‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 5)Chapitre 14 sur 49 · CHAPITRE QUATiUÈME · texte numérisé non relu

CHAPITRE QUATiUÈME

Olfi.iiul .s j),il I ii)iiijii('s : oMvricr,.; iiiij»ri!ii(';irs .Siir ('loffe^, iiis^ii imniirs llllii);;rap!ics, iinjuiinoms tvpoj;ra[)li('s ; extiait <ln Peuple constiliKint ; ouvriers de l'Ailniinislraliuii des labacs et o'.ivriors lioiilarijjers ; citoyens du lauliiiurj; S.iiul- Antoine ; rliaspcuticis : éj^iisode des Madelonnettes; conipajjnons de tous les de\oiis : leur récor.ciiiition ; simples particuliers; clergé; Ecoles; lycées; l^iiiversité. — Réception des f)l(randes et des députations; les menihres du Gouvernement provisoire ne peuvent v suffire; ]MM. Rucliez, llecurt, Edin. Adam, JSartliéleiny Saint - llilaire ; Cominission des dons; pi-o(damalion du Gouvernement pro^■ison■e; ellorls de la Gomniission : premiers succès; arrêt. — lléciprocité de secours entre l(;s ouvriers. — Arbres de la lil)erté : concours du clergé; Ghamp de Mars : M. J^edru - llollin ; place de rHôtel-de-Ville : souvenirs des quatre sergents de la Hociielle, le curé de Saiiit-Gervais, M. ]]ucliez, proclamation du maire de Paris, émotion et acclamations générales; Ijuxenihoiirg : M. ],ouis Jîlani-; |)laee di' la lîcvolution : le curé de la Madeleine; jilace du Garrousil : le cuié de Saint-Germain l'Auxerrois, le général Gourtais, Te Deum à l'église; Etablissement des enfants de Saiut->i'ic(jlas : le curé de Saint-Sulpice, le ministre tle l'instruction publique, M. ]iuchez; place Gadet : l'abbé Peyre; lîatiguolles : le curé; barrière du Tr'iiie : le clergé de Sainte-Margu -rite , l'abljé Hugonnet. — Sincérité du clei'fc. — l*rètres iilandais mcb's à la manilesîation d;i 17 mars; ils Sont acclamés [lar les ouvriers. — Mandement de 1 évèque de Langres. — Lettie du irère Ileuglin, abbé de la Trappe, aux rédacteurs de la Brpublifinr fntiiçaise. — Gonsidéralions sur le cliristiauisme : son esprit déiuoeratiquc ; ses grandeurs; influence du cleigi' par sa vertu; décadence par ses vices; ses vicissitudes jusqu'en 18^iS.

Le cœur de l'historien se rassérène lorsqu'après avoir peint de sombres tableaux il arrive entin à la description des actes honorables tiu peuple au milieu duquel il est né et il vit.

Dès que les travailleurs eurent connaissance de la

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{u'nurio (lu Trésor et dos besoins exlrèmos de IKUit, ce fut, |)tMi(l;iMt tli'uv mois, une coiiliniK'lli? jirocession vers rilôlcl (le ville des citoyens de tous les n»étiers, de toutes les eoiiditioiis, (jui venaient porter leurs patriotiques oiVrundes. (loncours pins toiicluiiit (|u'erH(ace! Contraste IVappanI opp(jsé an\ sentinienis étroits de l'éiîoïsine !

Les enjployés et les ousricrs de leelairai^c au jua/, les tailleurs de |)ierre , les niaeons, les scieurs de long, les iniprinjeurs sur étolîes, les porteurs à la vente aux poissons, les porteurs d'eau, les employés et les ouvriers des Messageries nationales, les ouvriers carrossiers, ceux des fabrifjuesde papiers peints, des ateliers des chemins de fer d'Orléans et du Nord , les garçons bouchers, les ouvriers des fabriques de pompes, ceux du Timbre national, les emi)loyés de l'octroi, les cliarbonniers, les corporations d'ouvriers des [)orls, les employés et les ouvriers de maisons de commerce et de fabrication, les ouvriers des raffineries de sucre, de l'établissement des eaux clarifiées, les égouttiers, les travailleurs des chemins de fer, les ouvriers impiimeurs typographes, litliograj)lies, etc., les ouvriers marbriers, chaudronniers, mécaniciens, paveurs, cartonniers, l)apetiers, les employés et les ouvriers de l'Administration (les tabacs, les marchands et colporteurs de journaux, les ouvriers des fal)riques de coton, les gardes du génie, les marins, les sajîeurs-pompiers, les tand)oursde la garde nationale, les ouvriers pâtissiers, les cochers, les garçons de chantiers de bois, les ouvriers boutonniers, les facteurs au\ lettres, les ouvriers des messageries Caillard, la Société des sauveteurs de

Ja Seine , les courtiers camionneurs et employés des maisons de roulage, les employés du commerce des huiles, les ouvriers bonnetiers, bitumiers, ])ijouliers, épurateurs d'huile, brasseurs de Paris et de la banlieue, les commis vendeurs à la Vallée, les garçons de bureau de la Ville, les ouvriers salpêtriers, les marchands aux halles, les maréchaux ferrants, les ouvriers carriers, verriers, s'empressèrent d'apporter leur tribut. La foule suivit.

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Ce mouvement fut d'autant plus significatif et méritoire, qu'il fut spontané et nullement sollicité par T Autorité. Ce fut un élan qui entraîna successivement presque tous les ouvriers et employés du commerce et de l'industrie. On vit les plus malheureux, les plus pauvres, apporter au Gouvernement l'impôt volontaire d'une journée de travail, prélevé sur les besoins de l'existence. Les salons de l'Hôtel de ville furent témoins des scènes les plus émouvantes, les plus pathétiques. Le langage des donateurs était simple, expressif. 11 exhalait un ardent amour de la patrie.

c( Citoyens! )> disaient les ouvriers imprimeurs sur étoffes, « lorsqu'ils croient la patrie en danger, ses enfants viennent lui offrir tête, bras, cœur, biens et courage; car c'est surtout dans les moments difficiles qu'il faut être courageux; c'est dans les circonstances extrêmes qu'il faut trouver des voies de salut. — Ouvriers nous-mêmes, nous vous offrons notre faible concours; nous vous apportons % 000 francs pour aider à la réussite de votre noble création. Le seul regret que nous

r.HAPiTRK oi^niui-Mi:. u.i

nyons est de no pouvoir contiiplor nntro rnorli(|iie offninde, (\\\o nous vous donnons avec honluMir.

» Pour suppK'^er à notro impuissnnco, nous en.irajïoons

tous les citoyens ii nous innlrr, clincun siiivant sa

fortune, romun» nous imitons ceux (jui oui eu IIumireuse idro «le nous devancer dans cette voie salutaire... — Par ce moyen nous rassurerons ces (Mres pusillanimes (pii se sauveni ciuportaiit a\ec mv les \a-

leurs (pii sont nécessaires... Qu'ils se rassurent, tous ceux (pii pourraient croire aux scènes sanii;lantes (pii sont tracées dans notre histoire! (pi'ils se rassurent ! ni la guerre civile, ni la guerre de l'étranger ne viendra déchirer les entrailles de notre belle France !... Prenons patience! ne soyons pas trop exigeants à la fois... demandons graduellement soullVons encore un peu

pour la liberté!!! Le njoment do la récolte n'est pas encore arrivé... »

Les ouvriers imprimeurs lithographes et les employés •le la niaison Lemercier dé|)osaient oGO francs, « regrettant (jue la crise llnancièrc qui restreint le travail et paralyse leurs bras ne leur permette pas d'augmenter cette somme, ollerte de grand cœur et j)rélevée sur le strict nécessaire aux besoins de leurs familles... »

Ils ollVaient leur concours et leurs remcrcîments au Gouvernement provisoire : « car c'est le propre des hommes de cœur de soullVir pour la sainte cause de l'humanité. — Travaillez donc, sans relâche et sans crainte, à déblaver le sol où s'élèvera le nouvel édifice social ; les travailleurs ont. encore des jours de misère et de soullrance au service de la République ' ».

• Nous nvons trouvé la prcmi<TC trace de cette pensée «l.nis //• Peuple

Les ouvriers imprimeurs de ^I. Boulé, donuant une preuve touciiante de leur dévouement, soumettaient une idée plus patriotique que pratical)le : emprunt aux travailleurs j, de 50 millions, par coupons de 20 francs, en bons du Trésor, à six, neuf, douze, quinze et dixhuit mois. — Tirage au sort. — Chaque atelier versant une somme, en une ou plusieurs semaines. — Ils ouvraient la souscription par une somme de 800 francs.

Les ouvriers se faisaient souvent accompagner dans les salles de l'Hôtel de ville par leurs femmes et leurs enfants, qu'ils initiaient et associaient à leurs démarches. Les ouvriers de l'Administration des tabacs et les ouvriers boulangers venaient précédés de jeunes filles vêtues de blanc , plaçant ainsi leurs offrandes sous l'emblème de l'innocence et de la pureté. Des citoyens du faubourg Saint-Antoine, au son des tambours, otïraient avec leur tribut une statue de la Liberté. D'autres présentaient leurs bannières et leurs drapeaux, qui tapissèrent longtemps les grands salons de l'Hôtel de ville.

Constituant ilu 10 mars, auv laits di\ers : « On parlait avec aniinatii)n tlans un ;Tr()np(: d'ouvriers, avanc-liicr (7 mars), des discussions sur l'or- {{anis.Ttion <lu travail, dont M. Louis lilaur porte le poids au Luxembourjj. Ouel(|nes-niis disaient : « Il faut cpie cela finisse. Les maîtres » ont eu leur tour; à nous à présent! " D'autres répétaient : « C'est cela, 11 il faut (jne nous vivions Lien! " — " l'as si vite! les autres, » léplirpia un IionuTie d(',;;nenillé, et arrêtant un élève de l'Ecole polyteclinique (pii ])assait : « 7'ii pfiix dlfe au Gouveiitenient provisoire aiie non.': uvorix 11 encore trois mois de misère itu seivicc de lu Rt'puhlii/ue , pourvu i> iju on s'occupe de nous, h

rHAPITKi: nr ATUlfl.MK. 445

Ko II) iii;«rs, jour il»- la It'^to «It» saint Josepli , j)alr(tn de«i cliarpcntitTs , on Mt drlilci un (•()rl(''i:«' noinhrciix (l'onMiers «li* cL'Ile lorporatioii , le cliapcau ornr i\o nil)an> de (liUcrt'Mtt's luiili'nrs, avec riMjuerrc •( Ir Iriaiiulc Idodcs, allrihuls tic la piofossioii. l ne miisi({ii(> (Ir la uanic iialionalo iiiarcliait en asanl . l'aisaiit n'tt'Mlir 1 ail' de diaiiK nationaux. An ccnlrc de la colonne on admirait, porte sni- les ('«paulos de si\ jcnncs liuinnies vii^oureux. , Ir rhrf-il d'inrc , onMaiio d'arcliiteclure en bois, d'un travail adiniiahlc Introduits dans rilùlel de ville, ils remirent une pétition (|ni révéla un

iU'ic digne d'être mentionné ici : « Trois des

nôtres gémissent encore dans les prisons pour des faits (jui se ratlaciient à la grève de l84o. Quels qu'oient pu être les torts de ces hommes dans un moment d'ellervesccnce, la longue détention subie d(jil les leur avoir fait expier. Tous les compagnons charpentiers n'hésitent pas à se porter garants de la bonne conduite dans l'avenir des trois camarades au\(juels ils vous supplient de rendre la liberté.

» Citoyens, le 25 février, le lendemain de la victoire du peuple, une centaine des nôtres se rendirent à la prison des Madelonnettes. Us étaient armés; toute résistance devenait inutile. Les portes leur ituent ouvertes, et bientôt l'un des ouvriers pour lesquels nous intercédons se trouva dans les bras de nos camarades. Cependant ils comprirent qu'il y avait là un désordre condamnable : le prisonnier fut réintégré dans sa prison , et la maison fut confiée à la garde de ceux qui venaient de s'en emparer. »

Récit sublime dans sa simplicité ! (>es ouvriers IV. to

IIG GOUVERNEMENT PROVISOIRE.

ii'avaieiit-ils pas la conscience profonde de l'ordre, do la loi, du devoir, du droit, de la chose jugée? En peut-on pousser plus loin le respect?

Un décret, aussitôt rédigé, rendit à la liberté des hommes qui savaient si bien la mériter.

Le lendemain, une scène non moins touchante causa une vive sensation dans Paris. Depuis des siècles, l'histoire du compagnonnage n'avait pas eu à enregistrer un acte plus remarquable. Vers dix heures du matin, huit ou dix mille compagnons de tous les Devoirs, revêtus de leurs brillants insignes , se rassemblent, font abjuration de leurs haines et de leurs rivalités traditionnelles, se réconcilient, se serrent les mains, se prodiguent tous les témoignages de la fraternité , et partent de la place des Vosges (place Royale) pour aller à l'Hôtel de ville faire hommage de leur union, de leur concorde et de leur dévouement à la République et au Gouvernement. Reçus, félicités par MM. Bûchez et Pagnerre , ces compagnons de tous les Devoirs avaient compris « qu'ils ne devaient plus former de familles séparées, puisque tous étaient membres d'une même famille, de la famille des travailleurs, et avant tout de la grande famille nationale » .

Toutes les nol)les aspirations du cœur humain se font jour. Abnégation, désintéressement, amour du

i.iiapituf oi'ATRikMr. n?

l)ion, oiiltli (l(>s injures^ clomence, gôncrosilo , toutes les vertus pul)liques apparaissent éclatantes. — De pauvres ouvriers viennent ollVir leurs montres; d'autres, les hijoux de leurs femmes et de leurs enfants. Déjeunes tilles donnent leur collier et leurs ImmuI^s d'oreilles. Un décoré de Jnillel dépose sa médaille: nn \ien\ soldat, sa croix, l'ne inslilnirice comnninale, madame l)el>ri\ , envoie cinq médailles, loules reçues comme |)ri\ d'honneur; des mères de famille, (pu-lcpies pièces d'artrenterie, leur seule fortune!

M. 1) , peintre, provo(|ue une souscription, à

NeuilK -sur-Marne , par le de|)ôt de (juatre nK'dailles d'ariïent remportées jku lui dans les concours : » Citoyens, plus d'une fois j'ai eu l'aim au[)i"ès de ces médailles, sans pouvoir me résoudre à les vendre, mais aujourd'hui je les donne de grand cœur! oui, de grand cœur! »

Un laboureur de Mont-Louis (Vienne), M. Rallier, envoie les médailles d'or et d'argent obtenues pour des améliorations agricoles.

Un citoyen écrit à MM. Béranger et Lamennais : « Mon père, ouvrier [)auvre, cœur dévoué, m'a laissé pour tout héritage une timbale d'argent que je dépose en vos mains. »

L'exemple donné par les travailleurs était suivi. — Un rentier, M. Tourqueneff, oflre le dixième de ses rentes; des propriétaires, le terme des loyers reçus; des administrateurs, leurs jetons de présence; des ofliciers ministériels, l'intérêt de leur cautionnement.

Le clergé de Paris portail son tribut. — L'archevêque envoie quelques couverts d'argent, les seuls qui lui

appartiennent personnellement; le curé de Saint-Eustache, .M. Deguerry, et le clergé de sa paroisse, cinq cents francs; M. Morel, curé de Saint -Roch, même somme; M. Collin , curé de Saint-Sulpice, et le curé de Saint-Étienne du Mont, chacun six couverts d'argent; l'abbé Naudin, curé de campagne, le peu d'argenterie (pi'il possède. Le curé de Saint-Laurent, M. Salacroix, dépose un riche calice et une somme de 376 fr. 10 c, produit d'une quête : « Désormais , comme les autres prêtres de mon église, je me servirai pour le saint sacrifice des vases modestes qui appartiennent à la paroisse. La Liberté et la Religion sont deux sœurs que le Christ a léguées au monde. Il est donc tout naturel

qu'elles s'affectionnent et qu'elles s'entr'aident »

Les élèves des Écoles et des lycées présentaient leurs offrandes et leurs vœux. Les professeurs, les membres de l'Université, n'étaient pas les moins empressés.

Les membres du Gouvernement provisoire ne pouvaient suflire à recevoir les députations. Ils étaient admirablement secondés et représentés, dans cette civique mission, par MM. Bûchez, Recurt, Edmond Adam et Barthélémy Saint- Hilaire. Puisant leurs inspirations dans les discours des députations, ces dignes interprètes du pouvoir improvisaient leurs réponses avec un heureux choix d'expressions venues du cœur et allant au cœur ; ils produisaient l'enthousiasme, confirmaient les bonnes pensées , encourageaient au bien , repous-

eu \\'\ nu: or.M lUKMi;. uo

Siiienl K" mal, pniNoijuaiciit le dcsouoincnt , cxallaiciit les àines, \ i\ iliaitiil le It'ii siicré tlu l'amour de la pairie. Leur lanuaiie etail iiii a|»|u'l a toutes les vertus repulilicaineselù loulesles nobles passions (|ii'iiii peuple ressent surtout .ui\ Jurandes épocpies de son émancipation.

La foule accourant sans cesse, le Gouvernement sontjea à rét,Milariser le mouvement. Il institua, le 29 mars, une commission des dons olVerts a la pairie. I,e decrel fut |)réc»''dé de celte proclamation :

«Citoyens! les dons palrioti(jues aflluenl à lllolcl de ville. C.liacjue jour tous les corps d'étal rivalisent d'abnégation et de f^énérosité. Des ouvriers, (pii peuvent a |»eine par de trop rares travaux nourrir leurs l'amillos, savent encore ()rélever de civiques oll'randes sur un sdaire insullisant. La pauvreté même, oubliant ses besoins, se fait un devoir et un bonheur d'une pri\ation nouvelle, (piand il s'aij;il de sub\enir aux besoins de la République, noire mère commune.

» Citoyens î vous donnez au monde un sublime exemple ! L'IIolel de ville, ce palais du peuple, en est tous les jours le silencieux témoin ; mais si votre modestie veut cacher ces liéro'iques vertus, le Gouvernement provisoire doit les révéler à la France et à l'Europe qui vous contemplent! »

Les membres de la Commission étaient MM. Lamennais, président, Héranp;er, vice-président, Littré, membre de l'Institut, C.liarles Thomas, secrétaire. Ils s'adjoiiîuirent MM. Louis Viardot, Paul de Musset, Clievallon et Clément Thomas.

Ces hommes éminents, d'un dévouement éprouvé, se mettent aussitôt à l'œuvre avec un zèle infatigable.

Persuadés que si chaque citoyen veut porter son obole à la patrie, de ce sacrifice bien entendu résultera la cessation de la crise , la reprise des affaires , des travaux, du crédit, le soulagement des travailleurs, la fin des misères publiques, ils agissent avec ardeur, se réunissent chaque jour, se concertent, ouvrent des bureaux dans toutes les mairies , s'adressent aux trente-sept mille communes, à l'armée, à la marine, au clergé , aux ministres des cultes réformés, au grand rabbin et aux membres du consistoire Israélite , à toutes les gardes nationales de France. Ils invoquent le patriotisme de chacun ; ils multiplient leurs efforts pour propager l'impulsion si bien donnée par les ouvriers de la capitale. Tout d'abord leur voix est entendue, la foule accourt, le succès couronne l'œuvre, partout des scènes émouvantes se succèdent comme à l'Hôtel de ville ; mais peu à peu le premier élan se ralentit, l'enthousiasme s'affaisse, le dévouement s'épuise, l'égoïsme souffle et étouffe les sentiments généreux sous l'esprit de parti.

Un grand nombre d'ouvriers ne bornèrent pas aux dons volontaires les preuves de leur intelligent patriotisme. En regard de ceux qui ne songeaient qu'à des augmentations de salaire , nous citerons ceux qui offraient à leurs patrons embarrassés un travail à moitié prix. Les uns proposaient à leurs chefs le crédit d'une partie de la main-d'œuvre, d'autres alternaient avec leurs camarades sans ouvrage. On en vit partager

rHAPITUK (,K' A I HlKMi:. loi

ce (|irils avaioni pénihlciiuMit iratriit'. Beaucoup s'ontr'aidaiont , se socoiiraioni , se soiila^oaicnl dans la (I«''ln»s8(' coniimiiuv Lorsipiollc peut coiiIcMiiplor <lo telles actions, l'Aino ('•protivo une joiiissiinco profonde et se remet des ani?oisses des luttes civiles; la loi dans l'avenir réservé à l'huinanité se rassure et se sent re vivifiée.

Dans la vie tout extérieure où le peuple recherchait avec avidité les émotions de la place puhlicjue, ou toute démonstration était pour lui une fête , il devait concevoir et pratiquer avec un rapide empressement l'idée de planter des ari)res de la liberté. N'était-ce pas une nouvelle occasion d'épancher ses sentiments, d'échanger ses pensées ?

Mais ce (jui causa le plus d'impression , ce qui devait prendre date dans les annales de nos révolutions, ce qui ne s'était pas vu depuis la Fronde, ce fut l'association com[)lète du clergé avec la liberté , son adhésion et son concours èi toutes les cérémonies qui eurent lieu sur tous les points de Paris et par suite dans toute la France.

Le 2i mars, au Champ de Mars, drapeaux en tête, des légions de travailleurs accourent. Ils viennent, par toutes les avenues et d'heure en heure, saluer un arbre de la liberté qu'ils ont planté la veille , et que le clergé du Gros-Caillou a bénit. Le ministre de l'intérieur, in\ité, est reçu par le colonel Allard , (\\n ie comi)limente et le remercie au nom des ouvrieis. Le

ministre préside à la fête et les félicite d'avoir renouvelé un grand souvenir , celui de la Fédération de 1790 : « Ce Champ de Mars, théâtre de la Fédération, rappelle un glorieux passé : la France divisée en castes, en aristocraties, en provinces, venant, à Tappel du peuple de Paris, abjurer sur l'autel de la ])atrie les vieilles haines et les ressentiments séculaires, pour ne faire qu'un peuple, le peuple français. » (Applaudissements énergiques.)

M. Ledru-Rollin répond à un officier qui lui parle de

l'armée : « Je proteste de toutes mes forces contre

des sentiments de méfiance indignes de \r générosité française.

» Il n'est pas possible de scinder ainsi le peuple et l'armée !

» Le peuple c'est l'armée! l'armée c'est le peuple ! l'armée n'est-elle pas le sang de notre sang?... Donc, gloire à l'armée!... car elle s'est rappelé en Février qu'elle était peuple, et elle n'a pas voulu tirer sur le peuple Fraternité entière entre nous » (Acclamations.)

Le ;2i, le clergé s'associe plus solennellement à une cérémonie plus signiticative. Suivi d'un grand nombre de citoyens et introduit auprès du Gouvernement provisoire , le curé de Saint-Gervais s'exprime en ces termes : « Une dépiitation d'ouvriers est venue nous demander de bénir l'arbre de la liberté qui va être planté sur la place de l'Hôtel de ville, au lieu

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inriiic ou (»nl péri sur l\'(li;iraii(l les serjuonls do \,\ Rochelle. Nous nous sornmos associés avec honliciir à celle <LMivre populaire, et nous proliions de celte occasion pour exposer ;iii\ nienihi'o du (li)ii\ crneinenl provisoire les senlinienls patriolicpies dont est animé le clerizc de P.iris, et en |)arliculier le clerj^c de la |)aroisse

Sainl-(iervais. » .M. Huche/ répHipie : <( (]e sera

toujours avec bonlieiiiipic nous \ cirons le clertçô s'associer, se mêler à nos fêles jiuhlicpies. »

Alors on descend -iir la place, on s'a\ance vers le lien où fut dressé l'écliafaud. La i;arde nationale escorte le cortège, les tambours battent aux champs. Un frémissement circule dans la foule des citoyens qui se pressent. Aux cris de Vive la l\(''p}ihli(iuc! succède le silence; et devant l'arbre de la liberté, planté là où furent ijuillotinés les quatre sergents, le curé de Sainl- Gervais dit avec émotion : u .... Honneur à cette nudtitude assemblée, qui a voulu que celte cérémonie fui consacrée par la religion sous l'étendard du signe auguste de la croix. Jésus-Christ, citoyens, le premier, du haut de celte croix, a fait retentir dans l'univers entier ces magnifiques paroles, qui sortent à chacjue instant de votre bouche, et que nous voyons inscrites aussi bien sur le frontispice de nos temples que dans vos cœurs : Liberté, Égalité, Fraternité.

» Liberté! a dit Jésus-Christ, et liberté pour tous! Égalité |)our toutes les conditions, pour toutes les classes de la société. Fraternité! c'était le cri de son Évangile...

» Citoyens, j'aperçois à mes pieds une tombe entr'ouverte. C'est celle de ces magnanimes soldats qui ont péri glorieusement pour la conquête de la liberté.

» Je bénirai donc tout à la fois et l'arbre de la liberté que vous allez planter , et la terre qui leur est sans doute devenue légère. Conservons leur souvenir, et répétons, nous tous qui sommes ici, car nous sommes animés des mêmes sentiments : Vive la République! » (Cris enthousiastes de Vive la République!)

M. Bûchez : « Il y a vingt-cinq ans que le sang de quatre hommes généreux a coulé ici. Ces hommes travaillaient à l'œuvre que nous avons accomplie... Ces hommes ont été nos premiers martyrs... Nous sommes heureux, pour consacrer cette tombe après la victoire, de pouvoir dire que la République , qui a tant perdu de ses enfants, par un de ses premiers actes a aboli la peine de mort »

Une immense acclamation accueille ses paroles, ainsi que cette proclamation de la mairie de Paris : « L'arbre de la liberté ne peut trouver nulle part un sol plus nourricier que sur cette terre arrosée, le 22 septembre 1822, du sang de Bories, Pommier, Raoulx et Goubin, dont l'histoire a enregistré le martyre patriotique , sous le nom des sergents de la Rochelle. »

Le clergé donne la bénédiction. Les tambours battent aux champs. La foule émue ouvre ses rangs au cortège, qui rentre à l'Hôtel de ville.

Le 25, le clergé s'unit à MM. Louis Blanc et Albert pour inaugurer un arbre de la liberté dans le jardin du Luxembourg. « Une terrible parole a été pro-

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