CHAPITRE HUITIÈME
par des troupes régulières; elle devait aussi démontrer que, si les troupes régulières sont quelquefois battues par les habitants à l'intérieur des villes, dans les rues étroites où chaque barricade devient une forteresse et chaque maison un asile, elles ont, en rase campagne, la supériorité infaillible que la science et la discipline donnent toujours aux corps organisés.
Nugent, à la tète de 13 000 hommes environ, avec soixante à soixante-dix bouches à feu , passa l'Isonzo le 16 avril; pressé de se joindre le plus promptement possible à Radetzki, il n'avait pu réunir un corps d'armée plus considérable. Il avait à s'emparer des places de guerre, des défilés, des ponts; à traverser le Tagliamento, la Livenza, la Piave, enfin la Brenta. Durando , précisément ce jour-là , appelé par le roi , faisait passer le Pô à une partie des troupes pontificales , se dirigeant, du côté opposé , vers Ostiglia. Nugent eut la chance de trouver le Frioul sans autre protection que celle de quelques compagnies, organisées par le général Zucchi , qui ne pouvait abandonner Palma-Nova , et sans autre défense que celle des Croisés , des gardes civiques, des habitants, dont le patriotisme et le courage ne suffisaient pas pour arrêter une armée. Aussi sa marche fut-elle rapide.
Le 1 8 , il se porta sur Palma-Nova , et somma la place de se rendre. Voyant la résistance énergique de Zucchi, il laisse, pour l'envelopper, quatre bataillons sous les ordres du général Schwarzenberg, appuie à droite, et se dirige sur Udine. Les 17, 1 8 et jours suivants ,
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les volontaires (rUdine, de Bellune, du Frioul, de la Vénéde, lui disputent vainement les passages et les positions. Leur courage est impuissant devant le nombre. Le rappel des volontaires de Bellune à la défense de leur ville les affaiblit encore. Udine est entourée le 21. La population, interrogée si elle veut capituler ou combattre , répond par des cris de guerre. L'attaque commence à quatre heures et dure jusqu'à sept. Pendant ces trois heures une pluie de bombes et de boulets tombe sur la ville sans que la population en soit émue. Mais dans la nuit, rarclievèque, le président du comité , le podestat, jugeant toute résistance inutile , écoutent les propositions larges et faciles de Nugenl. Le président du comité avait transmis à Durando un appel pressant ; interprétant son absence comme un refus de concours ou comme une impossibilité, il désespère du salut de la ville et accepte une capitulation favorable, signée le 22. La ville est occupée, le 23, par les Autrichiens. Des accusations de trahison accueillirent cet acte de prudence, de faiblesse ou de nécessité.
La petite ville d'Osopo, assiégée à son tour, mieux défendue , opposa un refus persistant à toute concilialion , et soutint la lutte avec une bravoure inébranlable. Bellune et les habitants du Cadore repoussèrent toutes les attaques. Cette race de montagnards, fière et belliqueuse, placée entre le Frioul et leTyrol, bloquée de toutes parts, se défendit vaillamment. Les nombreuses tentatives faites contre eux sur sept points différents, échouèrent devant leur fermeté. Ne pouvant les vaincre, les Autrichiens se bornèrent à les cerner.
Xugent était, le 27, sur le Tagliamento. Dix-sept arches du grand pont avaient été biùlées; il emploie
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trois jours h les réparer et à fourrager la conln-e pour former un eonvoi considérable de vixres, destiné à l'armée de Radetzki. Le 30, le principal corps de ses troupes passe le fleuve, sans rencontrer de résistance. Le quartier général est établi à Pordenone. Le général Welden Ionise les vallées supérieures pour protéger la droite. La Piave pouvait présenter de grandes dillicultés; le pont en partie détruit, les torrents grossis par les pluies, retardent la marche de l'armée. Nugent établit, le 3 mai, son quartier général à Conegliano. Désormais la Piave, Trévise et Yicence, peuvent seuls opposer quelques obstacles à sa jonction avec Piadetzki.
Tandis que les Autrichiens se fortifiaient dans le Tyrol et s'avançaient dans le Frioul , peu soucieux des promesses diplomatiques, ils dénonçaient, le 23 avril, le blocus de Venise, et le soutenaient avec leurs forces maritimes, augmentées des bateaux à vapeur de la compagnie du Lloyd , formant un total de trois frégates et quatre bricks.
Durando ne pouvait fermer les yeuK à l'évidence, nî les oreilles aux cris de détresse qui lui venaient du Frioul et de la Vénétie. Il se sentait retenu par la nécessité d'organiser des forces suffisantes, jugeant l'entreprise plus difficile qu'on ne le pensait. Il était aussi arrêté par les ordres de Charles-Alljert et par les hésitations du Pape.
M. Fiquelmont écrivait, le 3 mai, au comte Dietrich-
Stein : (( Les troupes pontificales ont eu l'ordre
de passer le Po. Cet ordre , auquel le Pape a résisté
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le plus longtemps possible, vient de rompre nos relations diplomatiques »
Charles-Albert a reçu, dans la nuit du 22 au 23 avril, l'envoyé de Venise, le ministre Paleoccapa, qui est venu invoquer son concours et lui ouvrir la perspective désirée. L'invasion du Frioul semble le réveiller. Il donne l'ordre à Durando de s'opposer à la marche de Nugent, et à la flotte sarde de se rendre à Venise.
Durando avait déjà, le 23, détaché, sur l'appel de Venise , la division Ferrari ainsi que trois bataillons de ligne. Sur Tordre du roi, le 24, il s'avança, avec toutes ses troupes, au-devant de Nugent. Ferrari était à Rovigo, le 28, avec 7 000 hommes, suivi par Durando, à la tête de 10 000 hommes. Le 29, toutes les troupes pontificales réunies aux volontaires étaient rassemblées, ou sur le point de l'être, à Trévise, où le général en chef leur adressa une proclamation belliqueuse. La ^larmora, qui avait organisé des colonnes de volontaires vénètes, établissait son quartier général à Spesiano, à quelques milles de Conegliano.
Enfin, les ennemis se trouvaient en présence. La Piave seule les séparait. Les uns avaient la discipline, les autres avaient l'ardeur patriotique et le pays avec eux. Les forces étaient égales.
Avec l'habileté , l'activité et le dévouement , il y avait encore espérance, sinon de recouvrer le temps et le terrain perdus, du moins de couper le passage à Nugent et d'empêcher sa jonction avec l'armée principale; résultat immense. En même temps on annonçait le départ des troupes et de la flotte napolitaines. Devaient-elles apporter avec elles et le nombre et la victoire?