‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 5)Chapitre 11 sur 49 · IV · texte numérisé non relu

IV

ries se posent. On discute tons les systèmes; on essaye de tout. Tous s'animent : le plus fro-id s'échauffe, le plus sage se laisse aller au mouvement général. L'harmonie dans les choses paraît troublée; les rapports entre la production et la consommation sont interrompus. Il y a des besoins, et les bras s'arrêtent. Les privations et les souffrances aiguës s'accroissent. L'ordre s'établit avec peine au milieu de l'effervescence. Le crédit public s'affaisse. Une liquidation générale est inévitable. Tels sont les premiers jours d'une révolution : c'est la crise, ce n'est pas encore la République !

Mais déjà, au plus intense de la crise, un œil scrutateur et attentif peut entrevoir un travail semblable à celui du laboureur qui bouleverse le sol et retourne la terre au soleil et à l'air pour la rendre fertile. La Révolution de 1789 n'a-t-elle pas enfanté une population plus nombreuse, plus vivace, plus forte, qui a décuplé les richesses du commerce, de l'industrie, de l'agriculture et les découvertes de la science ? La Révolution de '1 830 n'a-t-elle pas donné un nouvel élan à la nation ? La Révolution de 1 848 n'a-t-elle pas préparé les années 1 849, 1 850 et 1 851 , oii les capitaux industriels se sont doublés? N'a-t-elle pas tracé et ensemencé les sillons où le Gouvernement et les entreprises colossales ont puisé des ressources qui, aux époques précédentes, eussent paru des rêves?

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Lorsque hi liliortr est fondôo , la vio osl plus agiléo. Soit! Mais riiisloirc ne (It-niontrc-t-ollo jtas, juscju'à la (ItTuiÎM'o ('\i(l(Mi('0 , ([uc los pouplos les plus lil)ros oui ou la civilisalion la plus avaucc'c, ri oui rcuipli le momie de leurs con(|uùles, do leur génie, de leur littérature, (le leurs beaux-arts et de leurs monuments? Après la vaste influenee de la Grèce, ne voyons-nous ])as, au moyen âge, Venise, Gènes, Florenee, les Républiques italiennes, la Hollande, s'emparer du commerce européen? Dans les temps modernes, la libre Angleterre ne possède-t-elle pas la sujirématie sur les mers, tandis fpie les Ktats-Unis nnilti()lient en (jueUiues années leurs richesses et leur j)opulalion?

Ce n'est pas l;i un phénomène inexplicable. C'est la logique même qui le veut ainsi; c'est l'ordre naturel des choses d'ici-bas. Lorsque, dans une nation petite ou grande, chaque citoyen est indépendant, lorsqu'il est libre de se déplacer, de créer, de produire, d'entreprendre, sans entraves, sans crainte d'être troublé ni recherché pour ses pensées, pour ses paroles, pour ses opinions, il sait qu'il peut compter sur ses propres forces, il cherche sa place et il la trouve. Il donne l'essor à sa capacité, à son génie. Rien ne le comprime, ne l'arrête, ne l'étoufTo I !l parle, propose, discute,

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tente et parvient. Tout l'excite. C'est une émulation perpétuelle! La vie publicpie lui appartient comme à tout le monde. Le gouvernement est dans les mains de tous. L'homme supérieur j^eut soumettre ses idées à tous, les faire accepter et devenir l'un des chefs, le chef même de l'Ltat.

La France possède dix millions de citoyens capables d'exprimer leur volonté. Que chaque citoyen passe à l'état actif; éclairé sur ses droits et ses devoirs, qu'il les comprenne et les pratique : tout est possible à la France; elle est la première nation du monde. Mais que chaque citoyen demeure à l'état passif, sans volonté, sans énergie, ne songeant qu'à vivre au jour le jour de la vie matérielle , la France déchoit et tombe insensible à tout sentiment moral, insensible à la honte; qu'on lui donne de quoi se repaître, et qu'on la livre au plus rusé ou au plus fort !

Eh bien, en 1848, après les journées de Février, presque tous les Français étaient devenus citoyens actifs. Le plus indolent était ému, le plus ignorant était pénétré d'un rayon de lumière qui venait éclairer son cerveau, le plus insensible sentait vibrer son àme. Une agitation incessante troublait les esprits; mais ces esprits s'ouvraient à la vie. Si tous ne pouvaient pas explicjuer ce qui naissait en eux et autour d'eux, ils avaient du moins la conscience de leur force. « Je ne sais pas ce qui se passe en moi depuis la Révolution de Février, » disait un ouvrier à un membre du Gouver-

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