‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 4)Chapitre 12 sur 29 · CHAPITRE TROISIKME · texte numérisé non relu

CHAPITRE TROISIKME

Le commandant général Gourtais avait assumé toute la responsabilité et il en comprenait la gravité. Aussi prit-il ses mesures immédiatement et avec une activité sans relâche.

Il fait adresser, par le sous-chef d'état-major, M. Saisset, aux colonels des légions, une première lettre qui leur parvient avant cinq heures :

« Par ordre du général commandant supérieur, les adjudants majors ont reçu l'invitation de faire réunir demain, dans chaque légion, une réserve de 200 hommes en cas de besoin.

« Le général me charge de vous dire qu'il est nécessaire que cette réserve soit portée à mille hommes, et il vous prie de donner les ordres que vous jugerez convenables pour qu'elle soit réunie à votre état-major demain matin à neuf heures, sous les ordres d'un chef de bataillon, pour y attendre les instructions que les circonstances pourront nécessiter. »

Dans chaque légion chaque major exécute cet ordre dès sa réception.

Gela ne suffît pas au général commandant ; il convoque les colonels pour le soir.

A l'heure indiquée, tous, deux ou trois exceptés, sont réunis. On prévoit les éventualités du lendemain, la force probable du rassemblement, la crainte qu'il peut inspirer, les dispositions à prendre dans chaque légion.

Après mûr examen, il est décidé que la première légion occupera le pont de la Concorde; la deuxième, le pont National; la troisième, le Carrousel; la quatrième, le Louvre. Les cinquième et sixième seront prèles à s'étendre sur les quais voisins de l'Hôtel-de- Ville, les septième, huitième et neuvième étant plus spécialement consacrées à sa défense. La dixième, qui est près de l'Assemblée, dans le quartier St-Germain, devra y rester pour être portée plus tard sur le quai d'Orsay. Les onzième et douzième seront préposées à la garde du Luxembourg.

Cette conférence, d'où devaient sortir les destinées du lendemain, avait duré deux heures, de huit heures et demie à dix heures et demie. Dans la pensée du général Courtais, cette délibération commune de tous les colonels offrait plus de sécurité que des ordres transmis isolément : ces chefs puiseraient dans cette entente des éléments d'assurance et de fermeté, chacun d'eux pouvant compter sur le concours promis de ses collègues. De plus il était utile et sage de leur accorder une certaine initiative : la garde nationale ne pouvait être astreinte à la rigoureuse discipline de l'armée ; depuis sa réorganisation, les colonels avaient, pour l'accomplissement des ordres, une certaine latitude mesurée ; les incidents imprévus qui naissaient fréquemment avaient exigé qu'on leur réservât des décisions spontanées au point de vue du but à atteindre. Le général croyait donc que des instructions d'ensemble, soumises à leur examen, à leur discussion, seraient mieux comprises et mieux exécutées. Il avait

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donné vcrbaloment ses ordres définitifs, pour les première, deuxième, troisième, quatrième et dixième légions. Les cinquième, sixième, septième, huitième et neuvième attendraient de nouvelles instructions.

Le sous-chef d'état-raajor, M. Saisset, qui assistait à la réunion et y prenait des notes, crut malheureusement inutile de confirmer par écrit, dans la nuit, ces ordres qui venaient d'être donnés de vive voix.

Vers onze heures et demie, le général Courtais eut la visite du maire de Paris, qui venait lui communiquer certains renseignements recueillis depuis l'envoi de sa lettre. Il croyait toujours que la manifestation serait pacifique ; cependant de nouveaux avis lui donnaient quelque inquiétude. Plusieurs clubistes devaient porter des armes cachées.

Préoccupé de cette confidence, le général chargea M. Samson d'aller s'informer de ce qui se passait dans la maison de Sobrier, de sonder ses dispositions et celles de ses amis. M. Samson était commissaire de police ; mais il connaissait tout le personnel du parti avancé, avec lequel il avait eu des relations, et il relevait de M. Caussidière, chef d'une police dont M, Sobrier prétendait avoir une succursale rue de Rivoli, sous la garde d'un poste des Montagnards de la préfecture. M. Samson fut donc bien accueilli. De retour auprès de M. Courtais, il put lui confirmer les bruits rapportés par M. Marrast.

134 COMMISSION KXKCl TIVK.

M. Gourtais redoubla de soins et de vigilance ; afin d'augmenter ses moyens d'action, il convoqua pour le lendemain matin, sept heures, les colonels des quatre légions de la banlieue, qui pouvaient lui fournir une force considérable.

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