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Le présidenl, anienr de nouveau à (loimcr des explications sur les contre-ordrns do rajipfl, lut accueilli, non plus par les uiurniures de l'avanl-veille, mais par une approbation venue de toutes parts: « Citoyens, je m'adresse à vos consciences, ,1'avoue qu'ayant été trois heures immobile à mon poste, ayant fait tout ce que ma conscience me persuadait de faire, ayant la conviction de m'être conduit non-seulement en digne [U'ésident de cette Assemblée, mais en honnête homme, j'ai été étonné des attaques dirigées contre moi.
« Il s'agissait de gagner du temps... Entouré d'hommes en armes, vous le savez, ma voix n'a pas faibli nu seul instant, mon regard n'a pas changé, mon cœur n'a pas battu, i C'est vrai !) Eh bien î j'ai pensé à une seule chose, c'est l'immense responsabilité dont j'étais chargé vis-à-vis de la France, vis-à-vi^- de l'ivirope, vis-à-vis de vous-mêmes... J'ai pensé que, si la mise hors la loi des hommes qui ne défendraient pas de battre le rappel était mise aux voix, avec (^ette masse furieuse, folle, qui nous entourait, des excès individuels, énormes, pouvaient être commis. J'avais entendu désigner autour de moi un grand nombre de membres, plus de quarante, qui étaient ici présents et dont je pourrais montrer les places.
K Ce que j'ai fait, j'ai ci'u devoir le faire, .le l'ai fait
avec la conscience d'un honnête homme. (Très-bien! très -bien !)
(c Et si l'Assemblée n'était pas contente de mon ex - ])lication... (De toutes parts : Si ! si !)
a je donnerais ma démission (Non ! non !) »
M. Etienne Arago ])ut aussi repousser sans exciter de murmures d'injustes soupçons et démontrer avec quelle énergie il s'était opposé à la violation de l'Assemblée.
M. Gharras, également attaqué pour sa sortie de l'Assemblée lorsqu'il allait au Luxembourg prendre et recevoir les ordres de la Commission executive, ne rencontra qu'un contradicteur qui, le lendemain, se rétracta.
M. Clément Thomas lut ensuite cette adresse des colonels et des lieutenants -colonels des dix-huit légions de la Seine :
fc Citoyens représentants :
« Vous avez déclaré que la garde nationale a bien mérité de la patrie ; ses chefs librement élus vous en remercient en son nom.
« La garde nationale, armée pour la défense de la République démocratique, a compris son devoir. Vous avez été témoins de son élan spontané, quand il a fallu élnulTer la tentative insensée de quelques factieux qui auraient châtié ceux-mèmes qui les suivaient, s'ils a\ aient connu leur perfide dessein. (C'est vrai î)
« La Représentationnationalepeut compter surr^lppui que nous prêterons toujours à l'œuvre qu'elle est appelée à fonder ; résolus à la jirotéger contre l'anarchie.
ciiM'iiiu; III li ii:mi;. xu
iKiiis ne IcsoiiiUK'S pas im»iiis,au nom dn jicuplc afnié, à repousser toute pensée réactionnaire et tout retour vers le passé. (Oui ! oui ! Vwo la Républi([ue !) »
Cette adresse ' , expression sincère des sentiments de la iiarde nationale, fit une profonde sensation. Après l(^s douleurs du 15 mai et les orages des dernières séances, elle posait une ligne de démarcation, mettait à jour la véritable opinion de Paris, donnait un cnseignemcut et servait de prologue à la discussion sur la proclamation au peuple français.
M. Bérard annonça tout d'abord le retrancheuieiit de la phrase qui avait jeté la discorde dans l'Assemblée. Puis, à tout le paragraphe on en snbslifua un, présenté par M. de Montreuil au nom de plusieurs de ses collègues, qui, traduisant une pensée tout opposée, associait dans une confiance commune l'Assemblée et la Commission executive :
« Citoyens, ayez confiance dans la volonté énergique de l'Assemblée nationale et du Pouvoir exécutif. La justice, dans son action ferme, mais régulière^, atteindra tous les coupables ; elle démasquera les faux amis du
' Signé: Hingraii, colonel de 1.1 2Mégion; Ramond de la Croixette, de la 4"; Bourdon, de la 8"^; E. Qumet, de la 1 1' ; Iliirion, de la 3° ; Cosnard, dn la 1" de la banlieue ; Dauphin, de la 7' ; général Piat, de la 4" de la banlieue; Michel, lieutenant-colonel de l'artillerie; Farrel, colonel de la 5" ; (/c Tracy, de la 1"; Foreslier, de la Gs /,aM^ïer,chef de bataillon, counnandant la 12' légion ; Do^/fî/x, lieutenant-colonel, comniaiidant la 13' légion (cavalerie); Bouillon, lieutenant-colonel de la 2"; Hovijn, de la S*-"; Ledoux, de la [V lie la banlieue ; Clanj, de la 1" ; Pascal, de la 1 h ; Lebalard, de la 8' ; Feicier, de la 1" de la banlieue; F. Jlichel, de la 2', banlieue; Lamy, de la 4', banlieue; Po/rJer, de h 4" légion; Montanon alni', Ae la9=; Pf^rex. de la 7= ; Timolhce de //ai/, delà 10».
:î32 commission KM-cnivi-:
[(('iiple , «ini Iroiupent ses iiistiiicts luaùnanimes cl n'exploitent ses passions crénéreuses que pour arriver au flespotisme par l'anarchie. Le droit de pétition, le droit d'association, droits sacrés, ne peuvent être imimiiémenl tournés contre la liberté. Il faut que vos représentants, dans la plénitude de la puissance qu'ils tiennent de vous, remplissent librement leur mission (d organisent, sur la double base du droit et du devoir, une République démocratique, qui devienne l'exemple et l'honneur du monde entier! » (^ Bravo ! bravo! trèsbien !)
Ainsi modifiée à l'unanimiti', la proclamation fut votée. La réclamation d'un seul représentant souleva les sourires et constata l'adhésion générale.
Dans la même séance, M. Vivien présenta une addition au règlement pour la présentation des projets de loi du Gouvernement, conforme aux désirs du Pouvoir exécutif; elle fut acceptée avec le même ensemble.
Les causes de conflit entre l'Assemblée et le Gouvernement avaient disparu. On ne songea plus qu'à la fi'le de La Concorde, qui, préparée par le GouverneiiK'iit provisoire pour mettre; en présence et en sympalliie la re[)resentation nationale et la population de Paris, devait avoir lieu le surlendemain. L'Assemblée (diargea son bureau d'en régler les détails de commun acc(U'd avec b^ Gouvernement.
( li \i'i I Kl. III 1 1 II, \ii.. :y.i[i
Lu deuil (lu 15 mai ne devait être porté qu(^ par les républicains sincères. Pourquoi les hommes qui j)réferaient la forme monarchique, absolue ou constiliiliniiiielle, se seraient-ils aftligés? Ils ne pouvaient que se réjouir. N'ayant accepté la forme républicaine que comme une nécessité et un refuge, ils espéraient bien la voir s'évanouir ainsi qu'un météore dans l'espace. Adversaires du sulïrage universel, traitant la souveraineté du peuple d'illusion ou de moyen, proclamant l'impuissance de la niultilude à rien fonder de stable, ils s'étaient complus au criminel spectacle d'une foule en délire et foulant aux pieds son propre principe. Quelle confirmation de leurs assertions ! Quelle justitication de leur préférence et de leur antipathie! Quels arguments victorieux contre le gouvernement démocratique. Encore une journée semblable, et ils triomphaient de la République et du suffrage universel ! Aussi verra-t-on les plus ardents, ostensiblement ou secrètement, provoquer le peuple dans cette voie fatale et suivre cette tactique, vieille mais ioujours usitée, dénoncée par le paragraphe de la proclamation : pousser à l'anarchie pour arriver au despotisme.
Quant aux républicains sincères, ils étaient désespérés. Posséder la République et voir une partie du peuple de Paris, entraînée par des idées généreuses et par un surcroît de vie, égarée par des sophismes, des principes exagérés et des théories inaiiplicables, la voir
334 COMMISSION EXKCUTIVK.
fournir des armes aux adversaires, prêter l'oreille à de perfides conseils, méconnaître ses véritables amis, leur dévouement et leurs sages avis, détruire son œuvre, noyer la Révolution sous les excès, se suicider dans sa propre souveraineté !
Pour contempler de plus près le 15 mai, interrogeons ses fauteurs mêmes et ceux-là qui, sans le vouloir ou le voulant, se trouvèrent portés sur les listes du gouvernement improvisé. L'histoire doit écouter leurs témoignages. Puissent-ils, en faisant jaillir la lumière sur les fautes du passé, épargner au peuple de .-semblables fautes dans l'avenir!
M. Considérant, à la tribune • a Depuis que je m'occupe de répandre des idées de paix, de fraternité, d'union et d'harmonie, depuis vingt ans, dans ma vie de publiciste, j'ai continuellement combattu l'esprit de faction. J'ajoute que hier, pendant les saturnales qui se passaient ici et quand, tous calmes et impassibles, nous étions à nos places, le poste de notre devoir, un des citoyens égarés est venu à moi et m'a dit : Nous voulons vous porter au Gouvernement provisoire. Je me suis contenté de lui répondre ces mois : Eles-vous fou? Pour qui me prenez vous? Mon devoir, plutôt que d'accepter une semblable proposition , serait de me faire égorger à ma place. (Approbation générale.) ^^
M. Flocon, interpelle, succède à M. Considérant : a II est vrai : des noms appartenant au Couverneuient
tillAI'ITIii; IILITII.MK. :»;<5
ivgulit'r oui été portés par les faclinux sur louis listes ; si les membres du Gouvernement n'ont pas cru devoir repousser cette insulte à la loyauté de leur situation et à leur honneur, c'est parce qu'ils en ont fait justice par le mépris... «(Très-bien ! très-bien ! applaudissements.) »
M. Gaussidière, dans une proclamation afïichée le Ifi, disait :
« Union ! confiance ! ordre et dévoùment ! voilà nos devoirs à tous ! Gomptez sur moi, comme je compte sur vous. Vous étiez avec moi sur les barricades de la liberté, je serai avec vous sur les barricades de l'ordre.
« Laissons à la justice son cours régulier contre les vrais coupables ! Appliquons-nous tous de notre côté à ramener une foule égarée, des ouvriers trompés, un peuple séduit par des idées généreuses.
«Tant que l'autorité agira (et comptez-y ! i pour contenir les perturbateurs, appliquons-nous à éclairer les intérêts, à pacifier les esprits, et dans cette épreuve pénible notre Révolution, notre République, sortira, croyez-moi, victorieuse ! »
M. E. Thoré, rédacteur en chef de la Vraie République, reniait de la manière la plus absolue toute participation à la journée du 15, par une note insérée en tète de son journal.
^3f» <:<» M MISSION KXKCI TIVK.
<( Le nom de notre collaborateur Proudhon, » dit L Repi'ésentatit du 17, a a été mis sur une liste de gouvernement, à son insu. On a vu, par nos deux derniers numéros, combien nous désapprouvions la manifestation i)roposée et les motifs de cette manifestation.
« Tous les organes du socialisme s'étaient trouvés d'accord |)0ur Ijlàmer la manifestation avant qu'elle fut l'aile. Us ont ])lànié [)lus fortement encore les funestes eiilreprises dont elle a été le prétexte. Les premiers ils ont avance tout ce que de semblables tentatives pouvaient avoir de funeste pour la cause du prolétariat »
M. Proudhon, dans ses {Confessions d'un Hc'volutidiniairc, dit: «l'our moi, convaincu de l'inutilité, encore plus que de l'impuissance de nos armes pour le succès de la Révolution, je n'avais point hésité à me prononcer, dans Le Représoitant du Peuple, contre la manifestation du 15 mai. Je ne croyais pas que la France, embarrassée de cette fatale question du prolétariat qui ne pouvait, ne voulait, ne devait soutTrir d'ajournement, fût en mesure d'esquiver la solution et de porter la guerre (juelque part que ce fût.
« Malgré mon opposition, publiquement exprimée, à la nianifestation du 1") mai, je fus désigné à l'Hôtelde-Ville, jiour l'aire inutie du nouveau gouvernement. J'ignore à qui je fus redevable de ce périlleux honneur... Mais je ne puis m'iMuiiècher de penser qu(^ si, dans l.i
(iiAi'iTiu: m iiii:\ii;. 337
iiialiiH'C (In I T) mai, j'avais piihlié le qiiarl du discours de M. Wolowski, j'aurais été infailliblement arrêté le soir, conduit à Vincennes, traduit devant la cour de Hourges, et puis cnfernuj à Douions, pour m'apprendre il avoir des idées exactes sur la [)olitique d'iiitervenlion et de neutralité. 0 juslicc politique! revendeuse a taux poids! qu'il y a d'infamie sous le plateau de ta balance !..
(( Ainsi la réaction se déroulait avec la régularité d'une horloge et se généralisait à chaque convulsion du parti révolutionnaire. »
J'ai déjà cité les paroles de Villain apprenant Tenvahisscnient de l'Assemblée : « On ne sait pas le mal ([ue cela peut faire à la République » et celles de Louis
Blanc. c( J'affirme que, dans cette Assemblée, il n"y
a pas un seul représentant qui ait vu cette manifestalion avec plus de douleur que moi, etc., etc ))
M. Guinard, dont la loyauté a toujours été aussi incontestée que son amour pour la République, disait devanf la cour de Bourges: «J'ai eu une conversation avec Barbes, quelque temps avant la journée du I T) mai. Je dois dire que Barbés, dans cette circonstance-là, avait exactement la même conviction que moi^ c'està-dire que l'Assemblée nationale devait être l'arche sainte, qu'elle était l'élue du suffrage universel, qu'elle procédait de la souveraineté du peuple ; et que le premier devoir de tous les républicains, à l'époque où nous étions, était de la défendre envers et contre tous. Aussi Barbés ne pouvait pas avoir dans cette circonstance la moindre intention de violer la souveraineté 1. 22
:J3S CUMMISSIO.N KXECLTIVE.
du peuple qui est notre boussole depuis que nous avons l'âge d'homme. »
M. Blanqui : «... J'ai vu la manifestation avec une très-grande contrariété, une très-grande inquiétude... Il est vrai que je suis allé à cette manifestation en haussant les épaules et comme faisant une chose qu'on ne peut pas éviter. Je suis entré; j'ai vu que l'affaire était gravement compromise, que c'était une chose bien funeste que de pénétrer dans une assemblée malgré elle, que tout cela ressemblait fort à une violenlation ; et je voyais bien que cela pouvait nous mener à un résultat fâcheux. Mais que vouliez-vous que j'y fisse ? On n'est pas maître des mouvements populaires. On est souvent amené à jouer un rôle qui n'est rien moins que politique et sérieux. Eh bien ! telle a été ma position. Je déclare qu'elle a été aussi peu sérieuse qu'elle a été presque ridicule, car enfin on n'est pas un homme politique lorsqu'on se laisse ballotter comme un enfant et porter comme une espèce
de mannequin On m'a dit de parler et j'ai fait un
discours et je l'ai fait mécontent, je l'avoue, porté malgré moi à la tribune.
« En descendant de la tribune, j'ai été m'asseoir a côté d'un représentant, et là je suis resté spectateur impassible de toute la scène que vous avez entendue si souvent dérouler devant vous. J'ai vu tout cela, et je le répète, en haussant les épaules, en me désolant, en disant: où cela va-t-il nous mener?... On sait comment ces choses-là commencent, on ne >ait pas comment elles fînissenl... Anive Huber qui monte à la
<:iiA l'iTiu: m ini.Mb:. 33!)
tribune et qui prononce la dissolution de l'Assemblée, .l'étais altéré. On faisait une sottise énorme, dont je pressentais toutes les conséquences, sottise qui allait laisser une trace profonde dans l'histoire de 1848 ; et uioi, qui possède assez généralement mon sang-froid, je tournai mes regards vers la pendule, il était quatre heures un quart, et je me dis; voilà une grande bêtise qui se fait en ce moment. »
Après avoir cherché à prouver par l'exposé des faits (jue la colonne ne voulait pas briser l'Assemblée, M. lUanqui ajoute: a Si nous avions voulu renverser, nous perdions notre temps de la manière la plus stupide... Evidemment, nous ne le voulions pas, quand une voix insensée est venue proclamer la dissolution.
(( Nous n'avons pas voulu renverser l'Assemblée. Savez-vous pourquoi cette idée ne nous était pas venue ? Parce qu'elle était contraire à nos principes et qu'un tel acte serait resté comme une tache dont jamais nous ne nous serions lavés. Il nous serait resté comme un reproche toujours présent à notre pensée. Nous aurions eu cela dans notre passé, nous n'aurions jamais pu nous en laver, et des hommes politiques, qui auraient commis une faute semblable, l'auraient toujours eue comme un boulet attaché à leurs pieds, dont ib n'auraient jamais pu se défaire.
« Il y avait une autre idée encore. Je connaissais bien le peuple, etje savais bien que, si dans un jour de chaleur, à la suite d'émotions successives, une portion de la classe ouvrière pouvait se laisser entraîner à un attentat de ce genre, ce n'était pas Paris, ce n'était pas
;]40 COM MISSION KXKCITIVE.
l(ip(!U|il(i luiit entier. .le savais bien que la niasse n'avait pas l'intention de renverser l'Assemblée ; je savai? bien que, si on tentait de renverser le Gouvernement el que l'on y réussit, on se serait bien vite trouvé en présence de la population ouvrière tout entière qui aurait dit : Nous ne voulons pas cela, on ne jette pas une Assemblée par les fenêtres, et quelques factieux, — comme on nous appelle — ne peuvent pas dire comme le cardinal de Richelieu : je fauche et je couvre tout de ma robe rouge. La France entière indignée, la grande majorité de Paris ne l'eût pas goûté ; nous aurions soulevé contre nous une opposition presque générale, et peut-être qu'au bout de deux ou trois jours ce Gouvernement de contrebande et de surprise, que nous aurions ainsi établi, aurait été culbuté de la manière la plus ignomineuse.
M. Raspaii : « Le crime de l'Assemblée nationale violée a été un crime, plus qu'un crime, une faute irréparable, qui nous a mis dans une position de laquelle nous ne nous tirerons qu'avec difficulté. C'est une faute qui a semé la haine entre les différentes classes de la population.
« C'est Huber qui a prononcé l;i dissolution, acte qui n'est pas moins ridicule que déplorable. C'est lui ((ui
a compromis les intérêts de notre sainte cause "
A ces citations, je n'ajouterai pas les at'tirmatu)ns de principes de Huber, aus>i andacieusenicnt icniées par lui-in(~'ni('. Les assertion-' irini tel lionimc ne t'oiirnissenl aucune preuve ;i riiisloire.
« Il M'ITKK m ITII \il . m
Il n'(.'st jcis (le coïKljiiiiii.'ilidii |ilii> ('('InUiulc, (le llctrissiire jilus s;iiiLil;iiit<^ de 1m violiilioii de l'Assemblée, que celles infligées par les dt'iix violateurs de la tribune, le I 5 mai. Ces aveux arrachés par l'évidence du mal à la conscience réfléchie de ces chefs de clubs, ces stigmates volontaires dispensent de tout commentaire.
Su!' quel parti l'histoire dans son impartialité doitelle faire peser la responsabilité du 15 mai ? Consultons les documents, examinons les hommes !
L'enquête ' faite à cette époque, espèce de réquisitoire contre la République et les républicains , dont les sommaires dénoncent les traces de certaines pièces disparues et dont le fiel se distille à chaque page, œuvre désapprouvée ou reniée depuis par des membres de la Commission dont la loyauté est publique, mais qui, entraînés parles circonstances, ont cédé involontairement aux impressions du moment, l'enquête a recueilli ce témoignage du préfet de police :
Sur 1 40 arrestations relatives au 15 mai, on comptait:
Parti Barbes 45
Parti Henri \' 36
Parti Bonapartiste .... 58
r^arti Régence 1
' To:iie 1", page .'itjl.
:V42 COMMISSION EXKCITIVE.
En ces temps de liberté, nulle opinion n'était persécutée; chacun pouvait, sans crainte, avouer ses préférences et (lire ses aspirations. Les individus seuls, qui, chef? de clubs ou agents secrets, avaient besoin de feindre, se couvraient d'un républicanisme ardent ou d'un socialisme avancé.
Mais, tout d'abord, le premier fauteur de la manifestation, le président du Comité centralisateur, le directeur du cortège, l'homme qui prononça le mot Dissolution, Huber, Huber, dont le dossier à la préfecture de police fut révélé au procès de Bourges par le secrétaire général, de quel parti était-il alors l'agent? Il est difficile de prononcer. Pour découvrir ses mobiles, il est nécessaire de se rappeler qu'en tout temps il est (les provocateurs de complots, qui, sans rétribution fixée à l'avance, sans ordre, spéculent sur les conspirations qu'ils organisent et se livrent ou poussent à des actes dontei^suite ils réclament récompense. C'est ainsi que les pièces révélatrices ont fourni la preuve que Huber s'était offert à la police de Louis-Philippe, qui, au lieu de. le récompenser, le laissa subir sa peine. Et n'est-ce pas en faisant valoir des services antérieurs qu'il obtint du Gouvernement qui survint après 1848 sa sortie de prison et les avantages qu'il espérait ?
Le procès de Bourges a mis en évidence d'autres faits qu'il faut relever brièvement pour Jeter une u(iuvelle lumière sur d'autres oruanisateurs d(^ cette démonstra-
CIIM'ITKi; III ITIIMK. :}43
lion et sur la moralité ou le mobile de leurs intentions.
Landolphe, vice-présidenl du rlnh de la névolntion, ami de Barbés, expliquait ainsi les sentiments qui avaient pu porter M. Blauqui à se mêler à la manifestation du 15 mai : « Blanqui savait qu'une accusation formidable pesait sut sa tête. Il voulait se sauver à toui prix. 11 voulait tout faire sauter, dût-il sauter avec! »
On sait que Barbés avait accusé publiquement Blanqui d'être l'auteur d'une pièce révélatrice sur le mouvement de 1839, et que cette conviction de Barbes, bien ou mal fondée, mais formelle, le porta à prendre dans l'Assemblée et à l'Hôtel-de-Ville , en opposition à Blanqui, la direction d'un mouvement qu'il avait vivement combattu.
L'avocat général au procès de Bourges, M. de Royer, citant Bormes comme l'un des plus exaltés à l'Assemblée et comme s'étant installé secrétaire général du nouveau Gouvernement àl'Hôtel-de-Ville, dit : « Dans une pièce qu'il a imprimée et publiée, Bormes se présente comme une victime du régime déchu et comme l'un des fondateurs de la République. i\.u contraire, dans les papiers saisis chez Vidocq, à qui il les avait remis, se trouvait une manifestation en faveur de la Régence .
« Il vous a dit ici qu'il avait écrit des lettres à la préfecture de police, antérieurement aux journées de juin, pour dénoncer le plan que formait, disait-il, un nommé Lacambre. Il se fait une sorte de volontaire de la police. Il fait de la police, non pas pour en faire ; uiaisr il exploite les événements, les faits, qu'il apprend
:U4 Cd.MMISSlO.N l-XKCITIVi;.
de cette manière. C'est ainsi qu'il iinnonce le 15 mai, puis que, ce jour arrivé, il va à l'Assemblée, il prend part, à l'Hôtel-de-Ville, à la composition de ce Gouvernement insurrectionnel. Puis, l'événement passé, il se vante de l'avoir prédit. »
Sur M. Quentin. M. retienne Arago prononce ces paroles devant la cour : a Dans la foule, je reconnus Quentin ; je lui dis qu'à mes yeux il n'était pas même un homme égaré, mais un agent provocateur. — J'ai vu plusieurs fois Quentin au bureau de La Tribune. Flocon, Duprat et moi, nous n'avions pas confiance en lui. Nous pensions qu'il venait (Je chez M. de Genoude et nous n'étions pas pour l'alliance carlo-républicaine; c'est pour cela que, le 15 mai, je l'ai pris pour un agent provocateur. » M. Pascal Duprat ajoute : « Je vis sur les marches de la tribune Quentin que j'avais vu h La Ui' forme, et nous étions un peu avares de politesse pour lui, sachant surtout qu'il écrivait dans La Gax^eltc de France. »
Ces preuves suffisent. Xw surplus, elles viendront surabondamment dans le cours de cette histoire.
Quant à la présence d'agents étrangers dans nos troubles, les témoignages les affirment également.
iM. Félix Saniewski : « Le 13 ou le l 't, je vis, dans nn cabaret des Batignolles, où je vais lire le journal, (les individus venir engager les ouvriers à se rendre, le 15, à l'Assemblée. J'ai reconnu parmi eux un individu (pii allait souvent à l'ambassade russe. »
M. Lagrange, avocat, (fui avait si bieu lutté coutre les envahisseui'> : te .l'ai n'iicoulre, «mi me rcudaut à
cil MMi r.K III iTiKMi;, ;t'i;;
rAssciiiblre, M. ^idlowiiic, russe Irùs-imii de In Pr»iofïne, avec IcMiiiel j'ai souvent pari»' fie la luiinifeslation. .le n'étais pas d'avis rfu'elle eiil lieu. I.iii, an eontraire, la désii'ait. (Jiiand je le ivnconlrai, le lÔ, il me dit : \()iis voyez bien ([u'elle a lieu, .le connais une personne qui a donné pour cela 10,000 francs. »
M. Lamartine : «... Il y avait encore dans le mouvement un autre élément dont l'existence m'a été révélée par la correspondance dipIomati((iie ; l'étraniier a eu, dans ces circonstances, beaucoup d'inlluence... »
M. Schlesinger ' déclare avoir reçu l'avis k (juc les étrangers envoyaient do fortes sommes en France pour solder l'émeute. »
M. Frents', capitaine de cavalerie, tient du sieurNicolas, conducteur de diligences, « que des groupes d'or, en monnaie russe, ont eu lieu récemment. Le premier envoi data du 4 mai... .le suis convaincu que cet or était destinéà l'insurrection '. ;> Dansle rapport du juge d'instruction, M. Bertrand, relativement au L'imai, on lit : « On signale parmi les agents qui parcouraient les communes de la banlieue deux agents russes qui, jusqu'à présent, n'ont pu être relrouvi's ''.
' Kiuiiu'le. tome 1", page 349.
2 Enquête, tome I", piii^eîiSÎ.
■' J'ai déjà cxpliiiué ([ue cerlains lnuils île ce i;riire ;i\;i;ciil eu pour luise des envois d'arieiil aux maisons de liampie Kœnis«w;irtei' et Fnuld, FouM-Oppenlieim.
♦ Etapu'te, page IJI.
:Ui; COMMISSION EXKCrTIVE.
En démontrant la participation d'hommes de tous les ]);irtis et d'ar.;ents de toutes sortes dans les agitations et dans les troubles de cette époque, j'ai simplement constaté des faits que les événements n'ont que trop mis en évidence. Je ne reproche pas aux citoyens honorables d'opinions hostiles à la République;, d'avoir été ses adversaires; mais je pense qu'il ne convient à aucun homme loyal de rejeter sur la République seule les agitations et les troubles qui furent la conséquence de communs efforts et de fautes communes.
Certains se sont vantés, non-seulement auprès de moi dans la conversation, mais hautement et publiquement, de leurs tactiques contre une forme de gouvernement qu'ils regardaient comme mauvaise et contre une révolution qu'ils traitaient do catastrophe. Ils ont réclamé la récompense de leurs heureuses manœuvres; et ils l'ont obtenue.
D'autres, qui poursuivaient le triomphe de leurs principes et la succession de la République, ont été déçus de leur espoir, n'ayant opéré que contre euxmêmes.
Quelques-uns m'ont dit : « Les républicains ont longtemps conspiré contre nous! Eh bien! nous avons conspiré contre eux Ils ont miné notre gouvernement, nous avons miné le leur. Ils nous ont attaqués et renversés, nous les avons nttnqu('*s et renversés. Efforts
(IIAlMTIli; m ITIl.Mi:. 3i7
contre efforts, complots contre complots, insurrections (■(iiilnMnsurrections. De quoi se plaignent-ils? )^
L'un des hommes les plus éminenls et les plus inlluents du parti constitutionnel me faisait cet aveu : (( J'ai tourné la page du Gouvernement provisoire, j'ai tourné la page de la Commission executive, pour parvenir à l'idéal qui doit, suivant hkm, assurer h^ lionhenr du pays. » Il ne niait pas alors sa participation aux tentatives contre la République.
Ciombien, habitués aux conspirations, conspiraient encore, exaltant la Révolution dont ils se faisaient un marchepied, organisant des associations publiques et secrètes, entassant les moyens, créant des journaux, des correspondances, posant les bases de leur édifice en sapant celles de la République.
Et cependant tous reconnaissaient que la Republique est le gouvernement de tous par tous; ils y trouvaient une place à leur activité, et ils se la faisaient large, mais encore insuifisante à leurs désirs. Leur ambition rêvait un plus vaste avenir.
La fête de la Concorde parut amener une trêve momentanée. Après les convulsions des derniers jours, la population avait besoin de se reconnaître, d'épancher ses véritables sentiments, de protester contre la discorde, de rétablir l'harmonie, d'opposer à la manifestation de quelques meneurs la manifestation, immense, solennelle, de tous les citoyens, fraternisant, éclian-
34« COM.MISSKiN KX KC ITI V K.
géant leur commun amr»ur (!<' la lil)erte, de l'ordre et fie lii justice.
.fe crois devoir en emprunter le récit aux seuls journaux indifférents ou hostiles à la République.
« Cette fête, » dit La Patrie, « tant de fois remise a eu lieu hier avec un grand éclat. Le ciel était magnifique. Quelques nuages ont ym faire craindre un instant que la pluie ne vînt troubler la solennité, mais ils se sont dissipés peu à peu, et douze cent mille curieux ont pu jouir du beau spectacle, si longtemps attendu, et auquel assistaient tout Paris et de nombreux délégués des départements.
« A six heures du matin, le rappel battait, et à huit heures la garde nationale était en marche sur les boulevards et les quais, depuis la Bastille jusqu'à la place de la Concorde.
a A huit heures un quart, la Commission executive du rTouvernement a été reçue par les membres de l'Assemblée nationale sur le péristyle du Palais législatif, el le cortège s'est mis en marche pour le Champ de Mars, où plus de cent mille spectateurs étaient déjà rassemblés : les buttes de Chaillot et de Pas.>^y étaient également couvertes de curieux. Une batterie d'artillerie, placée an haut des rampes de Chaillot, a tiré des coups de canon de cinq minutes en cinq minuties depuis la mise en marche du cortège.
<c Pres([ue tous les représentants ont assisté à cette IV'te, donnée en l'honneur de l'Assemblée nationale et (|iii avaii (|uel([iie elmse lie truichaii! après la tentative (lu 1 .") mai.
< Il \i'iTi;i; III II ii;\!i;. 349
'< Les rL'[)reseiitaiits ne portaient que les rubans avec les faisceaux et les franj^es d'or. La plupart étaient sans écharpe.
« A neuf heures et demie, les membres de l'Assemblée prenaient place sur l'estrade disposée pour les recevoir devant l'Ecole militaire. Des dames en toilette élégante s'y trouvaient déjà en grand nombre.
c< Le peuple borde la vaste étendue du Champ de Mars et bat des mains à l'arrivée du cortège, en criant : Vive la République! Vive V Assemblée nationale!
a Les préparatifs n'étaient pas terminés. Le terrain n'était pas déblayé et les ouvriers travaillaient encore à mesure que la cérémonie s'accomplissait.
« Voici comment étaient disposées les décoratioIJ^. « En passant du pont d'Iéna vers l'Ecole militaire, (in voyait :
« Quatre grands mâts avec oriflammes ; « A l'entrée du Champ de Mars, deux pyramides triangulaires, pavoisées, assises sur de larges bases circulaires, ayant chacune à son pied trois statues colossales et allégoriques, assises. Sur les faces des pyramides, on lisait le nom des villes de la France et des pays amis,
« Deux autres statues représentaient l'agriculture et l'industriQ.
« Toutàreutourdu Champ de Mars, quarante grands mâts, avec oriflammes tricolores et des trophées en verres de couleurs pour l'illumination du soir.
« En deçà des mâts, de chaque côte, un rang de candélabres vénitiens, pour l'illumination.
« Seize pavillons très-ornementés, couronnés de trépieds antiques. Ces pavillons recevaient les produits de chaque industrie. De chaque côté des pavillons étaient des tables pour les banquets des corporations.
« Au milieu était placée la colossale statue de la Hépubliiiue, coiffée du bonnet phrygien, la main appuyée sur l'autel de la Patrie et la droite tenant une couronne et un glaive. Cette statue est de M. Glésinger.
(( En face de l'Amphithéâtre, s'élèvent deux statues colossales. L'une représente l'armée de terre; l'autre, l'armée de mer.
« La pyramide qui est à gauche, en entrant dans le Champ de Mars, a à sa base trois statues : l'Allemagne, appuyée sur sa Lyre; l'Italie, tenantl'épée d'une main, la tiare de l'autre ; et la France, ayant à ses pieds le coq gaulois, la main sur une table de pierre où sont écrits ces mots : Abolition de la peine de mort; suffrage universel ; liberté de la presse.
(( Autour de la pyramide de droite, on remarque les statues de la liberté, de l'égalité, de la fraternité : la première, avec une massue et des fers brisés ; la seconde, tenant le niveau.
(( Au-dessus de la liberté, on lit ces mots : la liberté consacre la justice pour règle, les droits d'autrui pour borne., la nature pour principe et la loi pour sauvegarde ,■
a Au-dessus de l'égalité : la nature règne, la loi guuvernc. La loi est le niveau rigide de légalité . Le peuple est le souverain ,• les niaiidaltii}-cs adntinistreut .
« Au-dessus de la l'raleruite . Unissex-vous les uns les
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autres ^ ciifuex.- votre [n'ocliaïn coniinc vous-mànc j chacun pour tous, tous your chacun .
u Un cordon de neuf bannières brodées d'or Hotte entre les pyramides; sur celle du niilieii on lit ces vers de Béranger :
Peuples, formez une sainte alliance!
Et donnez-vou> la main.
« X'oici d'abord venir avec leurs bannières 86 hommes vêtus d'habits noirs , de pantalons blancs et de chapeaux gris. Ces hommes représentent les 86 départements.
cf Les délégués des départements, précédés de leurs bannières, sur lesquelles sont gravées diverses inscriptions, font éclater leur enthousiasme.
(( La bannière de l'Algérie est saluée par les vivat de la foule.
(( Le cri à^vive V empereur ï se fait entendre ; ce sont les débris de la vieille garde, qui associent dans leurs acclamations les souvenirs du héros et de la République.
« Toutes les sympathies sont pour l'Italie, la Pologne et l'Irlande, dont les bannières se déploient dans les airs.
(( Les divers corps de métiers portaient leurs chefsd'œuvre.
« On a remarqué le plan en relief du dôme des Invalides par les maçons.
(c Le labyrinthe du Jardin des Plantes par les charpentiers;
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(( Le chef-d'œuvre des menuisiers, plus vaste et plus compliqué, est un monument carré, entouré d'une colonnade, ayant beaucoup de rapport avec la Bourse.
« Les ouvriers menuisiers, compagnons du devoir et de la liberté, portaient le Temple de Salomon.
(( Les tailleurs de pierre, un projet de palais datant de 1844.
(c Le chef-d'œuvre des débitants de tabac est un cigare monstre, sous un palanquin en velours rouge, frangé de feuilles de Mrginie et de Maryland.
(( Le chef-d'œuvre des boulangers est une couronne que supporte un faisceau de flûtes et de pains à café. Le chef-d'œuvre des serruriers est le modèle du comble en fer de l'Hùtel-deAille. Les tleurisles et les marl'hands de plumes iiromènenl un dais de roses et de satin qui chatoie doucement au soleil et caresse la vue. Un lit fermé, un lit à ramages s'avance, soutenu sur les robustes épaules des imprimeurs d'étoffes ; puis une selle, signée Amiard, et une machine à vapeur, signée Kientsy.
(c Une presse en fer qui imprimait La Marseillaise et Le Chant du Départ fonctionnait par les soins des ouvriers typographes.
« Le char monumental des faiseurs d'instruments de musique produit le plus bel effet : sous un pavillon de toile, échafaude dans un péle-mèle harmonieux, s'élevaient un orgue de Debain, des pianos, des basses, des cors, des lyres, mille voix de cuivre et d'argent. Les cordes des violons frémissent à la brise ; les cvmbales résonnent balancées.
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.( De loiiips eu temps, an musicien se met iiu [iuiint et jour. Sur le devant du char, des enfants couronnes (le lleiirs porleiil les l)aiinières do l'art; sur la bannière de l'éloquence sont les noms réunis de Bossuet et de r.erryer ; sur celle de la comédie, les noms de Molière et de Scribe ; sur celle de la déclamation, Talma et Hachel. Les maîtres primitifs, Palestrina, Angoulvaut, Lulli, etc., ont leurs banderolles à part (pii flottent aux quatre coins, dans le bruissement mélodieux d(!s roues. Ce char artistique et somptueux, comme aurait dû l'être celui de l'agriculture, termine le cortège des corporations.
« Le bazar du voyage a fait un monument merveilleux de légèreté et d'élégance, avec des gibecières, des parapluies, des pantoufles et mille objets divers.
« Les tapissiers, les doreurs et les fleuristes s'étaient associés, et montraient comme spécimen de leur industrie un divan de forme circulaire, à bois doré, recouvert de damas de soie blanc et présentant, au centre, une immense corbeille de fleurs artificielles, dont les couleurs ressortaient heureusement au milieu de ce mélange de soie et d'or.
« Le drapeau des plumassières était surmonte de plumes tricolores.
«La bannière des fabricants de perles d'acier étincelait de bouquets et de guirlandes polies.
« Les orfèvres montraient une riche fontaine à thé et des vases d'un beau travail.
« Un beau vase de la Renaissance en bronze, avec un mascaron au milieu, olusieurs statuettes, entre
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autres celle de Spartacus, formaient les attributs de l'industrie des bronzes.
ce Un char de M. Oranger, sur lequel était une panoplie d'armures du moyen âge, avec quatre guerriers couverts de fer, annonçait l'armurerie.
(c Les artistes en porcelaine portaient de magnifiques vases et des figurines en biscuit.
« La corporation des boulangers traînait sur un baldaquin un enfant représentant l'amour. Le baldaquin était suivi de charmantes jeunes filles. — Derrière l'une de ces corporations marchait une femme revêtue du costume attribué aux Vésuviennes.
« On remarquait encore l'industrie des tissus, celle si renommée des papiers [teints, les bourreliers avec leur trophée de collier, les ateliers monétaires de Paris, etc., etc.
« Voici enfin le morceau capital de la fête, le char de V Agriculture, d'autant plus impatiemment attendu qu'avec lui arrivent les cinq cents jeunes filles vêtues de blanc et couronnées de chêne. On cherche en vain le maillot rose ; on ne le voit nulle part, le maillot rose u été supprimé. Après, viennent les orphéonistes, les enfants de Paris, les élèves du Conservatoire, harmonieuse armée, que son commandant, M. Elwart, dirige avec honneur.
(( Des chants retentissent ; le canon tonne ; la foule déroule ses flots mouvants sur les talus du cirque et le long des hauteurs de Ghaillot el de Passy, d'oii descendent, à travers mille détours, les cuirassiers etin-
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celants sons les feux du soleil, les chasseurs el les dragons à la crinière tlottante.
« En ce moment, le concert des orphéonistes se fait; les jeunes filles font cnlendre le Citant des Girondins ; après ce chant, cinq cents douces voix s'unissent pour faire retentir ce cri : Vive la Bépublifjue I et, en passant près de l'Assemblée, les bouquets qu'elles tenaient à la main tombent aux pieds des représentants.
« Ici la population tout entière, les ministres, la Commission executive applaudissent avec transport. Tout le monde est debout sur l'estrade...
(c Vers cinq heures, le défilé de la garde nationale finissait. Plusieurs légions ont jeté les fleurs, dont leurs fusils étaient ornés, dans les rangs de l'Assemblée nationale ; toutes ont prouvé (ju'elles étaient dévouées à l'ordre et à la liberté. En défilant elles ont fait entendre, à plusieurs reprises, les cris de Vive laRépublqiuc ! Vive r Assemblée nationale !
(( Le soir, la foule envahit les quais, les Champs-Elysées, les Tuileries ; des cris d'admiration s'élèvent de toutes parts. Les illuminations présentent un spectacle féerique. Les terrasses des Tuileries éclairent leurs balustrades, et des vases d'nrangers avec leurs fruits lancent au loin leurs gerbes de feu ; l'allée de Neuilly étale ses lustres, ses girandoles, ses arcs aux trois couleurs, qui font ruisseler les lumières au milieu de la foule. Enfin la soirée se termine [lar un magnifique bouquet d'artifice élevé sur l'arc de triomphe de l'Etoile.
« Les illuminations particulières étaient nombreuses et fort belles.
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« Malgn* l'enormc affluence d'étrangers et de curieux qui étaient venus à Paris pour jouir de la fête et fraterniser avec la population parisienne, malgré le pèle-niêle inévitable en pareille circonstance, on n'a eu aucun accident à déplorer. . .
ff Le canon a tiré de minute en minute durant cette journée, qui a réellement consacré l'union de tous les citoyens. »
Pour compléter le récit, il faut ajouter au défilé, d'après les narrations du Constitutionnel, des Débats et de ïUnion, les membres de la Cour de cassation, de la Cour des comptes, de la Cour d'appel en robes d'apparat et les membres de l'Institut, les élèves des Ecoles, les noirs afîrancbis, la garde mobile à cbeval, les délégués des Ateliers nationaux, les blesses de Février, les anciens détenus politiques, les décorés de Juillet, les Invalides, les gardes nationales de différentes villes, etc., etc.
« La principale innovation dans cette cérémonie, » dit Le Constitutionnel, « est la participation des corporations des arts et des métiers à cette solennité. L'essai en a été assez heureux pour qu'on doive s'occuper de faire a l'avenir une place [ilus grande à l'industrie dans nos fêtes républicaines.
« Pendant que le cortège industriel défilait devant les représentants, marchant par la droite de l'Ecole Militaire, les gardes nationales (on évaluait le nombre à trois cent mille hommes' continuaient a detiler par la gauche, et le> deux roilcgcs, allant en sens invers, se
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saluaiciil iiiiitiicllcuicnt cl salnaicnl l'Asscniblée do leurs vives acclamations.
((... Ce ([ii'il y avait d'un peu incorrect, d'un peu confus, dans l(?s mesures de l'autorité, a élé rectifie par l'enthousiasme du peuple. Il en est de notre situation actuelle comme de certaines tragédies antiques, c'est le cliŒur, cet immense chœur d'une nation tout entière, qui joue le premier rôle. »
({ L'aspect du Champ de Mars, «disent les Déhals, « avait quelque chose d'assez imposant. » Le Sié^c/<? dit : K Tout Paris est dans le Champ de Mars. Le soir, Paris flambloie comme un phare. Les quais resplendissent. Toute la soirée s'est écoulée dans le calme le plus profond. »
« En présence de ce spectacle si grandiose, si écrasant, » d'dWnion, « nos souvenirs évoquaient le passé. Nous cherchions malgré nous les ombres colossales des Pétion, des Barnave, des Cazalès, des Lally- Tollendal, des Maury, des Mounier, des Mirabeau, et de tant d'autres qui avaient précédé la République actuelle sur ce même théâtre ; nous cherchions ces grandes figures ; et nous ne trouvions que ce que vous savez. » Pendant ce spectacle grandiose, éerasant^ la liberté régnait si splendidement, que le nom de l'illustre chef du parti légitimiste pouvait figurer sur une bannière et le cri de : Vive V empereur l sortir de la bouche de la vieille garde, sans que personne en fût étonné.
Les historiographes des anciens rois ont rempli leurs annales des minutieux détails des fêtes de la cour où trônaient les maîtresses titrées. Je n'ai pas craint
(le donner un cerlain développement à cette solennité où l;i nalion élail touf entière, ayaul pour idole la liberté.
J'achève ce récit par la proclamation de la Commission exécutixc.
« RÉPUHLIUUE FRANÇAISE.
« Liberté, Égalité, Fraternité.
(( Proclmnation à la garde nationale ^ aux travailleurs et à V armée.
(( Citoyens,
« La journée du 21 mai comptera parmi celles dont la France a le droit d'être fière. C'est la fête de la Concorde, de la Paix et du Travail ; c'est l'élan unanime et fraternel du peuple armé, c'est la République ralliant autour d'elle tous les cœurs.
« Il fallait montrer au monde que, si chaque citoyen est un soldat, tous les soldats sont frères et que la garde nationale, les travailleurs et l'armée sont les bras d'un niènio corps dont la démocratie est l'ànie et la vie.
a L'Assemblée nationale, les délégués accourus de tous les départements, trois cent mille hommes sous les armes sortis d'une seule cité, les travailleurs exposant au milieu du peuple les chefs- d'oMivre de l'industrie , les compagnons des devoirs autrefois divisés , aujourd'hui se donnant la main sous l'inspiration puissante de la Fraternité, la jeunesse de nos Ecoles, une
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population imiuciiso, tuiil, u représenté dans ce jour solennel la majesté de la France, son union, sa Torce, sa richesse, ses espérances et ses inépuisables ressources .
« Citoyens, soyez heureux d'une si noble tête; jamais la nation n'en avait vu de plus pure, jamais elle n'en verra de plus fraternelle ; il est beau d'inaugurer sous ces calmes auspices les travaux de l'Assemblée qui va donner une constitution au pays ; il est beau de présenter aux yeux de l'Europe attentive cet admirable exemple de concorde et de puissance.
« Oui, citoyens, grâce à cette union intime des forces vives de la patrie, nous aurons tous contribué à lui assurer cette République honnête et morale qui s'appuie sur la justice et la probité, et qui saura donner pour base inébranlable à noire sainte devise : Liberté, égalité, fraternité, l'amour, le respect et la confiance de tous. »