CHAPITRE QUATRIÈME
Journée du 15 liai.
Lettre du général commandant en chef au secrétaire général de la (lommission executive.— Ses démarches auprès du Préfet de police. — Ses avis au général commandant la garde mobile.— 11 fait explorer certains quartiers.— Il réunit les colonels de la banlieue et leur donne des instructions.— Ses ordres à la garde nationale.— Son départ tardif pour l'As-sembiée. — Sécurité du président de l'Assemblée.— Ses mesures militaires.— Une lettre du préfet de police éveille ses appréhensions. — Il en envoie copie au générai commandant en chef. — La Commission du pouvoir exécutif se déclare en permanence —M. Garnier- Pagès va s'enquérir de l'exécution des ordres. — Lettre rassurante du général Courtais. — Sollicitude de la Commission. — Elle mande les ministres de la guerre, des finances, de l'intérieur, le préfet de police. — M. Longepied vient lui exprimer ses craintes contre Sobrier. — Réponse de M. Ledru- Rollin, — La Commission suit le développement de la manifestation. — Apparence pacifique, affirmée |iar le préfet de police. — Marche et accroissement de la colonne. — M. Lamartine se rend à l'Assemblée. — Inquiétudes et lettres de M. Garnier- Pages. — Communications échangées avec le général Courtais. — Marche rapide de la colonne. — La Commission divise son action. — MM. Lamartine, Ledru-Rollin et Marie vont près de l'Assemblée. — MM. Arago, Garnier-Pagès et Pagnerre demeurent au Luxembourg. — Préoccupations et prescriptions de M. Garnier-Pagès. — Ordres de battre le rappel. — Ordre d'arrestation. — La lutte va s'engager. — Récit rétrospectif. — Passage du pont. — Le général Courtais trouve le pont de la Concorde dégarni. — Ses inquiétudes. — Ses ordres. — Il va au devant du cortège. — Il est menacé et se retire. — Le général Négrier laisse la circulation libre sur le pont. — Malentendu dans l'interprétation des ordres. — Résumé de la position défensive de l'Assemblée. — Inexécution des ordres. — Trouble et indécision de part et d'autre. — La démonstration n'a pas de pétition à présenter; elle demande celle de M. Raspail. —Halte.— Marche en avant. —Elle cou|ie le passage au bataillon de la 1" légion. — Elle arrive sur le pont. — Retraite
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de la garde nationale. — La foule devant la grille. — EfTorts inutiles de MM. Lannartine et Ledru-Rollin. —Entrée de la Chambre permi-e à des délégués. — Irruption. — Ordre à la garde mobile de cbarger les fusils. — Hésitation. — Ordre de remettre la baïonnette au fourreau. — Apaisements. — Nouvelle irruption. — Tentatives par la place de Bourgogne. — Vaine intervention du général Courtais. — Les tribunes sont envahies. — MM. Hiugray, Antony-Thouret et Delahoche résistent aux délégués. — Résistance personnelle de M. Lamartine à des clubistes. — Désespoir du général Courtais. — Indignation de^M. Raspail.
Le récit de la journée du 15 mai offre à ma faiblesse de très-grandes difficultés à vaincre, et je crois nécessaire de confesser ici naïvement mon embarras. Pour captiver son lecteur, l'historien doit unir à la clarté la couleur. Cependant pour mieux rendre le caractère de cette journée, ses nuances bizarres, ses variétés infinies, ses hasards malencontreux, ses contrastes sérieux et burlesques, ses causes multiples et ses conséquences désastreuses, ses enseignements profonds, il sera indispensable de s'attarder à certains détails qui allanguiront le mouvement, mais qui en feront mieux suivre le sens et la portée. Je me vois donc placé entre l'obligation de composer un tableau complet, mais moins attrayant, et le désir de peindre une action plus rapide et plus entraînante. Je m'appliquerai à concilier ces deux exigences, mais, avant tout, je rechercherai la vérité, ce premier mérite de l'historien, dussé-jc borner mon rôle à préparer des matériaux pour le temps où ceux qui les recueilleront , détachés des intérêts et des passions de l'époque, pourront s'en
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servir avec un jugement plus dégagé et une main plus habile.
Le commandant général ne quitta le travail, dans la nuit du 14 au 15, à deux heures, que pour le reprendre à cinq heures du malin, après ce court intervalle de repos. Il reçut, à ce moment, la visite de plusieurs délégués du faubourg Saint-Antoine, qui accouraient lui dire que, fatigués, exaspérés des agitations dont la perpétuité empêchait la reprise du travail et des affaires, ils étaient déterminés à enlever, vers dix heures, le poste de la maison Sobrier. Il les en dissuada, en leur démontrant la gravité d'un conflit qui compliquerait une situation déjà si tendue ; et il écrivit au secrétaire général de la Commission executive :
« Mon cher Pagnerre,
a Les nouvelles que je reçois sont tranquillisantes sous le rapport des intentions. Quant au nombre, il sera considérable. Ils regardent comme une espèce de défi et de point d'honneur de se porter à la Chambre. Il avait été question d'y arriver avec des armes, mais ils reculent devant cette pensée. Toutes mes précautions sont prises. La garde nationale est toute prête. Le Gouvernement est gardé par deux bataillons de la onzième et de la douzième légion. Le lieu tenant- colonel Pascal prendra le commandement, pendant que Quinet sera à la Chambre, lequel pour-
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tant m'a dit hier soir qu'il accourrait au premier signal auprès du Gouvernement.
ce Les ouvriers du faubourg St- Antoine viennent de me faire dire qu'ils étaient très-disposés à en finir avec les agitateurs.
« Ils veulent venir enlever Sobrier. J'en ai prévenu le préfet de police. »
En effet, dès 5 heures du matin, le général avait envoyé M. Chabricr, chef d'escadron d'état-major, transmettre au préfet des renseignements et en réclamer. M. Ghabrier trouva la cour encombrée de Montagnards, les fusils en faisceaux. Introduit près de M. Gaussidière, qui était couché, il lui remit la lettre de M. Gourtais, dont voici la substance : ce Une convocation des colonels des légions de Paris a eu lieu à l'état-major. Ils sont unanimes pour reconnaître l'esprit d'ordre de la garde nationale ; cependant ils craignent qu'en cas de rappel une collision n'éclate entre les postes des Montagnards et la garde nationale qui les accuse de dispositions hostiles. Veuillez en même temps me faire connaître l'esprit de la manifestation qui est annoncée pour aujourd'hui. »
M. Ghabrier, ne recevant de M. Gaussidière qu'une réponse verbale, par laquelle il invitait le général à ne pas faire battre le rappel, réclama une réponse écrite. Malgré l'observation du préfet qu'il était retenu dans son lit par une luxation de genou, M. Ghabrier insista ; et M. Gaussidière dicta alors au commandant des Montagnards, Gallot, une réponse ainsi résumée : a La manifestation annoncée pour aujourd'hui doit
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avoir lieu. Son caractère sera entièrement pacifique. Mes amis, excellents patriotes, la considèrent comme essentiellement démocratique. Du reste, ils sont résolus à n'admettre dans leurs rangs que des citoyens non armés ; s'il s'en présentait d'autres, on les arrêterait, et des agents de police, placés sur le chemin de la manifestation, au besoin prêteraient main-forte. De plus, j'ai donné des instructions nécessaires à deux commissaires de police, de manière à protéger l'Assemblée nationale contre toute tentative d'envahissement. »
Le général transmit immédiatement cet avis au président de l'Assemblée.
Malgré ces renseignements, qui devaient lui donner plus de quiétude, M. Cour tais sentait de plus en plus le poids de sa responsabilité ; et il fit part au commandant de la garde mobile des dispositions prises et du lieu de rassemblement assigné à chaque légion ; il lui dit, en terminant : « Dans le cas d'une prise d'armes plus considérable, les légions seraient réunies et portées sur les quais pour défendre l'Hôlel-de- Ville, les Tuileries, l'Assemblée et le Luxembourg.
« Tous les ponts doivent être occupés aussitôt que les rues.
oc Je ne veux pas m'engager dans les petites rues. Cependant je ferai occuper la position de Saint-Méry, rendez- vous ordinaire des insurgés.
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« Veuillez, mon cher général, m'indiquer les lieux où stationneront vos bataillons. »
Le général Tempoure satisfît à cette demande, en lui annonçant que, ^n ras ^VJeWe, trois bataillons de la garde mobile se porteraient au Luxembourg, deux bataillons au Palais national, le bataillon de la garde marine dans l'intérieur de la Cour d'honneur, et douze bataillons aux Champs-Elysées, dans l'espace compris entre le Rond-point et la place de la Concorde.
A 6 heures du matin, M. Courtais donna mission à un de ses officiers d'état-major les plus dévoués de parcourir Montmartre, Belleville et les environs de la Bastille, et de lui rendre un compte exact de ce qui s'y passait. — Quelques citoyens paisibles, se préparant à assister, avec leurs femmes, à la démonstration; une population, en apparence, parfaitement tranquille; aucun symptôme d'agitation : tel fut le rapport de cet officier.
Le commandant' général attendait à 7 heures les colonels des quatre légions de la banlieue. Ces légions ne pouvant entrer dans Paris sans une autorisation expresse du ministre de l'intérieur, il pria M. Recurt d'expédier les ordres nécessaires. ^L Rayaud, officier d'étal-major, revint avec la certitude que ces ordres avaient été transmis.
A l'heure indiquée, les colonels arrivent. La conférence dure une heure et demie. Le général dit qu'il faut
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entourer Paris, garder les barrières, prévoir, en cas d'événements graves et de rappel, les positions que chaque légion devra occuper. Il élève cette réserve à plus de six mille hommes, et comme l'ensemble des positions à prendre au dehors et au dedans de la ville est compliqué, il fait écrire et écritlui-même ses instructions.
Le colonel de la IV^ légion portera ses bataillons immédiatement aux trois barrières de Bercy, de Gharenton et du Trône; il s'opposera à l'entrée dans Paris de toute force ne faisant point partie de la garde nationale.
Le commandant général ajoute : « Je n'ai pas besoin, colonel, de vous recommander la plus grande prudence. La garde nationale doit donner, dans toutes les occasions, l'exemple de la modération et du calme. C'est dans notre grand nombre que nous puiserons la force sans faire usage de nos armes. Je vous prescris formellement de ne faire tirer qu après avoir essuyé un coup de feu bien constaté. Ce ne sont pas deux ou trois coups de feu qui peuvent vous décider à riposter. »
Il trace au colonel de la IIP légion les mêmes instructions et lui indique ses points de concentration.
Il prévoit la nécessité de diriger deux mille hommes sur l'Assemblée ; et il donne des ordres en conséquence à la IP légion.
Il destine la I" légion à veiller sur la Bourse et la Banque, et à se mettre en communication avec les troupes qui seront sur le Carrousel et sur la place de la Révolution.
Ïl2 COMMISSION EXECUTIVE.
Le temps s'avance. Les préoccupations du commandant général augmentent. Il se décide à renforcer de nouveaux bataillons la garde nationale postée autour de l'Assemblée. Il avait d'abord songé à faire barrer tous les ponts, afin de couper les communications de la rive droite avec la rive gauche ; mais la colonne doit déborder par les boulevards et la Madeleine : c'est donc à la place de la Concorde qu'il faut appeler la légion.
Il transmet au colonel de la IP légion, M. Clément Thomas, l'ordre de diriger sur les Tuileries, près des marronniers, les mille hommes destinés à la défense du Pont national. Cet ordre, parvenu à 9 heures et demie, au moment où le bataillon se mettait en marche, est exécuté.
Il écrit en même temps au colonel de la IV' légion, M. Ramon de la Croisette, de laisser les ponts et de se transporter sur le quai d'Orsay. Cet ordre ne parvint qu'à 11 heures.
Il envoie, à 9 heures et demie, M. Martinet, officier d'état-major, à la mairie du X* arrondissement, vérifier si les mille hommes commandés sont réunis et leur prescrire de se rendre devant le palais de l'Assemblée. Du côté du pont les chefs seuls étaient arrivés. Il envoie de nouveau M. Martinet à la X' légion pour presser l'exécution de ses ordres.
Vers dix heures un quart, M. Courtais veut aller à l'Assemblée s'assurer par lui-même de la situation.
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C'est l'heure de la garde montante, descendante et de la parade. Il éprouve une certaine répugnance à y assister : des soins plus graves l'appellent ailleurs. Mais sur l'insistance des chefs, toutes les instructions pour la sécurité étant données, toutes les mesures prises, il cède et obéit à la coutume.
Il est onze heures un quart.
De petits incidents, qui passent inaperçus dans la vie usuelle, entraînent souvent des conséquences funestes dans les grandes circonstances. L'attente de sou cheval, celle de son escorte lui font perdre un quart d'heure. A onze heures et demie, il donne un dernier ordre à la troisième légion de se transporter sur le quai d'Orsay, et part, enfin, suivi de deux officiers seulement, pour se rendre à la place de la Concorde, par la rue de Rivoli.
Le président de l'Assemblée devait compter sur l'exécution de ses prescriptions de la veille.
Le matin même, il fut confirmé dans cette conviction par une lettre du général Courtais, qui, détaillant minutieusement les précautions prises et la position de chaque légion, « toutes devant accourir au premier signal, » le priait « d'avoir sous la main M. Ramon de la Croisette pour les cartouches déposées chez lui » ; et l'informait que « la quatrième légion était de service à l'Assemblée. ))
Celte lettre communiquée aux questeurs, MM. De-
gousée, Bureaux de Puzy et le général Négrier, le président veilla lui-même au classement des bataillons de la garde mobile, qui arrivaient. Il eut soin d'en masser un sur le pont et un autre sur les marches extérieures du palais.
M. Bûchez pouvait donc avoir pleine confiance pour la sécurité de l'Assemblée; cependant une missive du préfet de police vint jeter quelque inquiétude dans son esprit :
« Il y a ce matin réunion d'un grand nombre de citoyens qui se proposent de se porter à la Chambre pour manifester leurs sympathies en faveur de la Pologne et provoquer une décision de la part de l'Assemblée.
« Cette manifestation se fera sans armes. Il n'y a de troubles à craindre que de la part de quelques membres du club Blanqui, dont la réunion a lieu en ce moment au boulevard du Temple, et qui seront, dit-on, armés de pistolets qu'ils tiendront cachés. Je prends mes mesures en conséquence, et, si je puis me rendre à la Chambre, je vous tiendrai verbalement au courant de ce qui se passera. Dans le cas contraire, je vous ferai connaître par des agents sûrs des intentions que je surveille.
« P. -S. Dix heures un quart. J'apprends à l'instant que, nonobstant toutes mes prévisions, plusieurs citoyens, dont le nombre peut grossir, se rendent en armes aux divers lieux de réunion. Ceux-ci seront plus spécialement soumis à une surveillance active. »
Lecture l'aile de ce post-scriptuui, M. Bûchez, à
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onze heures un quart, en adressa copie au général Courtais, ajoutant ces recommandations :
(i Veuillez vous assurer de l'état des rassemble ments, qui, dit-on, sont considérables sur les boulevards, vers le faubourg du Temple : n'hésitez pas, s'il y a lieu, à faire battre le rappel dans tout Paris; n'oubliez pas que c'est le seul moyen d'éviter toute collision grave. »
Cette lettre parvint à l'état-major après le départ de M. Courtais; mais il était déjà suffisamment prévenu.
Le président de l'Assemblée, après ces démarches et ces préparatifs, se disposa à ouvrir la séance à midi.
La Commission du pouvoir exécutif, réunie au Petit Luxembourg dès huit heures du matin, anxieuse de la dignité, de la sûreté des représentants, avide du salut public, se déclara en permanence.
Son premier acte fut de détacher un de ses membres auprès du ministre de l'intérieur, afin d'acquérir la certitude que tous les ordres du conseil avaient été exécutés. M. Garnier-Pagès revint et put affirmer que rien n'avait été négligé. Il y avait eu, dans la transmission des décisions au préfet de police et aux commandants généraux, exactitude et célérité.
Elle écouta avec intérêt la lettre de M. Courtais au secrétaire général, M. Pagnerre, lettre qui donnait sa-
tisfaction à son ardent désir de contenir la manifestatation dans des limites légales.
Cette assurance même ne fit qu'accroître sa sollicitude et surexciter son activité.
Elle manda le sous-secrétaire d'état de la guerre, ministre par intérim, et le ministre des finances.
M. Gharras remit l'état des troupes rentrées dans Paris : quatre bataillons, quatre escadrons et une batterie seraient, dans la matinée, sur l'esplanade des Invalides; le deuxième dragons était à cbeval dans la caserne du quai d'Orsay; les garnisons les plus voisines étaient prêtes à marcher. Le ministre reçut l'ordre de les diriger sur Paris — ce qui devait augmenter les forces militaires de dix bataillons et de vingt escadrons — et de mettre sur pied toutes les troupes disponibles.
Le ministre des finances soumit des documents relatifs à la solution des Ateliers nationaux par le rachat des chemins de fer.
Elle invita les autorités civiles et les commandants généraux, retenus par les soins de leurs fonctions, à se mettre en rapports continuels avec elle.
Elle convoqua le préfet de police et le ministre de l'intérieur avec le sous-secrétaire d'état.
M. Gaussidière s'excusa en ces termes : « la luxation qui me retient au lit depuis près de trois jours ne me permet pas de me rendre auprès de vous. Si cependant vous jugiez ma présence indispensable, je me ferais transporter au Petit Luxembourg, pour assister à vos délibérations. »
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MM. Recurt et Garteret vinrent. Sans méconnaître la gravité des circonstances, ils étaient rassurés sur l'issue de la journée : « Le rappel n'avait pas été battu, parce qu'il inquiétait le commerce. L'avant-veille il avait excité quelques mécontentement ; on avait crié contre la Commission executive et contre le Alinistère. On disait que le pouvoir cherchait à agiter l'opinion publique et à entraver les affaires. C'est pour cela que M. Courtais avait fait prévenir les gardes nationaux à domicile. Tous les moyens de précaution avaient été coordonnés, mais il n'y avait à redouter aucune violence. »
A ce moment, M. Longepied et deux de ses amis, anciens membres du comité révolutionnaire le Club des Clubs, qui créaient une nouvelle société des Amis de la République, et qui avaient, dans le Club de la Révolution, fait une opposition très-prononcée à la démonstration, demandèrent à être introduits auprès de MM. F. Arago et Ledru-Rollin. Ils venaient leur faire part de leur crainte que Sobrier eût préparé un mouvement armé. M. Ledru-Rollin leur exprima la ferme volonté d'empêcher toute atteinte à la majesté de l'Assemblée, le vœu ardent d'éviter la lutte, et il les exhorta à user de toute leur influence pour détourner des violences fatales à la République.