plaintes. Le roi de Naples avait annoncé, dans ses proclamations, communiquées par son consul à Venise, M. Campana, qu'il se disposait à concourir, avec ses forces de terre et de mer, à la délivrance de la Vénétie, que, dans ce but, il avait fait des propo-
sitions de ligue italienne au roi de Piémont, et que ce roi ne voulait pas les accepter.
L'inaction, devant l'ennemi, de Charles-Albert, qui ne savait profiter ni de l'élan de ses troupes, ni de l'ardeur révolutionnaire des volontaires, ni du découragement des Autrichiens, était un problème difticile à résoudre pour ces esprits ombrageux, croyant tout possible parce qu'ils aspiraient à tout.
Au lieu de trouver une explication dans l'ordre naturel des choses, qui ne permet pas aux hommes ordinaires ces traits de promptitude et d'audace qu'osent seuls et que seuls font réussir les hommes de génie, on se livrait à des rumeurs. Les amis du roi ne le laissaient pas sans défense, et rejetaient à leur tour le blâme sur ces accusateurs injustes, qui ne tenaient compte ni du temps ni des choses, qui déversaient une critique insensée sur le sauveur de la patrie. On put lire dans les feuilles publiques une polémique passionnée, soutenue avec un égal acharnement. Diverses villes, comme Padoue, se mêlèrent au débat. La discussion s'étendit jusque sur les principes constitutionnel et républicain. Les cercles, les associations furent mis en présence; chacun vantait son système. Les plus sages regrettaient des troubles et des divisions funestes; le gouvernement de la République laissait la liberté à tous, mais s'eiïorçait de rappeler les esprits au calme et à l'union.
Plus de doute bientôt sur le retour offensif des Autrichiens. On apprend que Nugent , après avoir recueilli les troupes sorties de Venise et les avoir mêlées à de nouveaux régiments et à de nouvelles recrues, avait réuni environ 13 000 hommes et soixante pièces de canon, et qu'il se préparait à passer l'Isonzo, menaçant