‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 92 sur 209 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

Udine et Palma-Nova. Alors on vit les provinces de terre ferme, plus exposées, se rapprocher de plus en plus de Charles- Albert, dirif^er vers lui leurs espérances, leurs prières. Si le roi de Piémont n'avait eu en vue que ce résultat, sur ce point il avait réussi; mais la frontière restait déc;arnie.

Le gouvernement de Venise ne cessait de témoigner aux. provinces la sollicitude la plus vive, et leur demandait une confiance réciproque au nom du salut commun. Il tenait le pouvoir d'une main ferme, mais il comprenait que, dans un état de guerre aussi violent, il fallait laisser à chaque province sa large part d'initiative, le libre usage des recettes et des fonds disponibles. Il leur distribuait, autant que possible, des armes, des munitions. Il cherchait à les tenir ralliées au centre commun. Il prêchait les sacrifices, offrait sa vie comme exemple, rappelait à l'unité, demandait de ne pas créer des séparations dont l'ennemi profiterait, et suppliait d'expulser de ce beau pays privilégié du ciel la discorde, la malédiction, qui se respirent dans l'air et circulent avec le sang.

Ces exhortations patriotiques étoutTaient des dissensions prêtes à naître, apaisaient les esprits. Mais l'ennemi s'avançait, et chacun de ses pas portait les habitants de certaines cités, entraînés par l'urgence de la défense, vers le roi qui les avait délaissés.

Le 10 avril, la Consulte , composée de trois députés de chaque province, entourait le Gouvernement provisoire de ses avis, et préparait la loi électorale. Dans

cette première séance , le président Giacomo Busoni faisait observer avec amertume que Trévise n'avait pas envoyé de délégués. Le 20, le comité de Vicence adressait directement à Charles-Albert une supplique en termes humbles et élogieux.

Udine, menacée, renouvelle à tout moment ses demandes de secours à Venise. Le gouvernement de la République envoie courrier sur courrier au camp de Charles-Albert, pour l'éclairer sur le péril de la situation, adresse ses instances les plus vives au général Durando, pour qu'il accoure défendre la ligne de l'Isonzo ouverte à l'ennemi, et qu'il oppose à une armée régulière les forces d'une armée régulière : « Il s'agit ici de l'honneur du nom piémontais et pontifical , de l'honneur du nom italien. Si nous abandonnons à leur seul courage les braves habitants du Frioul, qui ont si bien mérité de la patrie, si on laisse le champ libre aux cruautés de l'ennemi, ne donne-t-on pas lieu à l'Europe de penser que, dans ce mouvement mémorable, l'Italie a manqué d'entente et de bon vouloir ? »

Dans cette détresse, le gouvernement de la République en appela à tous les peuples d'Italie, et spécialement aux Milanais. Le gouvernement de Milan répliqua qu'il envoyait dépêche sur dépêche au roi; qu'il instituait une commission de défense de la Vénétie; qu'il invitait un bataillon de oOO volontaires, formé à Paris par l'association nationale italienne, commandé par le brave général Antonini, arrivé le 23 avril à Pavie, de se porter immédiatement en Vénétie sur un bateau à

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vapeur disposé à cet ellet pour descendre le Pô. Le Gouvernement provisoire du .Milan, ayant laissé la direction à Cliarles-Albert, ne pouvait faire ni plus vite ni mieux pour prouver ses sympathies à Venise.

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Le danger était de plus en plus pressant. L'Isonzo est passé par l'ennemi. Chaqne ville prépare sa défense; chaque citoyen aiguise ses armes, accumule ses munitions et saisit le fusil. Le général La Marmora improvise l'organisation des volontaires vénètes. Mais le courage et la résolution de mourir ne suffisent pas. Il faut obtenir du roi le corps d'armée de Durando. Seul il peut soutenir une lutte sérieuse. Deux démarches décisives sont résolues par le gouvernement vénete : le 20, le commandant Aglabert court prévenir Durando de l'attaque prochaine de Nugent; dans la nuit du 22 au 23, M. Paleocapa, ministre de l'intérieur et des travaux publics, part pour le camp de Charles-Albert, « avec mission de presser, de nouveau et avec instance, l'envoi des secours réclamés par le Frioul, et d'obtenir la réparation du mal résultant du défaut de concours qu'on était fondé d'attendre du général Durando, qui déjà se dirigeait sur Ostiglia ». Ses instructions, prévues pour le cas où il lui serait demandé si les Vénitiens étaient disposés à abandonner la forme républicaine et à constituer un seul État de l'Italie septentrionale, étaient de répondre : a que l'assemblée convoquée déciderait souverainement, et que le Gouvernement provisoire se tiendrait à ses ordres. »

Ainsi le gouvernement de la République , par Tindis-

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pensable nécebsilé de la défense, se trouvait entraîné sur la pente insensible où s'était trouvée la Lombardie; il se voyait contraint d'appeler l'armée et la Hotte sardes, et les troupes auxiliaires des princes alliés placées sous les ordres de Charles-Albert. I.a prompte arrivée de l'armée et de la flotte napolitaines jiouvait seule chantier cette situation. Mais, à ce moment suprême, le général Pepe n'avait pas encore quitté Naples: et le premier pas vers la constitution iVun royaume de la haule Italie était fait. La politique de Charles-Albert et de ses adhérents, si ce fut leur politique, eût été couronnée d'un plein succès, mais le moyen lui-même était un premier et funeste échec. Négligence ou calcul! laisser les frontières ouvertes et la Vénétie livrée à l'invasion fut un fait déplorable, dont les conséquences devaient peser cruellement sur les destinées de l'Italie.

Charles-Albert ne doit pas porter seul la responsabilité de sa lenteur et de ses indécisions. 11 n'avait pas que l'Allemagne à combattre : il aNait en face de lui, autour de lui, la diplomatie anglaise qui le comprimait, l'étoutîait. L'Angleterre avait été longtemps son soutien contre l'Autriche; l'Angleterre devait encore être son refuge en cas de revers; car, à aucun prix, il ne voulait se jeter dans les bras de la République française. Il devait donc d'autant plus prêter l'oreille à ses avis qu'il s'en éloignait davantage. Cette condescendance obligée était le prix, des services passés et des services futurs. Rien n'est plus clairement démontré par la coi'respondance.

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