‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 5)Chapitre 13 sur 49 · X-VVI · texte numérisé non relu

X-VVI

(( Les clubs sont nécessaires à la vitalité politique du pays, » disait la Patrie dans un article qui eut l'honneur de la lecture et des bravos enthousiastes dans un grand nombre de réunions; (( de leur profondeur même sortiront de ces voix énergiques, de ces voix que

CIIAIMTUK IHOlSIKMli. M.',

riiili'ièl puldic t'ait relt'iilir, cl (jiii portent «lans leurs

parolesde salutaires conseils et de nobles insj)irations

La presse (piotidienne no sullit pas seule au besoin de mouvement (jui s'est emparé des masses. Après la tempôte, l'atmosphère tressaille longtemps dans ses couches lointaines. Après la tourmente politique, le peuple s'agite encore. La loi dans l'avenir est générale dans les premiers transports de la victoire. Toutes les poitrines battent de la môme espérance. Tous les cœurs sentent se ranimer leur patriotisme, alourdi par le [)oison subtil et délétère du despotisme tond)é. Toutes les tètes fermentent. Cela se comprend. On s'éveille [loursuivi par le fantôme du cauchemar. On se sait libre, appelé à jouir de droits légitimes; on veut que ces droits soient bien réels, et que chaque citoyen les exerce avec l'intelligence nette et positive de leur portée et de leurs limites. — L'organisation des clubs n'a pas d'autre cause que la nécessité où l'on est d'éclairer le peuple sur les droits qu'il vient de conquérir. Les orateurs des clubs n'ont pas d'autre but; et ce qui se passe dans le plus grand nombre nous rassure pour l'avenir du pays. — Conime moyen d'action sur le gouvernement et sur les masses, les clubs sont donc utiles. Nous dirons plus,

ils sont indispensables Sans doute nous aurons à

subir les conséquences inévitables de la liberté accordée à certaines ambitions. Gomme toute chose, les clubs ont leurs dangers à côté de leurs a\antages. Mais ceux-ci sont immenses comparés à ceux-là; le péril s'elïace devant le bienfait... »

136 GOUVERNEMENT l'ROVISOllU:.

Si le Gouvernement provisoire, en effet , avait à redouter l'action dissolvante d'un certain nombre de clubs, il ne cessait de recevoir d'une fonle de sociétés diverses des témoignages de la plus vive sympathie. « Courage! citoyens gouvernants! » disait une députation des blessés de la barricade Saint-Merrv, « courage ! les vrais patriotes vous approuvent!... Honneur à vous, Révolutionnaires magnanimes, qui .comprenez les instincts du peuple en décrétant l'abolition de la peine de mort en politique! Le peuple, qui sait vaincre et qui sait pardonner, vous bénit d'épargner le sang de ceux mêmes qui le décimèrent par la mitraille. — Nos frères d'Europe qui, à notre exemple, marchent à leur affranchissement, non sans ensanglanter leur chemin, donneront, comme la France, tout le caractère de la clémence à leurs victoires. Nous surtout, les martyrs de Saint-^ferry, nous voulons abjurer toute haine, toute réaction , et, les premiers, nous tendrons la main à ceux qui, au G juin, furent nos adversaires à la barricade, pour ne plus voir en eux que des frères en la sainte République... »

Le Cluh des ouvriers de la fraternité s'exprimait ainsi : « Citoyens membres du Gouvernement provisoire , au milieu des innombrables députations que la population

«HAIMilU: THCHSIK.Mi;. M7

pari>ieniic ciuoie, cIuhjuc jcnir cl à cliacjue liiuri', se prossrr sur les inarclios de rilùtfl de ville, et ft'-moiiiUQV au (iouvernenimt provisoire ses nrdenles sympalliies, le Club des ouvriers de la fratcrniiô s'esl luonlré jalon \ de revendiipier sa place et de vous olTrir ses chaleureuses protestations de dcvoueiueul et de reconnaissance. — Lorscjue le (iouvernonicnl proclamait le droit de l'association, nous nous sonuncs eiupressi-s de

le mettre en praticph- Nous nous sommes rassem-

Ijjes au nom de ces immortels j)riucipcs : IJhcrtc,

Ki^alitc, Fraternité. Ces mots sacrés (jiii hrilleni >\\v nos étendards, ils ont toujours vécu dans le coMir du peuple; ils l'onl consoh' dans ses douleurs, ils l'ont hcrcé dans ses espérances, ils le conduisent aujourd'hui dans les voies de la justice et de la réi^énération. Par eux la France renaît plus grande et plus féconde; c'est leur action salutaire (pii assurera le maintien de l'ordre, le respect de la famille et de la propiiété, l'amélioration du sort des travailleurs, ic lihie développement de toutes les forces industrielles et de toutes les propriétés nationales. »

Est-il un lanp;aiie plus noble, plus élevé? Les sentiments généreux (pu l'inspiraient étaient dignes d'une grande nation, et donnaient au monde un sublime exemple, aux hommes de parti une leçon salutaire de concorde et de modération, au pouvoii-, dont chaque pas était un pas vers la liberté, un précieux encouragement.

Nous empruntons aux ciubs une dernière citation entre mille, prise au Moniteur du 9 avril :

Le Club patriote des indépendants au Gouvernement

provisoire.,

(( Au nom de la République née à Paris, au sein des barricades, le 24 février;

» Au nom de la Liberté, de l'Égalité, de la Fraternité, sœurs jumelles , toutes les trois filles du christianisme et de la philosophie;

M Au nom de l'homme rétabli dans les conditions assignées par le Créateur ;

)) Respect , gloire et merci.

)) Vous avez compris la nation française.

» Vous nous avez rendu la République de 92, enriciiie de ses soixante années de progrès.

» Vous avez créé l'homogénéité des éléments démocratiques.

» Vous avez dégagé la pensée de ses entraves. Elle jouit du droit naturel de se produire et d'arriver à tous, sous le seul contrôle du bon sens de tous.

)) Vous avez doublement assis la Révolution , en l'harmonisant avec les mœurs et les usages de notre temps.

» Vous avez parlé à l'étranger le langage de la France. Une heure du présent a réhabilité trente-quatre années du passé : un simple manifeste relève de la honte de cent protocoles.

CHAI'ITHi: TlUiISlflMK. 439

>) Vous ave/, tait relirousser clieniin i\ la baiHjiiorouto ci j)()S('' les jalons ilu irétlil dcuai^c ilcsormais des inensoiif^es (le rajj;i()ta!;c.

» Vous ave/ fait accueil à toutes les (lemandcs, enregistré tous les besoins, satisfait à fnim les vomix formules dans les limites de la raison

» Vous nous avez donné rordro dans la libelle, sans nuire à l'aiiitation polili(juu, ctitte condition sinr tfità non de l'existence des peuples libres.

» Honuncs du pouvoir, vous êtes denieuri's honnnes du peuple. Aucune sui2:p;estion n'a pu vous entraîner hoi's «lu sentier populaire.

» Vous avez fait tout le bien que vous avez pu laiie.

» Continuez, citoyens, ne faiblissez pas; tout pour le peuple ef par le peuple. Le Gouvernement provisoire est l'arche de la nouvelle alliance : vous êtes les dépositaires de notre sainte Képublicjue. Ne faillissez pas au rôle sublime (pii vous est échu; et lorsque, jouissant un jour d'un repos si noblement mérité, vous laisserez aux. mandataires réi.;uliers <lu peuple le soin de consolider l'œuvre commune, nous, fraction de ce peuple qui vous aime , nous élèverons de nouveau la voix pour nous écrier :

)> Respect à \os [)ersonnes!

» .Merci à vos actes!

» Vive la Héjmbliqiir ! »

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