‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 3)Chapitre 95 sur 209 · CHAPITRE HUITIÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE HUITIÈME

places et forteresses du Frioul , au pouvoir des habitants, devenaient avec de faibles secours la base d'une défense formidable. Charles-Albert négligea le Tyrol, dans la crainte de se compromettre vis-à-vis de la Confédération germanique; et, dans des vues politiques malheureuses , laissa le Frioul sans autre secours que les artilleurs envoyés au général Zucchi. Ce qui eût été si facile, si peu coûteux, les premiers jours , devint, lorsque le roi le voulut, hérissé d'impossibilités, ^'histoire va nous démontrer combien il fallut s'épuiser en ellbrts pour regagner le temps perdu et atténuer une faute irréparable.

Les volontaires lombards que nous avons vus, maîtres de Salo et du lac de Garde , pousser une reconnaissance jusque sous Peschiera et prendre la résolution d'opérer une diversion dans le Tyrol, entreprirent , avant leur départ, le iO avril, un coup de main qui, heureux d'abord, eut des conséquences funestes. Sur l'ordre de faire une descente au delà des lignes autrichiennes, ils débarquent à Timproviste à Lazize, surprennent les magasins à poudre, près de Peschiera, et font quelques prisonniers. Animés par ce premier succès, ils courent jusqu'à Castel-Novo, sur la route de Vérone, où tenaient garnison 200 soldats autrichiens; en quelques heures, ils s'y établissent; aidés parles habitants, ils barricadent la route , le bourg également. Mais le 11,3 000 Autrichiens, sous les ordres du général major de La Tour-et-Taxis, les attaquent, emportent successivement les barricades, malgré une résis-

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tance vigoureuse, et les obligent de se replier; le bourg tonibe au pouvoir d'un ennemi sans pitié, qui brûle, pille et massacre. Les Italiens perdirent 4 à oOO des leurs dans ce revers. Cette expédition , poussée trop avant par l'audace extrême des volontaires et le dévouement aveugle de la population, fut un sacrifice inutile.

Loin de se ralentir, l'ardeur des volontaires redouble; ils pénètrent dans le Tyrol au nombre de 2 000, divisés en deux principales colonnes, sous les ordres d'Arcioni et de Manara.

Arcioni marche le premier, arrive le 13 avril à Step.ico, attaque, le 14, au pont des Sarche, 600 Autriclîiens venus à sa rencontre, et les repousse dans le château de Toblino, d'où, le 15, il les déloge. De Stenico il dominait la vallée de la Sarca et menaçait de tourner Riva , à l'extrémité du lac de Garde ; trop faible j)our s'emparer de Riva et se porter en avant, après une pointe jusqu'à A'ezzano, il se replie sur Stenico. .Manara était à Tione ; il force sa marche et rejoint Arcioni à Stenico , le 1 8.

Le colonel autrichien qui, à Trente, commande la brigade envoyée de Vérone, a désarmé les citoyens, mis la ville en état de siège, ordonné l'arrestation des chefs les plus importants du parti italien, et organisé contre les Tyroliens italiens les Tyroliens allemands, qui se sont formés en compagnies avec une énergie égale à celle des assaillants. Les Autrichiens ainsi préparés se portent au-devant des colonnes.

Le 19, le combat s'engage : Manara occupe la droite, Tibaldi le centre, Arcioni la gauche. La lutte dure trois heures ; Manara et Tibaldi résistent vigoureusement , mais les compagnies d'Arcioni sont contraintes de céder

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à (les forces siipc'rieares. Los impériaux occupent Srlémo; les volontaires se retirent sur Tione. Pendant ce temps, (les escarmouches avaient lieu sur d'autres points, avec des péripéties diverses, mais sans résultat positif.

Les volontaires, arrivés à Tione le 20, y recurent, du général Allemandi, l'ordre de battre en retraite pour être réorganisés, « ne devant rien faire, )> leur écrivait-il, « sans le concours de l'armée piémontaise, et ce concours lui ayant été refusé ». Le général avait demandé à Charles-Albert deux bataillons et tjuatre pièces d'artillerie que celui-ci n'avait pas cru pouvoir détacher de ses opérations sur le Mincio. Cette expédition, non soutenue , eut pour conséquence de compromettre inutilement ceux des habitants qui étaient le plus dévoués à la cause italienne. Les volontaires accusèrent le colonel Zobel, Allemand, d'avoir eu la cruauté de faire fusiller dix-sept prisonniers.

Rappelés à Brescia et à Bergame, les volontaires s'y rendirent avec la pensée de se rejeter dans la lutte ; mais aux reproches d'indiscipline et d'insuccès, aux propositions de se fondre dans les corps réguhers piémontais, un certain nombre mécontents répondirent par des cris de Vive rilalie! Vive la République! et se dispersèrent. La plupart, com[)renant qu'il fallait, en face de l'ennemi, ï;e plier aux exigences de la situation, restèrent au camp et ne cessèrent de se montrer avec courage et hardiesse aux postes les plus périlleux, là oii l'on payait de son sang.

Les volontaires n'étaient pas vus avec faveur par les généraux de Charles-Albert, qui ne faisaient rien pour les encourager et qui ne surent pas utiliser suffisam-

rôO LA RÉVOLUTION DE 1«48 EN EUROPE.

ment leur ardeur et leur audace. Ils avaient les qualités et les défauts de tout corps franc : entraînement et indiscipline, bravoure impétueuse et découragement subit , dévouement sans calcul et résistances sans raison à l'autorité. Ne pouvant les astreindre à des lois militaires trop absolues pour eux , on pouvait les soumettre à des règlements consentis; on l'essaya; mais ils se plaignirent de ce que ce fût sans aucun des témoignages de sympathie qu'un péril et un but communs doivent entretenir sur le champ de bataille.

Les Croisés, en A^énétie, avaient également éprouvé un échec à Montebello. Une colonne assez forte, composée en majeure partie d'étudiants de Padoue , de Vicence, de Trévise, et de quelques Lombards, s'était avancée sur la route de Vérone , escarmoucliant contre les détachements ennemis, dans les journées des 4, 5 et 6 avril ; le 7 , ils s'étaient battus avec succès pendant plusieurs heures et s'étaient établis sur la colline de Sorio ; mais le 8, attaqués par des masses supérieures, tournés dans leur position, faute de surveillance, de tactique , d'obéissance sufïisante aux ordres donnés, ils s'étaient vus, après des prodiges de valeur et la perte de '60 des leurs, obligés de se retirer en désordre sur Vicence, où ils causèrent une panique momentanée. 200 environ s'étaient dirigés sur Arsignano. 28 prisonniers, conduits à Vérone, furent, par les ordres de Radetzki, traduits devant un conseil de guerre, condamnés à la peine de mort, mais, au moment où sonnait l'heure de l'agonie, rendus à la liberté. Le I ! , ils étaient de retour à Vicence.

Celte rencontre était une nouvelle preuve du courage aveugle des volontaires , de la nécessité de les soutenir

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