‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 4)Chapitre 19 sur 29 · CII.MMTUi; SIXIKME · texte numérisé non relu

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corde, avait, à la hauteur du ministère des finances, rencontré un élève des Ecoles , officier d'état-major , qui lui avait dit de se porter immédiatement sur l'Hôtel-de-\'illc. Il s'y était rendu au pas de course; et, débouchant sur la rue de la Tixeranderie, il s'élançait aussitôt dans l'intérieur du palais. Deux compagnies de l'artillerie de la garde nationale s'y précipitaient également. Deux bataillons de la 7% vivement ramenés par son colonel Dauphin, se croisant avec la G% entouraient rHôtel-de-\'ille. La 8% revenant sur nouveaux ordres, divisant ses compagnies, entrait par les trois portes de la façade et par celles qui regardent l'église Saint-Gervais. Les autres légions accouraient successivement et s'entassaient sur les quais et dans les rues voisines. La garde nationale à cheval et le 9" dragons ouvraient la marche à MM. Lamartine et Ledru-Rollin, qui ne pouvaient avancer que lentement, à travers les rangs compacts et les transports d'enthousiasme de la garde nationale — cinq heures et demie.

Au fur et à mesure que la garde nationale, dirigée par l'adjoint de la mairie de Paris, occupait les cours et les salles aux cris de : Vive l'Assemblée ! vive le Pouvoir exécutif! les envahisseurs, refoulés, pliant devant une masse supérieure, se retiraient, répliquant par les cris de : Vive Barbés ! vive Raspail ! vive Blanqui !

MM. Barbes et Albert, assis autour d'une table avec quatorze de leurs adhérents, signaient leur dernière proclamation, lorsqu'un capitaine d'artillerie de la garde nationale, M. Martin Péchinat, entre brusquement. « Que venez-vous faire ici? » lui demande M. Barbes. « Qu'y venez-vous faire vous-même? » riposte M. Péchinat. « Nous sommes membres du Gouvernement provisoire. — Lequel ? est-ce celui d'hier ou celui d'aujourd'hui? — Celui d'aujourd'hui. — Eh bien! au nom de la loi, je vous arrête! » Pendant ce colloque s'étaient précipités dans la salle les capitaines d'artillerie, MM. May etKeller, M. Lecour, brigadier de cette légion, M. ^'auderberghe, adjudantmajor de la garde nationale de Beauvais, des artilleurs, des gardes nationaux et le comjûandant en second de l'Hôtel-de-A'ille, M, Beaumont. Un mouvement spontané de résistance et l'emportement irrélléchi de quelques gardes nationaux sont aussitôt réprimés par la prudence du plus grand nombre. M. Vanderberghe vent mettre en liberté M. Albert, qui refuse en disant : « Si Barbés est coupable, je le suis aussi. » Et il reste. Le colonel Rey, subissant la responsabilité de la non-résistrnce à l'invasion, est arrêté comme l'a été le général Cour tais.

Les prisonniers, paies, émus, mais calmes et résignés, demeurèrent sous la garde de ceux qui les avaient saisis.

L'envahissement de rHùtel-de-N'illc n'avait pas duré une heure.

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Pendant la <huU' de ce (jouvernement insurrectionnel, les deux membres de la Commission executive ne pouvaient s'arracher à l'ovation qui les enveloppait. Des milliers de mains leur pressaient les mains. M. Lamartine essayait quelques paroles de cœur étouffées par les acclamations. Il était enlevé de son cheval et porté jusqu'auprès du maire de Paris.

MM. Lamartine et Ledru-Rollin délibérèrent avec MM. Marrast, Edmond Adam, le général Fouché et le nouveau commandant de la garde nationale, Clément Thomas, sur les mesures d'ordre exigées par les circonstances. Puis ils se retirèrent pour retourner à l'Assemblée, suivis des mêmes transports, du même enthousiasme.

Mais tout danger n'était pas conjuré. La nuit venait, et, avec la nuit, la possibilité d'une prise d'armes par les désespérés et les agents provocateurs. Cette prise d'armes pouvait surgir de deux foyers : la maison de Sobrier et la préfecture de police, où s'étaient renfermés les Montagnards qui avaient d'intimes ramifications avec les sociétaires exagérés des Droits de l'homme.

Devant la maison de Sobrier stationnait un bataillon de la 3' légion, qui en gardait les abords et en surveil-

lait l'entrée. Cette maison, suivant la rumeur publique, était occupée par des hommes déterminés, de longue main préparés à une défense armée. Rendezvous des clubistes les plus violents ! arsenal de munitions et de fusils ! En cherchant à la prendre d'assaut on devait s'attendre à une lutte meurtrière, rapide signal d'un embrasement général. Avant d'y employer la force, il fallait réfléchir, et l'on hésitait.

M. Perrée, maire du 3% y monta seul et trouva une trentaine d'individus, ignorant les derniers événements et très-inquiets sur ce qui se passait au dehors. Ils avaient vu les colonnes d'envahisseurs marchant sur l'Hôtel de-Ville, les bataillons nombreux de la garde nationale allant et venant, dans l'attente de l'inconnu. Ils ne savaient que penser ni que faire. Aussi M. Perrée put-il, après quelques paroles échangées, sortir comme il était entré.

Peu après, une dizaine de gardes mobiles de la marine, sous les ordres de M. Lallier, leur commandant, bientôt suivi du commissaire de police M. Bruzelin, de M. Despeux, adjoint du 1" arrondissement et d'une centaine de gardes nationaux de la banlieue et de la PMégion, pénétrèrent dans les bureaux du journal la Commune de Paris et dans les appartements. Ils y firent une soixantaine de prisonniers qui, tout en protestant, n'opposèrent aucune résistance et furent conduits à l'élat-major, aux Tuileries.

Le commissaire de police avait commencé à poser les scellés, lorsqu'une espèce de frénésie saisit les gardes nationaux de k banlieue et les affola.

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Après avoir puisé, dans les caisses ouvertes, (l(;s munitions et des fusils, ils eurent bien vile saccagé la maison, brisé les meubles, dispersé les papiers. Cette frénésie fut poussée à ce point d'aveuglement qu'un capitaine de la 3" légion, survenant pour ramasser les papiers dans les cartons et les porter à l'état-major, au moment où son bataillon conduisait les prisonniers, fui arrêté, malgré ses énergiques réclamations, et envoyé à la préfecture de police. On eut grand'peine à recueillir les débris de cette dévastation.

La préfecture de police était occupée par 3,000 hommes armés jusqu'aux dents, par les Lyonnais, les gardiens de Paris et les Montagnards, toujours indisciplinés, malgré l'épuration intelligente exécutée par M. Grevât, qui en avait élagué les hommes véreux. M. Gaussidière se disait obligé de les conduire le pistolet au poing.

Le matin même du 15, les 300 Montagnards de la caserne Saint- Victor avaient résolu de prendre part à la manifestation, et le commandant Gaillaud avait dû user de toute son influence pour les en détourner et les amener à la préfecture. Encore dut-il en laisser aller une vingtaine pour surveiller les événements.

Ges hommes à la ceinture rouge, garnie de pistolets, au sabre traînant, remplissant les cours, les escaliers et les salles; les fusils en faisceau, les amas de munition, les tonneaux de cartouches, les grenades dans les ma-

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gasins^ les distributions de vivres et de vin, les émissaires allant et venant, les agents de toutes sortes apportant leurs rapports, les groupes aux conversations menaçantes, donnaient à la préfecture l'aspect d'un camp à l'approche d'une bataille. Les Montagnards avaient suivi, avec une animation toujours croissante, la formation, la marche et le progrés delà colonne. L'envahissement de la Chambre avait causé parmi eux une effervescence qui éclatait en cris de : Vive Barbés ! De nombreux émissaires de Blanqui venaient avec soin maintenir leurs relations avec les plus violents; et les cris de : Vive Blanqui! se faisaient entendre, malgré l'hostilité bien connue de Gaussidiére contre ce chef de club.

Gaussidiére se maintenait sur une réserve prudente. Le colonel Mercier et ses commandants les plus dévoués, Morisset, Gaillaud, Louchet, etc., circulant dans les cours, témoins d'enthousiasmes que, dans leur impuissance, ils n'essayaient même pas de réprimer, et d'une exaltation de plus en plus passionnée, lui rendaient compte de tout. Depuis sa lettre d'excuse en réponse à l'appel de laGommission executive, il ne lui avait plus envoyé de notes ; il attendait la décision des événements.

A la nouvelle de l'invasion de l'Assemblée, un de ses amis lui dit, en lui conseillant de se jeter dans le mouvement afin de le diriger : u Je n'étais pas partisan de la manifestation, vous le savez , et j'ai vivement combattu Huber dans le club de la Révolution. Mais il V a dans la vie des moments décisifs où l'inao-

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lion est un criuif. Il i'aiit se décider, il faut ùlic poui ou contre! « Puis il lui soumit ce plan hardi qu'il exécuterait sous sa seule responsabilité et que lui, Caussidière, pourrait désavouer s'il échouait : marchera la lète de la garde républicaine, joindre une force armée à la force populaire maîtresse de l'Assemblée ; saisir, au nom du salut public, tous les représentants réactionnaires. Gomme la veille, Caussidière repoussa ces propositions et resta inébranlable, préférant garder une espèce de neutralité armée. Seulement il songea à augmenter ses forces ; vers deux heures, il envoya l'ordre aux porteurs et aux forts des halles de se rendre immédiatement près de lui, et il fit militairement garder les abords de la préfecture de police.

Entre quatre heures et demie et cinq heures, une centaine de clubistes accourent annoncer la dissolution de l'Assemblée, la formation d'un Gouvernement provisoire où figurait le nom de Gaussidière, et réclament des armes. Une explosion frénétique éclate, les cris de : Vive Barbés ! vive Blanqui ! vive le Gouvernement provisoire! retentissent dans toutes les cours. Mais Gaussidière, pressé, acclamé, persiste plus que jamais dans sa réserve. Il recommande l'inaction la plus absolue, l'immobilité dans les murailles de la préfecture. « Je suis ici comme préfet de police, » répliquait-il à un de ceux qui lui montraient son nom sur la liste du Houveau gouvernement. « Lors-

que je recevrai des ordres d'un pouvoir constitué, je verrai ce que j'aurai à faire; pour l'instant, retirez-vous. »

Mais il n'était pas le maître absolu de ses Montagnards. Malgré ses prescriptions , un détachement , croyant que Blanqui était ou se rendait à l'Hôtel-de- Ville, sortit pour le joindre. En passant devant le poste de la garde nationale du Palais-de-Justice, ce détachement répondit par des menaces et des cris de : Vive Blanqui ! vive Barbes! aux cris de : Vive l'Assemblée nationale! Sur le pont au Change, se trouvant en face de la garde nationale et des dragons commandés par le colonel Goyon, il mit, un instant, en joue le colonel. Mais le colonel fit un mouvement en avant et la lutte allait s'engager, lorsque M. Crevât , averti et autorisé par le préfet, accourut leur transmettre l'ordre exprès de rentrer. Le détachement fit demitour, et le conflit sanglant fut évité.

Le soir, les hommes d'action, qui, repoussés de l'Assemblée et de l'Hôtel-de-Ville et furieux de leur insuccès, aspiraient à une revanche et au combat, se •réfugièrent de toutes parts à la préfecture de police, dont la garnison fut ainsi considérablement augmentée.

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