CHAPITRE HUITIÈME. U
çonue des menées communes de T Angleterre, de l'Autriche et de Rome »
Il écrivait, le 27 avril ; « Tous mes soupçons sont confirmés et éclaircis ce matin. Il est aujourd'hui avéré que l'Autriche, l'Angleterre et Rome s'entendent pour arranger à leur manière, à l'exclusion de la République, les affaires de la Péninsule.
» Lord Minto est parti de Rome pour Turin , à la réception d'une dépêche qu'un bâtiment à vapeur autrichien, expédié de Trieste, avait apportée à Ancône. Il m'a fait viser avant-hier son passe-port pour la France, mais ce n'est pas en France qu'il ira, c'est au camp; il y retrouvera Mgr Corboli , et sinon les émissaires officiels, du moins les instructions, l'esprit et l'ultimatum de l'Autriche.
» M. Abercromby est venu lire au ministère sarde une note de lord Palmerston , dans laquelle la levée de boucliers du Piémont est traitée d'impolitique et presque d'insensée, dans laquelle on engage le roi Charles-Albert à s'arrêter à moitié route. On essaye de l'intimider, et on finit par lui déclarer nettement qu'il n'a rien de mieux à faire que d'écouter les propositions que 31. Hartig va lui transmettre, et préalablement de consentir à un armistice qui permette de discuter ces propositions.
M La volonté de l'Angleterre est manifeste ; elle veut à tout prix empêcher l'intervention de la République. Elle veut que les affaires dTtaiie s'arrangent de gré à gré avec l'Autriche et au moyen de concessions réciproques... Peut-être le prix de la trahison offert au roi de Sardaigne est-il l'adjonction à ses États de Parme et de Modène...
» Je suis assuré que le ministère piémontais ne se prêtera pas à cette infamie. Les ministres ont envoyé .AI. Balbo, leur président, au quartier général, et se sont expliqués nettement à ce sujet par une dépêche énergique au roi , dans laquelle ils lui ont offert leur démission au double cas oii celui-ci croirait devoir ou bien traiter avant la dernière expulsion des Autrichiens, ou bien signer un armistice qui permettrait à Radetzki de recevoir les renforts qu'il attend.
» Je crois aussi que le jour où de pareils pourparlers seraient connus du pays, l'esprit public se soulèverait de telle sorte que c'en serait fait à toujours de la maison de Savoie.
» Cependant, il est certain qu'aujourd'hui on parlemente. »
Oui, on parlementait au camp de Charles-Albert, et Charles-Albert paraissait irrésolu, puisque le conseil des ministres croyait nécessaire de prendre des déterminations aussi énergiques. Le roi résistera-t-il à cette influence délétère qui l'obsède ? S'arrêtera-t-il, dans la voie où il est lancé , devant l'Angleterre qui promet et conseille ? On le placera entre la crainte de la guerre européenne, de la République française, et l'espérance de l'adjonction à son royaume des duchés de Parme , de IModène, de la Lombardie peut-être. Laissons raconter le dénoûment de cette négociation par celui-là même qui en était le rapporteur officiel auprès de la France.
« Tout ce que je vous ai mandé des manœuvres de l'Angleterre, de Rome et de l'Autriche, était parfaitement vrai ; mais les criminelles connivences dont j'avais soupçonné le roi de Sardaigne n'existent pas. A la réception des dépêches expédiées par les ministres, por-
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hin(, (le la part de l'Anglelerrc, offre d'une médiation (}iii lui ii;arantissait non-seulement l'intégrité de ses Etats, mais l'adjonction des duchés de Parme et de Modène, au cas où il consentirait à se retirer de la lutte , Charles- Albert pour toute réponse a refusé tout armistice, fait connaître au gouvernement les propositions qu'il recevait, et déclaré, de la façon la plus formelle, qu'il ne traiterait que lorsqu'il n'y aurait plus un Autrichien sur le sol de l'Italie.
» Charles -Albert, déjà depuis longtemps, passait pour l'homme de la situation. Depuis cet acte, il est devenu aux yeux de tous l'homme indispensable.
>i Le Gouvernement provisoire de Milan, jusque-là divisé, s'est déclaré nettement et de la manière la plus ostensible, à l'exception d'un seul de ses membres, M. Guerrieri , pour l'adjonction à la monarchie constitutionnelle piémontaise... »
("harles-Albert avait franchi ce cercle fatal de la diplomatie anglaise ; mais les causes de ces irrésolutions n'étaient pas détruites. Il était roi ; il n'était pas général. Roi, il ouvrait volontiers l'oreille à toutes les flatteries, à toutes les idées, à toutes les opinions, à celles principalement qui l'avaient si longtemps absorbé et qui l'absorbaient encore ; il ne pouvait avoir perdu en quelques jours les habitudes puisées dans un long despotisme; et les nécessités de son salut personnel n'avaient pas cessé de dominer sa conscience religieuse. Général, l'expérience lui manquait ; il avait la bravoure et non le génie de la guerre ; la volonté, non l'initiative; l'instinct, non la science; la hardiesse du soldat, non l'audace du chef; son armée soupçonnait son insuffisance, et ses ennemis la devinaient.
Son armée elle-même était composée d'officiers supérieurs dont trente-quatre années de paix n'avaient pas favorisé les talents militaires; de jeunes officiers qui s'étaient consumés dans les loisirs des garnisons, braves comme le sont les Piémontais et les Savoisiens, mais inhabiles ; de soldats non accoutumés aux grandes manœuvres. « On était entré enLombardie, » ditCattaneo, « sans même être pourvu de cartes militaires. » Il fallait donc suppléer à ce qui manquait par des études et des tâtonnements; et le temps se perdait.
Un grand nombre d'officiers distingués ont dressé, à cette époque et depuis, des plans de campagne pour l'armée piémontaise. Ils diffèrent sur l'ensemble ; ils sont unanimes en ce qui concerne le Tyrol italien et le Frioul, les deux seules voies par lesquelles l'armée autrichienne, renfermée entre ses quatre forteresses, pouvait recevoir ses ravitaillements. Clore les vallées qui descendent des montagnes dans la plaine, couper les routes du Tyrol, fortifier la ligne de l'Isonzo, rendre impossibles les communications avec l'Allemagne , c'était contraindre l'armée autrichienne à battre en retraite pour se soustraire à une ruine complète. Le roi ne parut pas le comprendre.
Radetzki , qui , lui , comprit le péril , détacha sur-lechamp de son armée des renforts importants afin de conserver Roveredo et Trente, tandis que Nugent se pressait pour reconquérir le Frioul.
Au début, le Tyrol italien , prêt à se soulever, n'avait besoin que de l'appui de quelques bataillons; toutes les