‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 4)Chapitre 16 sur 29 · III · texte numérisé non relu

III

Mais les ordres de rappel donnés par M. Garnier- Pagès, au nom de la Commission executive, étaient antérieurement et ponctuellement parvenus. — Les rapports des maires et des colonels le constatent; à la 10° légion, à une heure et demie; à la l*"', à une heure trois quarts. — C'est le bruit des tambours de ces deux légions, les plus rapprochées de l'Assemblée, qui retentissait dans la salle des séances et jetait le trouble parmi les envahisseurs. — Les 7* et 9^ recevaient cet ordre à deux heures et demie ; les autres légions et les états-majors, entre deux heures et demie et deux heures trois quarts. Ces ordres avaient été partent rapidement exécutés.

Le général Guinard, quoique malade, avait repris la direction de l'état-major et transmis lui-même — deux heures trois quarts — les ordres de la Commission executive aux légions qui se trouvaient ainsi doublement averties. Pénétré de l'intention venue du Luxembourg d'étoulter le mouvement sous le nombre, il ne devait pas laisser enrayer son action par des contreordres venus de l'Assemblée, contre-ordres qu'il jugeait donnés sous la pression du moment. Il avait donc ainsi rédigé son appel :

a Paris, 15 mai 1848, 2 heures -'i5.

« Je reçois à l'instant l'ordre adressé au commandant supérieur jinr la ('ommission executive de faire

CIIAlMTIli; CI.Nnl IKMK. iOo

batlio iiuméclialement le rappel dans toutes les légions de Paris et de la banlieue. Je m'empresse de vous le transmettre, avec invitation de le faire exécuter de suite.

(( Vos bataillons se réuniront au lieu ordinaire de leurs rassemblements où ils recevront des ordres.

« Le clief d'étal-major, Giinahd.

« P. -S. — Aussitôt que vous aurez 500 hommes, vous les dirigerez sur la place de la Concorde. »

La Commission executive a donné l'impulsion. Autant le matin la garde nationale avait mis de tiédeur à se rassembler, autant, l'après-midi, elle apporte de promptitude à se masser. De toutes parts elle accourt et se forme en rangs compacts.

« — La i" légion — écrit le lieutenant-colonel Joachim Glary, au Pouvoir exécutif — tient 8,000 hommes à votre disposition et demande des instructions. » Elles lui sont aussitôt données : 4,000 sont dirigés sur l'Assemblée, 4,000 sur le Luxembourg.

La 2* en masse, sous les ordres de son colonel, AL Clément Thomas, s'apprête à se porter au Palais des Députés pour s'en rapprocher sans engager la lutte. Le lieutenant-colonel Bouillon conduit les 1,500 hommes qui stationnent aux Tuileries, par les Champs- Elysées et le pont des Invalides auprès du bataillon de la 1'"" lésion devant l'hôtel des affaires étrangères. Sur un ordre du général Courtais, daté de trois

206 COMMISSION liXUGUTl VE.

heures, il détache 400 hommes pour veiller sur le ministère des finances.

La 3* laisse mille hommes à la Banque, et, sous le commandement do son colonel, M. Thirion, se met en marche et rallie en passant son bataillon qui est sur le quai devant le Conseil d'Etat.

La 4% colonel Ramond de la Groisette, envoie immédiatement un bataillon à l'Assemblée.

La 5% colonel Favrel, dés l'avis venu du Luxembourg, dirige un bataillon sur l'Hôtel-de-Ville et un autre sur l'Assemblée.

La G", colonel Forestier, expédie un second bataillon pour rejoindre celui qui est place de Bourgogne.

La 7% dont le colonel, M. Dauphin, a eu les ordres signés : Garnier-Pagès, à deux heures et demie, s'est hâtée, conformément aux instructions données aux 7% 8" et 9% d'envoyer deux bataillons à l'Hôtcl-de- Ville.

La 8' y installe un de ses bataillons.

La 9^, commandée par le colonel Yautier, qui a reçu ses ordres à la même heure (]ue la 7% vient y grouper ses hommes.

La 10% colonel Hingray, renforce ses bataillons autour de l'Assemblée.

La 11% dont le colonel, >l. Quinet, est accouru de la Chambre auprès de la Commission executive, et dont le lieuleiiant-colonel, M. Pascal, commande le balailloii de posle au Luxembourg, se réunit tout cntiiTo pour veiller sur le siège du Ciouvernemenl

La 12'' y esl égalcmenl survenue.

Le général Tempoure a reru, à une heure, la visite (lu ministre de l'intérieur, qui, sortant du Luxemhdur^, lui mande de prendre sur-le-champ toutes les mesures concertées d'avance. Le général se transporte, avec un seul aide-de-camp, au palais de l'Assemblée, y parvieiil au moment de l'invasion, est enlevé de son cheval et entraîné par la foule jusque dans une tribune publique. Enfin il se dégage, va rejoindre ses bataillons sous le péristyle et donne mission à son chef d'état-major, M. Braquehey, d'amener les bataillons déjà réunis d'après les ordres de rappel de la Commission executive.

Le ministre de l'intérieur a transmis aux quarantetrois communes delà banlieue les ordres de rassemblement venus du Luxembourg.

L'Assemblée sera bientôt enveloppée par des flots de gardes nationaux et de gardes mobiles; 3,000 hommes sont autour de l'Hôtel-de-Ville^ 4,000 gardent le Luxembouro-,

M. Garnier-Pagés — trois heures — ayant, par les nombreux rapports qui se succédaient à tout moment, la connaissance exacte de cette situation , assuré désormais du concours de la garde nationale, va trouver M. François Arago, qui, accablé par la fatigue et par la maladie, s'était un instant retiré dans sa raodesle chambre. Il lui dit : a Cher collègue, voilà le mo-

208 COMMISSION EXKCLTIVE.

ment de monter à cheval. Tout est préparé. Nous prenons 2,000 hommes au Luxembourg. Nous rallions la 10" et la T' légion et les bataillons postés autour do la Représentation nationale. Nous cernons le Palais, nous délivrons l'Assemblée et ne laissons sortir personne. Nous saisissons tous les envahisseurs. »

(( Etes-vous maître de la position? » répliqua M. François Arago.

« Oui, complètement. »

ft Eh bien! Réfléchissez! Certes, il y aurait pour nous quelque renommée à acquérir, en faisant ce que vous voulez. Mais il ne s'agit pas de nous, il s'agit de la République. Vous êtes certain de tout comprimer. Je n'en doute pas, vous le dites. Mais, vous le savez, les rapports nous affirment qu'il y a des armes cachées sous les vêtements. De quelle fureur vont être saisis des hommes pris au piège! Et si quelques-uns, exaspérés par le péril, portent la main sur des représentants, si quelques meurtres viennent ensanglanter la première Assemblée du suffrage universel, la République est perdue pour longtemps peut-être, avec le suffrage universel lui-même. )>

M. Garnier-Pagès, (|ui avait à cclmu- d'éviter toute eiïusion de sang et qui pensai! triompher sans cette cruelle nécessité, réfléchit et hésita.

M. Pagnerre partagea l'opinion de M. François Arago. On convint que l'on attendrait de nouveaux avis avant de partir. Les chevaux furent sellés et bridés.

(IIAI'I riiK ClNOUIKMIi. 2oa

Sur la place de la Concorde, dans les rues adjacentes, autour de l'Assemblée, peu à i)eu s'établirent, entre la manifestation et la répression, deux courants opposés. Tandis que la masse des gardes nationaux approche et augmente^, celle des adhérents à la démonstration s'éloigne et diminue. Les amis sincères de la Pologne s'inquiètent d'abord, puis ils blâment, enfin ils se retirent. Les plus exagérés ont pénétré ou veulent pénétrer dans la salle etassiégeni avec furie les portes du palais; mais sur la place de la Concorde la multitude se disperse, se fond insensiblement. En quittant les extrémités, la fièvre semble se concentrer au cœur.

Et cependant, dans la salle même des séances, un sentiment de réaction contre la violence s'est glisse dans l'esprit des chefs les plus intelligents. La pétition est lue. Blanqui a parlé. La pression s'est suffisamment fait sentir; si elle se prolonge, elle avorte. Il y faut un terme. Raspail, Huber, Lagarde, président des délégués ouvriers du Luxembourg, Sobrier lui-même multiplient leurs efforts pour organiser un défilé et faire évacuer la salle.

Dès le début de l'invasion, les représenta nls ont compris qu'ils ne pouvaient sauver la dignité de l'Assemblée que par une attitude calme et imposante. Au milieu des cris, des vociférations, pas un n'a montré de faiblesse ni d'indécision. La droite comme i. a

la gauche, conservateurs et ultra-républicains, tous contemplent d'un œil froid et ferme cet effroyable bouillonnement, sans s'y mêler autrement que par de courageuses protestations. Un instant le président a la pensée de se couvrir et de lever la séance, mais ce serait paraître fuir devant l'émeute et déconsidérer la Représentation nationale. Il reste avec le Bureau, impassible à son poste. Le vice-président, Gorbon, est venu s'asseoir à côté de lui, afin de partager le péril de sa position et la responsabilité de ses actes. Ils associent leurs efforts. Usant de leur influence personnelle sur certains chefs pour leur faire entraîner la masse au dehors, ils leur adressent des injonctions publiques et des exhortations à voix basse. Mais, impuissants à faire écouler ce torrent qui, grossissant toujours, devient de plus en plus violent et désordonné, ils donnent aux questeurs tous les ordres pour agir. Puis, i^ans nul souci d'eux-mêmes, mais redoutant tout pour l'Assemblée, ne cherchant plus qu'à la préserver d'une atteinte individuelle qui serait le signal d'une épouvantable scène, ils songent à gagner du temps, afin de laisser l'ouragan s'éteindre dans ses propres convulsions.

Les envahisseurs et les personnes accourues à la défense de l'Assemblée étaient mêlés, et peu à peu avaient pris place sur les bancs des représentants qu'ils enserraient de plus en plus. Là, par une contradiction étrange mais naturelle, ceux qui, en foule, avaient violé l'enceinte sacrée, isolés, respectaient les députés dont ils s'étaient faits les voisins improvisés,

CIIAIMI'HK CliNnlJIKML. 241

s'empressaient môme de les défendre contre les euiporlemenls du milieu de la salle. Une menace surgissait-elle, aussitôt elle était réprimée. Sobrier protestait à M. Marie de ses intentions respectueuses. Un adhérent de Blanqui, Flotte, interpellé par Corbon, lui avouait que les excès de la manifestation tj/aient la République. Blanqui lui-même se sentait troublé et indécis. Chaque clubislc subissait l'influence du député qui faisait appel à sa raison, et s'apaisait. Mais le contraste avec la foule qui s'entassait dans les vides des bancs, dans le milieu de la salle, dans les couloirs, sur les degrés de la tribune, autour des bureaux du président et des secrétaires, n'en était que plus saillant. Là, l'excitation croissait avec le nombre. C'était une ivresse poussée jusqu'à la folie, une saturnale d'insensés. Blanqui avait été hissé à la tribune par des boni* mes à figure sinistre qui l'avaient violenté pour le faire parler de Rouen. Il était dépassé par des sectaires qui n'obéissaient plus qu'à leur furie. On sentait aussi dans cette tourbe sans nom des excitateurs à froid qui exaltaient le tumulte. Là surtout était le péril, bien plus que dans la multitude passionnée.

Louis Blanc n'était plus maître de sa personne ni de sa volonté. Enlevé, porté dans la salle des Pas Perdus, placé sur une chaise, il est provoqué à prendre la parole par les cris et les vivats : « Mes amis, ne criez pas Vive Louis Blanc! Les hommes sont sujets à l'erreur.

212 COMMISSIO.N EXECLTIVL.

Ils peuvent se tromper. Criez plutôt : Vive la Ilépuhlifjue! (Voix de la foule : La République démocratique et sociale. ) Le peuple est fort. En lui réside la toute-puissance. Mais, avant la force, il y a quelque chose de plus utile aujourd'hui, c'est l'union! Avant l'union, quelque chose de plus urgent, c'est la vigilance ! Soyez donc forts, unis^ vigilants. » Il ajoute ces mots ■qui, interprétés comme s'appliquant à la manifestation présente, devaient plus tard lui ouvrir la porte de l'exil : « Une Révolution comme celle d'aujourd'hui n'est pas de celles qui ébranlent seulement, mais de celles qui renversent... Je dois au peuple mon intelligence et ma vie. » Des cris d'enthousiasme couvrent sa voix, et lorsqu'il veut engager la foule à se retirer il est saisi, emporté. A moitié étouffé, épuisé, il résiste, tombe, baigné de sueur, est relevé et porté en triomphe jusque dans la salle des séances où ses forces l'abandonnent. Il ne peut que remettre à un ouvrier ces mots tracés au crayon pour être lus en son nom : « Citoyens ! au nom de la patrie, au nom de la liberté et de la parole qui sera l'instrument de votre émancipation, au nom de votre force'que votre modération honorera à jamais, ne mettez pas l'Assemblée dans l'impuissance absolue de délibérer. -» Ne pouvant lire ni faire lire ces lignes au milieu du tumulte qui croissait toujours, il exhalait ainsi sa douleur : « Ce sont des fous ! Ils perdent la Republique! » Cri bien souvent répété dans celte malheureuse journée.

("iiAPiTiM': sixi^:me.

Continuation du récit du Moniteur. — Af'lluencc au Luxenibourj^. — Ordres réitérés pour se porter à l'Hôtel-de-Ville. — Le général Fouclié nommé commandant supérieur de toutes les forces militaires de Paris. — Arrestation de Quentin. — Arrivée au Luxembourg du président de l'Assenrihlée. — Invitation de l'Assemblée de siéger au Luxembourg. — Appel de IWssemblée à la force publique. — MM. Corbon, Sénard, Degousée et d'autres représentants se présentent aux troupes et les enthousiasment. — M. E. Duclerc rouvre la séance. — Dégagement complet des abords du palais. — M. Lamartine rentre dans la salle des séances. — M. Ledru-Rollin résiste à la violence des clubistes qui veulent l'entraîner; il se concerte avec M. Lamartine; ils marchent tous deux, à la tête des troupes, au secours de l'Hôtel-de-Ville. — Acte de colère de la garde nationale contre le général Courtais; elle l'arrête. — Stupeur des clubistes à la dissolution de la Chambre, prononcée par Huber; mobiles d'Huber. — Affaissement moral des meneurs; contraste avec 1830 et février 1848. — Raspail, Blanqui, Huber, Sobrier, Louis Blanc, Barbes. — M. Marrast à l'Hôtel-de-Ville; il examine et prépare, avec M. Edmond Adam, les moyens de défense. — La garde nationale se retire et laisse la place à Barbes; les grilles sont escaladées et ouvertes; appel de M. Marrast à la Commission executive. — Barbes et Albert sont portés dans les salles du palais; propositions d'un (îouvernement (irovisoire ; colère de Barbes au nom de Blanqui; tumulte à l'intérieur et à l'extérieur pour la confection des listes; Barbes proclame un Gouvernement provisoire; il somme la Russie et l'Allemagne de reconstituer la Pologne, sinon leur déclare la guerre ; coup d'oeil de l'Hôtel-de-Yille ; les 5'= et G° légions et celle de l'artillerie entrent dans l'Hûtel-de-Ville: arrivée du général Fouché; le palais est entouré parla garde nationale; marche de MM. Lamartine et Ledru-Rollin; arrestation de MM. Barbes, Albert, Rey, etc. ; l'Hotel-de-Ville est dégagé; MM. Lamartine et Ledru-Rollin à l'Hôtel-de-Ville; ils délibèrent sur les mesures à prendre; ils retournent à l'Assemblée. — Occupation de la maison de Sobrier; dévastation par la garde nationale de la banlieue. — Préfecture de police : ses dispositions ; réserve de Caussidière; il repousse le plan de guerre de l'un de ses amis; il persévère dans son inaction, malgré l'inscription de son nom

parmi les membres d'un nouveau gouvernement; ses ordres d'immobilité; un délacliement de Montaj^'iiards lui désobéit et sort pour joindre Blanqui à l'Hôlel-de-Ville; ce détachement va engager la bataille; un ordre de Caussidière l'arrête et le fait rentrer; la Préfecture, refuge de tous les hommes d'action.

Je reprends le récit do la séance de l'Assemblée d'après le Moniteur.

(( Le citoyen Barbes : Citoyens représentants, le peuple, qui est à vos portes, demande à défiler devant vous. Je demande que vous le lui accordiez^ et que, de plus, pour montrer que vous vous associez à ses vœux, nous descendions, nous les représentants du peuple, et que nous allions nous mêler dans ses rangs pour lui dire que la cause de la Pologne est la nôtre. (Vive la Pologne ! — Ecoutez !)

« Je demande que nous déclarions que nous faisons droit à la pétition que vient de présenter le peuple, que la cause de la Pologne est la nôtre, et que partout où il y aura des opprimés la France interviendra. (Bravo! Lravo !)

« Il faut que l'Assemblée vote immédiatement et séance tenante le départ d'une armée pour la Pologne, un impôt de un milliard sur les riches. {Plusieurs membri's (h'M iluhs : Non ! non ! Barbés, c'est pas ça, tu to trompes, /(ru.v heures de pillage ' !), qu'elle défende de

' Il a été constaté, devant la haute cour de Rourgos, que ces paroles non recueillies par la sténographie et non reproduites dans les deux premières éditions du Moniteur, mais rapportées seulement de mémoire dans la troisième

ClIAlMTHi: SIMK.MK, 2Jo

ballre le rappel, qu'elle fasse sortir les troupes de Paris, sinon les représentants seront déclarés traîtres à la patrie. (Tonnerre d'applaudissements.)

« (En ce moment il est trois heures et (iiuni ; l'exaltation des factieux est à son comble. Le citoyen Barbes, qui est toujours à la tribune, fait de vains efforts pour obtenir le silence, mais il ne peut parvenir à se faire entendre de cette multitude, dont les vociférations et les cris couvrent les bruits de l'extérieur.

« On entend dans le lointain le roulement dos tambours battant le rappel. L'animation s'accroîl de plus en plus.

« De nombreux députés font d'inutiles efforts pour se rendre auprès du président et du vice-présidentCorbon, qui est monté depuis quelque temps se placer à la gauche du président; le secrétaire général de la questure, Lemansois, est à sa gauche. Le président se lève pour la vingtième fois, essaie de dominer le tumulte et s'efforce de rappeler à l'ordre les factieux ; il s'écrie :

<i Comme président de l'Assemblée nationale, je vous ordonne de partir et d(> laisser l'Assemblée délibérer. »

« Ces paroles sont à peine entendues de quelques personnes qui l'entouraient, etl'un des factieux, s'élan-

édition, n'avaient éb' prononcées que par nn seul individu et entendues par deux ou trois personnes. — Aussi furent-elles niées et repoussées avec indignation jiar les accusés. — Au surplus, cela prouverait surabondamment la vérité de cette assertion qu'il y avait là des agents provocateurs de la pire espèce. Dans toutes les foules il se plisse toujours des malfaiteurs. L'un d'eux déroba la pendule des sténographes. Mais, lorsque le peuple, non responsable de ces crimes, en découvre les coupables, il en fait justice immédiate et terrible.

çant brusquement et la main levée vers le président, lui dit en fureur : k Tu n'as pas le droit de parler ici ; tais-toi. »

« Le président se rassied. Barbes est encore à la tribune, ne pouvant que diiïicilement se faire entendre.

a Une immense acclamation de Vive la Pologne ! part des tribunes publiques et de l'enceinte de la représentation envahie.)

« Le citoyen Présideiit : Encore une fois, citoyens, si vous voulez qu'on délibère sur la pétition que vous venez d'apporter, laissez à l'Assemblée sa liberté ! Gomme président de l'Assemblée nationale, je vous ordonne d'évacuer la salle.

« (Le président insiste encore, mais sa voix est couverte par les cris tumultueux.

« Lagarde, président de la commission des délégués du Luxembourg, monte à la tribune ; il en est bientôt renvoyé par un pompier qui demande également à être entendu du peuple.

« Le citoyen Grémieux monte à la tribune ; il ne peut parvenir à se faire écouter.

« Le tumulte est à son comble.)

« Le citoyen Iluber, non représentant : Je demande que l'on fasse de la place pour que le peuple puisse défiler avec calme devant l'Assemblée.

« Un citoyen non représentant : Je demande que le Gouvernement provisoire fasse exécuter le décret du 25 février.

« Un autre citoyen non représentant : On nous a fait la promesse d'organiser le travail ; on ne l'a pas organisé

nii.MMTHi; sixiKMi:. iîjt

encore. Nous voulons ((ue le ministère rtu travail soit constitué aujourd'hui. (Vives marques d'approbation.)

« Le citoijen Haspail^ non représentant, s adressant à Vorateur : Au nom de la République, de la fraternité et de la liberté, je vous supplie de descendre de la tribune. (Explosion de cris : i/orcjanisationdu travail!)

a (Un colloque très-vif s'établit entre les citoyens Huber et Raspail. Celui-ci s'écrie avec énergie , en s'adressant aux citoyens qui envahissent la tribune : <( Je ne suis plus avec vous si vous ne quittez pas la salle. »)

« Un citoyen : Citoyens, écoutez-moi! nous demandons l'exécution des promesses du Gouvernement provisoire. Il nous a promis d'organiser le travail ; il ne l'a point encore organisé. Nous voulons que l'on s'en occupe immédiatement. (Oui ! oui !)

« Voix nombreuses de hi foule : Nous voulons Louis Blanc.

« D'autres voix : Nous voulons un ministère du travail. Il nous faut le citoyen Louis Blanc ! (Oui, oui, Louis Blanc!)

(( Le même : C'est une question extrêmement importante» à laquelle le Gouvernement ne fait pas droit. (Louis Blanc ! Louis Blanc ! !

« Le citoyen Sobrier, non représentant : Le peuple ne peut pas rester... (Le tumulte couvre sa voix.)

« Un pompier : Nous sommes venus ici en délégation pour la Pologne. {Vive la Pologne !)

(c Nous sommes venus ici...

« Un homme du peuple : Parle donc vite, pompier !

« Un auire factieux : Nous demandons l'organisation d'un comité social qui veille sur le Pouvoir exécutif. Nous demandons que justice soit faite des massacres de Rouen ; nous demandons la ^iuerre contre les oppresseurs de la Pologne ; nous demandons la destitution de la plupart des ministres.

(( Un ti'oisième citoyoi : Nous voulons qu'on punisse les égorgeurs de Piouen.

« (Les représentants restent immobiles à leur place.

(( Le bruit du tambour semble encore approcher. Les factieux se taisent un instant.

« Barbes s'élance à la tribune et dit: Pourquoi bat-on le rappel? Qui a donné l'ordre de battre le rappel? Que celui qui l'a donné soit déclaré traître à la patrie et mis hors la loi.

(( Ces paroles sont couvertes d'une immense acclamation. « On nous trahit, on veut nous tuer ici : à bas les traîtres ! s'écrie- t-on de tous côtés. Qui a donné l'ordre de battre le rappel? Il ne faut pas qu'on le batte. »

(( Le bruit des tambours s'éloigne.

(( Au pied et sur les degrés de la tribune, s'engage une lutte entre divers clubistes qui veulent parler au peuple. La confusion est extrême.

« Des menaces de mort se font entendre contre le président. Les factieux envahissent le bureau des secrétaires, a Qu'on donne l'ordre de ne plus battre le rappel, s'écrient mille voix frénétiques. ■»

« Il est trois heures et demie ; au moment même arrive un offîcier de la garde nationale qui porte des nouvelles au président et lui dit que, dans un quart d'heure

Page 1