CHAPITRE HUITIEME. 2il
(( Depuis mon arrivre à Turin, » écrit le chargé d'affaires de France, le 20 avril, « la sécurité que témoignait le gouvernement sarde sur l'issue d'une guerre où toutes ses ressources sont engagées, où son existence est remise au destin d'une bataille, était pour moi un sujet d'étonnement et d'inquiétude. L'état de défiance dont on ne s'est pas écarté un instant à l'égard de la République ne s'expliquait pas suffisamment pour moi Une indiscrétion vient de me révéler ce secret L'Angleterre, tout en blâmant vivement la levée
de boucliers du roi, a déclaré que r intéfjrité du territoire sarde était une nécessité européenne, et que tant que la guerre resterait italienne, tant que la République n'interviendrait pas , les Autrichiens victorieux s'arrêteraient au bord du Tessin Cette assurance, que
lord Ponsomby avait déjà donnée à Vienne à l'envoyé sarde , yi. Ricci...., a été depuis renouvelée en termes si formels , que le ministère est ici convaincu que l'Angleterre tiendra parole. »
Charles-Albert, garanti par l'Angleterre de la perte de ses États , se voyait pressé par elle d'accéder à un armistice demandé par l'Autriche ; pouvait-il répondre par un refus désobligeant, sans examiner ni délibérer?
« Mon cher lord Palmersto/i, » écrivait, le 15 avril, le comte Dietrichstein, « vous avez vu par la dépêche du comte de Fiquelmont, en date du o de ce mois, dont je vous ai remis copie , que mon gouvernement a pris la résolution d'expédier un commissaire impérial dans le royaume lombardo-vénitien, avec la mission d'y négocier une réconciliation sur les bases Ips plus larges, qui sont une suite naturelle et voulue du nouveau système politique adopté par l'Autriche. Cette VI. 46
œuvre de pacification toutefois ne pourra pas s'accomplir, aussi lougtemps que les deux parties belligérantes se trouvent en présence et à la veille d'une collision. C'est donc avant tout une suspension d'hostilités qu'il s'agirait d'obtenir, et l'atteinte de ce but me semble devoir être puissamment facilitée par l'intluence conciliatrice que vous jugerez à propos de faire valoir à cet effet auprès des diverses cours italiennes.
)) En vous rendant au vœu que je me permets de vous exprimer par ces lignes , vous contribuerez par vos bons offices à écarter les chances d'une guerre générale qui menacerait de sortir d'une collision sur le sol de l'Italie. ))
Cette demande accueillie par l'Angleterre, lord Minto se rendait de Rome au camp de Cliarles-Albert, oii se trouvait monseigneur Corboli , légat du pape ; tandis que le commissaire plénipotentiaire de l'Autriche, le comte de Hartig, se transportail à Gorizia, d'où il adressait, le i 9 avril , un manifeste de conciliation aux Lombardo-Vénitiens, leur promettant de satisfaire aux besoins de liberté et aux désirs de nationalité.
L'historien n'a plus qu'à laisser les documents officiels poursuivre ce récit. « L'arrivée de lord ]Minto, » dit le chargé d'affaires de France , « la présence de monseigneur Corboli au quartier général , l'attitude de Radetzki, les retards évidemment calculés de Durando, l'insignifiance ridicule des contingents toscaus et napolitains, l'irrésolution notoire de Cliarles-Alljert, tout cela doit donner les plus sérieuses inquiétudes. Je soup-