IV
\\i GOUVERNEMENT PROVISOIRE.
Thirion, tous élus colonels ou lieutenants-colonels de la garde nationale , et d'autres officiers supérieurs de la i;arde nationale, nommés plus haut; Péan, Delestre, Lemot, Martelet, Guillemot, etc., maires ou adjoints; Goudchaux, ex-ministre des finances ; Degousée, ingénieur civil ; Labélonye, adjoint à la mairie du 5*" arrondissement ; E. Desmarest, avocat de premier ordre; Edgar Quinet et Michelet, professeurs; Littré, Laugier, xMauvais , membres de Tlnstitut ; Gervais (de Gaen), Bixio, Boissaye, Detchegoyen, d'Artigues, Fenet, Feugueray , Grisier , 0. Gellée, et autres citoyens aussi dévoués et estimés, tels que MM. Lallemand, docteur médecin ; Martin (de Strasbourg), Peauger, Alexandre Rey, Arnold Schetfer, Voillemier, O'Reilly, Paulin, etc., etc.
Ainsi composé, le Comité central ne pouvait émettre que de nobles pensées et des sentiments élevés. Qu'on en juge par un extrait de son manifeste : « La France veut fermement, avec la République , le règne sincère de la liberté, de l'égalité, de la fraternité ; mais cette République, la France la veut grande, généreuse, honnête et pure , pure comme le principe d'abnégation et de vertu qui doit constituer son essence. Elle la veut énergiquement résolue, tout en détruisant les abus, à protéger les droits légitimes, constitutifs de la société, les droits sacrés de la famille , comme ceux de la propriété et du travail Repoussez des candidatures
ces consciences serviles qui ne se rallient à tous les pouvoirs nouveaux que pour les compromettre et pour les trahir. N'accordez vos sulTrages qu'à des patriotes dévoués, intelligents , bien pénétrés de la grandeur de
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leur mission , et iloiil lu vie piililiijne et jjrivc'e peut sii|»p()rter sans crainte l'éelal du ymv il <!•' la iliscus-
sion Si, dans les temps «le crise, les ainltitieux et
les cupides se rnenl iinpiideininent sur la salivl'aclion do leurs appétits éjjioïstes, montre/, ijue les vrais patriotes, les li()niine> irintclliiîence <| de ((nir, courent avant tout se rallier au drapeau du devoir et de l'intérêt (onunun. »
Le Comité adressa aux départements une circulaire spéciale (pii réclamait, pour les listes de candidats à l'Assemblée nati(Miale, « l'inscription d'ouxrieis et de cultivateurs, les principaux éléments de la démocratie » Il en avait donné l'exemple dans la formation
de son bureau. Mais la place qui leur était faite était relative et non absolue ; sur la liste des ouvriers du Luxembourg;, cette place était plus large, suivant d'autres tendances.
Quoi qu'il en fut, chaque fraction du j)arti républicain avait le sentiment de la satisfaction à donner aux intérêts qui n'avaient pas encore été représentés. La Révolution de I.SiS appelait enfin à la vie politique les ouvriers et les cultivateurs, cette partie la plus nombreuse et la plus productive de la nation ; elle leur révélait un monde nouveau. En 1789, la bourgeoisie avait conquis ses droits sur la vieille aristocratie ; en 1S48, la bourgeoisie offrait aux travailleurs des villes et des campagnes leur part de gouvernement.
Mais la concession ou la reconnaissance des droits ne suffit pas pour constituer un citoyen ; il faut que celui qui les possède sache les apprécier et en user. A Paris, dans les 2;randes villes, les travailleurs étaient en progrès notable; leur intelligence s'éclairait et s'élevait ; quelques-uns sortaient des rangs, pleins de force et de génie. Dans les campagnes, il n'y avait encore que des besoins et des aspirations sans lumières. Au total, l'éducation des masses était incomplète. Elles avaient l'instinct et non l'idée, le sens et non la raison, le germe et non le fruit.
La Révolution, comme une secousse qui ébranle le sol, avait fait surgir des aspects nouveaux, inconnus ou oubliés. Il fallait diriger vers le bien ces esprits à qui il ne manquait que la culture, ne leur laisser que les nobles passions et extirper les mauvaises. Par malheur, l'envie, l'égoïsme, l'orgueil, fomentés parles flatteries, pénétrèrent le cœur du peuple et obscurcirent son jugement. — Ne blâmons personne! ce furent des sentiments dont nous retrouvons les traces partout.
Les hommes riches, les conservateurs absolus, les légitimistes influents, ne furent pas les derniers à prodiguer aux ouvriers les éloges les plus outrés. Ceux-là mêmes qui, plus tard, devaient qualifier la Révolution
(Il \PITn|- TIini^IIlMF. HT
do catnsitrnphr, la portaiciil alors aux nues l't lui pro- (liuiiaitMit les é|)illH'tes tJe ffrmidr, glorieuse , extraordinaire, adinirablr. Les ox()ressions seniMaicnt faire «lél'aiil à leur ciitlioiisiasiiu». ('oiitciitoiis-nous de lappclcr ces mots de M. de Falloux : « Jo ne puis terminer sans consiuner ici... mon udnnralion , je souli|j;ne le mot, j)our le |)('nple ilc Paris. Sa bravoure a été (pieltpie chose d'héroupie, ses instincts d'une tténérosité, d'une délicatesse (pii surpassent celles de beaucoup de corps j)(ilili(pies (pii (ini domine la France depuis soixante ans. <>ii peut dire (pie les cond)attants, les armes a la main, dans la double ivresse du dani,'er el du lriompli(>, ont donne tous les exemples sur Ies(piels n'ont j)Uis (pi'à se régler aujourd'iuii les honunes de sanj^-IVoid. Il- oui donné à leur xicloire un caractère sactré. » Kt ces louani^es foisonnaient dans les écrits de celle époque ! Nous pourrions en citer à pleines paj^es.
De leur cc^té, les révolutionnaires exaltés élevaient l'ouvrier au-dessus de tous dans la hiérarchie sociale : « Créateur de toute production, de toute richesse, l'équité voulait qu'il fut le maître de tout. » Tandis que le Gouvernement s'elTorçait de prouver (|ue le peuple était l'ensemble des citoyens i\o Ions les ranps et de toutes les conditions, les exaltés, de même (pie les anciens nobles, divisaient la nation en classes, séparaient les bourgeois et les prolétaires, les patrons et les ouvriers, les riches et les pauvres; el, retournant l'échelle sociale, au sommet ils plaçaient les travailleurs.
Résister à ces flatteries, à cette exaltation, au sortir de l'humiliation, eût été un acte de vertu surhumaine.
Les ouvriers se laissèrent égarer. Après l'encourageante expérience de leur puissance, le 17 mars, leurs prétentions s'accrurent. Là réduction des heures de travail, la suppression des abus qui, depuis longues années, pesaient sur eux, ne purent les satisfaire. A l'industrie aux abois, ils demandèrent l'impossible. Rebelles à toute conciliation, multipliant les grèves, dévorant le peu d'épargnes qui leur restaient, ils prolongèrent la situation dont nous avons fait le tableau , et coururent en foule se faire inscrire aux Ateliers nationaux. Là, mécontents, s'exagérant à eux-mêmes ce qui leur était dû, troublés par l'enivrement de leurs succès, par les concessions obtenues, ils se crurent supérieurs à tous. Et il advint que les flatteurs qui les avaient aveuglés les accusèrent d'aspirer à l'aristocratie de la blouse.
Cependant un enseignement leur était du ; la raison et la justice devaient faire entendre leurs voix. Le club de V Atelier., fondé par les ouvriers rédacteurs du journal de ce nom, remplit ce fraternel devoir.
Nous avons déjà dit comment, sous le règne de Louis- Philippe, ces ouvriers journalistes avaient, les premiers parmi les travailleurs, répandu les principes de l'association libre, solution pacifique du problème du prolétariat. Réunis le dimanche, jour du repos, après les fatigues de la semaine, ils s'essayaient à communiquer les inspirations de leur cœur, à trouver les voies du progrès, à pratiquer la sainte doctrine des devoirs et des droits.
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Aprôs Février, ils poursuivireru Unir mission avec simjilifitc, laissant {Ichonlor de Irur Ame des «'xhortalions SNnipiitliujues, des paroles de coiiiai;r, des a\erli.«5seinonls sévores. I.utlaiil avee énertiie contre les effarements de ri'j^oisujc et de l'ori^ueil, ils s'écriaicnl : « Les ouvriers ipii, anjourd'liiii encore, refusent le travail (pii leur eslolFert, compremlront-ilseidin (ju'ils uuiM'ul à eux-mt^mcs, à leurs IVcres, a la France? Continueront-ils d'imiter ces houleux exempli'S d'éj^oïsme qui nous ont ('*té donnés, au |)rL'mier jour d(î notre victoire, par celle loule de coureurs de places, qui ne voyaient dans la Révolution qu'un moyen d'arriver? Sont-ils bien les (ils de ce peuple héroïque qui marchait pieds nus à la frontière, ceux-là (jui escomptent le sang de leurs frères pour une aui^mentation , impossible aujourd'hui , de salaires dont ils se contentaient hier encore ? Est-ce là du dévouement ? est-ce là de l'intelligence ?...
» Les travailleurs ont définitivement concpiis le grand moyen de la réforme sociale ; la réforme polititpie est
sortie pleine et entière des barricades H va donc
s'agir de procéder sérieusement à l'amélioration sociale des nôtres, à leur all'ranchissement réel... Nous serions heureux de voir diminuer les heures du tra\ail manuel, pour pouvoir les consacrer au travail inlellec-
tuel mais il est des nécessités devant lesquelles les
désirs les plus légitimes doivent s'efi'acer La situation est telle, que vouloir exiger en diminution de temps de travail plus qu'il n'a été arrêté par le Gouvernement, c'est agir positivement contre notre propre intérêt. En ellct, dans un moment où la peur fait reti-
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rer l'argent de la circiilalion , et où le crédit est presque complètement paralysé, vouloir en un tel moment augmenter le prix de la main-d'anivre, c'est condamner les chefs d'industrie à fermer leurs ateliers, c'est empêcher le travail, c'est augmenter la crise, c'est créer des misères pires que toutes celles que nous avons subies.
» Il est une erreur (pic ceux-là pariagent encore, et que nous devons combattre dans notre intérêt commun. Ils pensent qu'à défaut des particuliers l'État peut donner du travail à tout le monde, en se faisant lui-même grand entrepreneur, grand manufacturier. «Que l'État, » se dit-on, « ouvre de vastes ateliers nationaux, et qu'avec ses ressources immenses et son pouvoir suprême, il fasse aux ouvriers la part qu'ils réclament! «
Cela n'est que facile à dire L'Etat, en effet, n'a pas
de baguette de fée pour faire de l'argent ; il est épuisé par les gaspillages du règne précédent, et il ne peut pas faire plus qu'il ne fait, c'est-à-dire ouvrir des ateliers de terrassements et de confection passagère. Nous ne devons attendre de l'Etat que des secours momentanés et insulFisants, comme le sont ceux qu'il s'efforce 4e donner à une portion des ouvriers inoccupés. »
Ces francs et sains avis étaient écoutés, mais n'étaient pas suivis. La passion parlait plus haut que la raison. Le langage qui ne rappelait aux ouvriers que leurs devoirs leur plaisait moins que les adulations qui préconisaient et caressaient leurs droits.
riiAi'i 1 ni; i hoisikmk. 121
\.v noiiihrc di's «)uvri«M"s inscrils ;iii\ Vtdicis nalionaii\ s'(M('vnil , au .{1 mars, à 'iS :}."»() ; cl cIukiiic jour cet cliillrt' aii.i:nKMJtail ra|iiil('iiit'ii(. l n daniicr lointain appiiraissait (li'jà. Os AtcliLMs, oriianisr-s on armro pa- ('ilitjuo (II' tra\ail, ne jH)iivaiont-il.> (IcMiiir, par des sniîi;estions e\tiMieuiTs , une annc'C niilitanle dinMiireclion? Le zèle et les ellbrts des élevés de l'École centrale et du directeur, M. Kruile Thomas, avaient pu les empt^cher de j)rendre pai-t en masse à la journei; du 17 mars. Cette influence durerait-elle ' Le ministre des liasanx pid)lics, (jui adressait aux travailleurs île Iréfpientes exhortations, s'a|)pliqnait à préserver les Ateliers nationaux des sourdes menées des aijitateurs, et à les maintenir dans le calme. Le 2S mars, il se rendit au bureau central, où s'étaient réunis, pour le recevoir et l'entendre, les délégués des difl'érentes hrii^ades.
« Évitez, » leur dit-il, « ces promenades, ces
réunions, (jui inquiètent le commerce et l'industrie. Les sources du travail en sont profondément altérées. Votre intérêt est compromis, et cela nous touche et nous in(piiete... » Après une lonij;ue conférence, un déleij;né demanda la disposition d'un local afin d'y établir un club. Le ministre ne put se défendre de répondre : (( Partout où s'assembleront des ouvriers patients, calmes, amis de l'ordre, le Gouvernement sera toujours confiant. »
La revue passée, le ministre s'entretint de cette demande avec le directeur. Déjà, au dehors, des me-
neiirs actifs avaient songé à rassembler en clubs les ouvriers inscrits, et, circonvenant quelques brigadiers, ils étaient parvenus à un commencement d'organisation, sous le titre même de Club des Ateliers nationaux. La question se bornait donc à ceci : fallait-il laisser à d'autres l'initiative et l'inspiration de ces clubs, ou fallait-il s'en emparer? Le Luxembourg émettait des doctrines que M. Emile Thomas trouvait pernicieuses, et il croyait bon de les contre-balancer. Il composerait l'assemblée non-seulement de délégués, mais encore des élèves de l'École centrale, des inspecteurs, des chefs de service et de compagnies ; il se réserverait la présidence ; les saines exhortations détourneraient les ouvriers des mauvais conseils et les soustrairaient à des manifestations dangereuses. Le ministre se laissa convaincre ; et rautorisation fut donnée.
Le commissaire directeur, dans une proclamation signée de lui et des principaux chefs de service, invita aussitôt les ouvriers à élire des délégués pour assister à une assemblée, fondée sous le titre de Réunion centrale des Ateliers nationaux, dont le but serait de veiller aux intérêts de l'ouvrier sans travail, kn jour désigné (dimanche 2 avril), rue de Valois-Monceaux, M. Emile Thomas prit la présidence de la réunion ; et sa parole fut écoutée. Il fit valoir les sacrifices du Trésor; il parla de la reconnaissance due à l'Élat qui secourait l'ouvrier par le travail ; il exposa les projets pour soulager les soutfrances ; il énuméra tout ce qui concernait le règlement des ateliers.
Telle fut l'origine du club des Ateliers nationaux. Le nombre de ses membres ne fut d'abord que de quatre
niAPiTHi: rnoisiKMK. <sn
rents, cliefs et (l('l«''tïn(''s cenliaiix choisis ])ar !(•> d6\vgiH^s noniniôs par les on\riors. Miiis ros dcrnicMs ayant n^cl;mi<^ leur U'Irnissioii , le chillro s'<!^lcva bientôt à mille, à deux niiilo intime. Les jours de réunion, les délégués recevaient, au delî^ de leur pase de lra\ail actif, une sonune de 25 à oO eenliuiis.
Les intentions de M. Kiuile Thomas, en Tondant ce «•lid>, étaient bonnes; il allait souvent réclamer des conseils à son ministre et aux hommes de l'HoIel de ville. Mais ne présumait-il pas trop de ses forces et de son influence? Ne serait-il pas facile à des gens malintentionnés de se glisser dans les Ateliers nationaux et dans la réunion, d'y créer un noyau d'opjiosants, de déplacer le but à atteindre, et d'introduire, sous le dra[)eau même de l'administration, les doctrines hostiles? Il était absorbé par le moment présent. — Il tenta, avec plus de bon vouloir (pie de succès, de contre-balancer la jtuissance incessamment croissante des déléeués du Luxendjours et des chefs de clubs.
Celte enumération des clul)s serait trop longue, si nous voulions la donner complète; c'est assez d'avoir fait connaître les principaux. Au 31 mars, le nombre s'en élevait à cent cinquante; bientôt il di'passa trois cents. Partout s'ouvraient des clubs spéciaux, constitués pour un but déterminé, des réunions par arrondissement, par quartier, par compagnie de garde nationale. Nous avons déjà mentionné ces assemblées , espèce de
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foyers domestiques de l'arrondissemenl, on ces modestes ambitieux de l'utilité et du bien publics venaient échanger leurs pensées et leurs projets sur les nécessités de la mairie, sur les besoins des pauvres, sur la bienfaisance, sur les élections intimes, jaloux, pour toute récompense, de leur propre satisfaction.
Tantôt les marchands, les boutiquiers voisins ou de même commerce, se retrouvaient dans une salle commune , le soir, après les affaires ; tantôt les ouvriers de la même rue se rassemblaient pour étudier et débattre les questions à l'ordre du jour. Chaque profession, chaque métier voulait avoir son club, pour rechercher les abus du métier, de la profession , et pour adresser au Gouvernement des réclamations fondées et justifiées.
11 V avait le Club des décorés et des blessés de Juillet, glorieux soldats de la liberté qui mettaient au service de la patrie aimée leur vieille énergie et leur dévouement sans limites; V Association républicaine pour renseignement national, appliquée au développement de l'instruction publique, où l'on voyait figurer, auprès de MM. Ch. Lebas, A. Jacques, Catalan, etc., MM. Saint- Marc Girardin, Leverrier, Sainte-Beuve, etc. Quekjues officiers généraux essayaient de former le Club républicain des officiers réunis, dont le général de Girardin était président, et le général Lebreton vice-président. Des collègues, des confrères, se réunissaient et fondaient le Club de V union des clercs ^ le Club typographique, le Club de la bureaucratie.
Resserrant les nœuds du pays natal, les compatriotes de même province, Parisiens depuis longues années, se plaisaient à faire revivre leur communauté
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«rorii^ine diiiis un rlul»; les plus nombreux l'Iaienl toux (les Provenraux et des Aurerf/nats. Les avocats constituaient le Club (lu bunrmi dr l^nris, où brillaient des hommes de cœur et de talcul. Le Club des amis (1rs noirs comptait parmi ses membres tons les hommes de couleur, de séjour dans lii capilale. \r< protestants avaient un club ])rési(l(' j)ar M. (^(xpierel, |)asteur vénéré. L'abbé Rouix présidai! le ('hih <h- lu fratrrnité universelle , frécpienté par des prêtres calholitpies. \.'l'ninn })ol}/terhni(iue s'était recrutée des anciens élevés de l'Hcole. L'eniiouement , la mode, furent poussés si loin, ipic l'on j)ut assister au spectacle attrayant d'un club tonde par (piehpies femmes anteurs, sous le titre de Club (le r émancipation des femmes, et (bi Club des Vésuvicnnes, orizanisées en une sorte de milice. Nous trouvons jusipi'ii la Société centrale républicaine des sourds et muets de France.
WTI
Historien d'un peuple, nous devons le peindre sous tous ses aspects, là particulièrement où l'on peul le mieux saisir sa physionomie, ses passions, ses mœurs, ses vices, ses vertus. La description des clul)s explicpie l'époque, et donne la clef des événemenis ininfclliiiibles. C'est que leur création n'a j)as été l'œuvre d'iiii parti, mais la conséquence naturelle d'une révoluliou provoquée et faite au nom du droil de réunion, et que toutes les opinions y ont pris leur pari ; c'est que cette passion du jour a subjugué tous les esprits, et qu'il est
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peu (le personnes qui, malgré leurs vives critiques et leurs attaques ultérieures, n'y aient couru , et n'y aient figuré comme spectateurs, promoteurs, adhérents ou même orateurs. Nous devons ajouter que cette passion ne s'était point renfermée dans Paris, mais qu'elle s'étendit dans toute la France, d'une extrémité à l'autre, dans les villes les plus importantes comme dans les villages les plus obscurs. Rien ne lui échappa.
Ne permettons pas aux temps calmes de juger les temps de révolution d'une manière absolue , sans que la pensée se reporte et vive dans le milieu où les actes s'accomplissaient. Telle direction, telle résolution soudaine, tel acte spontané, salutaire à une crise, seraient funestes au repos, tandis que telle mesure bien prudente , telle It^gislation bien prévoyante, applicable aux loisirs du repos, laisseraient, en temps de crise, périr la société. Il n'y a d'absolu que Dieu et la matière. Tout le reste est relatif, imparfait, incomplet. Ainsi chaque chose a sa raison d'être et son germe de faiblesse; pour l'apprécier sainement et justement, il faut tenir compte de toutes ses conditions de vitalité, peser ses avantages, ses inconvénients, établir le pour et le contre.
Un peuple doit savoir choisir entre la tyrannie et la liberté. S'il préfère subir le joug du despotisme, l'unité du commandement lui procure plus de tranquillité somnolente. L'ordre paraît plus profond, parce que la moindre résistance, la moindre protestation, la moindre
CIIAPITRI- TH()|>|(:MI:. U7
pininte, est à l'instant nu>mo «'«lonffj'e et punie coiniiic nu criino, l ri citoyen est-il soiijxonnù de vouloir, de pouvoir troubler l'autoriu'' par int acte, par un étiil, par une parol(\ il est suhilenienl saisi, exilé ou déporte». Il ne j)eul v avoir d'opposition dans un Klal ainsi gouverné. Tout se lail. Le silence et l'apaisenienl du (uiuheau ne sont pas j)lus |)rofonds. Ctiaciin véi:ète de sa vie individuelle : un seul a détourne cl al)S(trl)(' la \ ic politiijue. Chacun est déû;au;é des soucis, des embarras de ses droits : un seul les a pris tous. Plus de presse ni de polémique, de tribune ni de discussion : un seul réstime et exprime la volonté générale; il parle, et la nation a i)arlé. Plus d'incpiiétudes pour la confection des lois : un seul est la loi vivante et souveraine. Plus de tourments pour négocier, rédiger les traités de commerce, contracter les alliances : c'est lui qui décide. Il va même jusfju'à délivrer le sentiment national de toute susceptibilité, de toute préoccupation d'honneur; seul il prononce et la paiv et la guerre. — Voilà les avantages de la servitude !
Mais alors le citoyen n'est plus qu'un sujet. lia aliéné sa liberté. Il a passé la parole et l'action à un maître. Ses rapports avec le gouvernement n'ont plus lieu que par l'intermédiaire des complaisants, des courtisans ou des agents. Exposé à l'avidité, à la haine, à la dénonciation d'un ennemi, sa fortune peut être détruite, sa maison de conimerce fermée, sa profession perdue. A-t-il la velléité de chercher un refuge auprès de la justice ?
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elle sommeille par ordre supérieur. Quant à la nation , si ses finances sont compromises, à qui réclamera-t-elle ? elle sera acculée à la crise, sans avoir pu éviter le précipice. Si les traités de commerce tuent son industrie, elle subira sa ruine et lavera ses plaies. Si l'amourpropre, l'orgueil ou l'ambition du maître veut la guerre, elle lui remettra sa dernière obole avec sa dernière goutte de sang. En pleine paix, elle perd tout sentiment moral. Par la guerre, elle s'épuise... Tout lien de solidarité étant brisé entre les citoyens, un seul sentiment domine : l'égoïsme ! un seul mobile : rinlérêt ! un seul but: l'assouvissement des passions! Pour parvenir, tout moyen est bon. Il y a foule autour du dispensateur unique de toutes faveurs, de toutes fonctions. Les plus intrigants, les plus cupides envahissent les avenues, remplissent les antichambres et les salons du pouvoir. C'est une curée livrée en pâture aux plus serviles. L'intelligence elle-même courbe le front dans la honte. L'honnêteté lutte contre la misère et repousse de son foyer l'humiliation. On s'arrache les privilèges, les monopoles, qu'on court monnayer à la Bourse. Tout est question de gain ! Des fortunes d'une heure éblouissent le public. Le vertige trouble les esprits les plus sains. L'attraction entraîne les plus purs. La nation entière joue quand elle croit entreprendre. L'expérience des temps passés n'éclaire personne; et chacun se précipite dans la catastrophe.
Peu à peu les grandes pensées disparaissent sous la corruption ou la persécution. Les chants du poëte cessent : il n'est permis de chanter qu'un seul homme. L'inspiration des arts s'éteint : leur essor a besoin de
(.IIAPITUK TKOlSlkMi:. \i<.)
l'air «le lu liberU*. (]lio/ les sasants réinulalion s'afl'aisse. L'iiînoraïuo , basse et rampante, s'empare de la direciIdii des lettres et des sciences. La tribune est mnelte : pins de grands orateurs! Le barreau, sanctuaire de Ifloquence, est cerné, menacé. Plus de ces ijcnies sublimes qui s'apj)uieiil et s'élèvent sur hi publicité pour planer au-dessus du uïonde. Soumise, la (irècc perdit ses poètes, ses philosophes, ses saines, ses honnnes illustres. Home, esclave a\ilie, tondja dans le IJas-Kmpire. De la Grèce et de Rome, il ne reste que des ruines. La liberté était l'inépuisable source de leur anti(pie splendeur; la Ixiaiinie l'ut la cause fatale de leur chute.
Mais un jour vient où, las de torj)eur et d'esclavage, le peuple veut revenir à la vie et reconquérir son indépendance. Il faut alors cpi'il se résicne à toutes les douleurs de la délivrance, car l'inévitable conséciuence d'une révolution, c'est une lutte violente entre les éléments du passé et les éléraenls de l'avenir. Le ciel est surchargé de tempêtes. L'air comprimé éclate. Le torrent, pour creuser son lit, emporte mille débris sur son passage. Toutes les passions humaines, bonnes et mauvaises, fermentent. Les timides tremblent d'effroi; les prudents observent; les ambitieux s'agitent; les méchants agissent; les liommes de bien se dévouent. Personne ne vit chez soi; la vie publicjue absorbe tout; toutes les idées se font jour, les plus folles comme les plus sensées. Mille propositions se croisent; mille théo-