‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 5)Chapitre 16 sur 49 · XI1I · texte numérisé non relu

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Sous le règne de Louis-Philippe, le clergé vit retiré de la politicjue. Désespérant de faire rétrograder le pays jusqu'au passé, il se soumet au présent. H ne sort plus des confins de l'Église. Il ne songe qu'au salut des

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àiiu's. Il consoiil a la st'iuinilion du Irmpon'l ri du >i)iriluel. Los velléités qui rà el là se réNcillont sont aiissil(^t élouiïées par lui-mi^me. Il coiiiiiiciice à romprondre (pril s'est lanct" dan> ime iiiaii\aise Noie. Devenu plus tolérant après la défaite, tout ee qu'il demande c'est le respect. A son tour, il craint d'ètic opprirn*' et il redoute les en\aliissenienls nni\ersitaires. Ouehpies prêtres, (''cri\ains distinirués, orateurs éniinents, revendiquent la liberté, la liberté pour tous. Ils se rapprochent de la doctrine des Pères de rKiilise. Les pliilosoplies (|ui j'xplicpient la Révolution |)ar le cliristianisFue sont accueillis avec faveur. Les archevè(pies font des mandements où rKvani:ile est explique comme loi du j)rojjn'>. Pie I\ revêt la tiare, i)roclanie l'indéjjondance de l'Italie, et octroie au peuple romain une constitution libérale.

.Alors, (jue voit-on de toutes parts en France? La foi se ralVermil . Longtemps désertes , les églises se renq)lissent. Les prédicateurs sont écoutés, suivis. Les chants leliiïieux remuent les cœurs. Les temples, monuments i:otlii(iues, chefs-d'œuvre des siècles passés, sont compris et restaurés. L'art chrétien renaît et vivilie la pierre. Les premiers i)eintres de l'époque recouvrent de leur pinceau harmonieux les murailles noircies par le temps. La religion arrive là où la polit iciuo et la contrainte disparaissent. Les haines contre le clergé s'éteignent. Le pauvre qui soulîre et languit, l'ouvrier fjui tra\aille avec effort, Thonmie de bien qui est froissé, élèvent leur âme vers le Ciel et demandent à Dieu les espérances consolatrices. Ceux qui perdent une mère chérie, un enfant adoré, un frère compagnon de jeu- IV. 12

nesse, adoucissent par la prière l'amertume de leur cœur. Le culte a retrouvé sa splendeur.

Une nouvelle révolution éclate. Le pâle soleil de février éclaire une nouvelle lutte du peuple qui redemande ses droits et sa souveraineté. Dans quelle situation va se trouver le clergé ? A-t-il , comme en 1 830 , été vaincu avec le monarque? Comme en 1830, le palais épiscopal sera-t-il envahi, ravagé, détruit? La croix qui couronne le vieil édifice de Saint-Germain l'Auxerrois sera-t-elle encore abattue par une foule irritée? Le prêtre va-t-il être contraint de cacher son costume sous un vêtement d'empi'unt? Ah! bien loin de là! le prêtre a su, pendant dix-huit ans, vivre de sa vie de prêtre , en dehors des passions politiques. Ces passions sont poussées au plus haut degré d'effervescence, et elles ne peuvent l'atteindre. Le palais épiscopal est protégé ; la croix est vénérée ; les égHses sont respectées. Le prêtre circule librement ; il peut prodiguer son secours aux blessés et adresser pieusement et paisiblement au Seigneur dans le temple ouvert, ses ardentes supplications pour que le sang chrétien cesse de couler.

Mais bientôt le contraste entre les deux époques^ 1830 et 1848, devient plus tranché, plus saisissant encore. La Révolution inscrit dans tous les cœurs, sur toutes les murailles, ces mots du Christ : Liberté! Égalité! Fraternité! L'Église les reconnaît comme son

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(loî^mc, rortlliic sn loi et (•(iiiimf son hiil. In iiioiiR'iit on n pu les oiildirr, les ('(nicrr, l(s retour/wr rnnlrc l'Kfflixf, UMÙ'i le jour (If In \(''V\lr es! ;mi\c. La voie ouv(M'l(» ;i rimniiiiii(('' c-l rchouN ('c, Noic de proufvs, vnio rrntnom l.;i cliiiiitc (k''l)urile; la foi nintut'llc ciitrt' II- ('l('rj»('' ri le peuple se vivifie. i/esp<'Manee n.iit dans les âmes. I)o< .n'Iions de i;rAccs sonl rendues an Très-Hanl. I.a Hepnl»li(pie est cliantée dans les temples; son drapeau flotte au-de$sus des porticpics. Les nianflements des ('^viVpies invotjuent là conliance , prtV client la roncohie, au nom de la lii)ei"té, de la reliiîion et de la patrie; et , pour compléter lie tableau, le clergé sort de l'éiîlise et vi(Mit sur les placés puhliiines appeler les l)énédictions du Seigneur sur l'arbre symbole de l'aflrancliissement du monde. Des paroles saintes sont prononcées par de pieux vicaires. Le peuple se livre à l'enthousiasme et applaudit. L'alliance entre l'Eglise el la Démocratie est cimentée.

Alors le clergé s'aperçoit (jue, lui aussi, il a retrouvé ses droits, et que la Révolution de Février lui a rendu sa part de souveraineté dans l'Etat. Cette part de souveraineté, ce n'est plus cette puissance secrète, occulte, cherchée dans les ténèbres et obtenue par l'intrigue ! Ce n'est plus cette influence gagnée par de lâches, pénibles et flétrissantes concessions à un monarque absolu , ;\ des ministres ou à des courtisans corronq)Us et corrupteurs ! Ce n'est plus cette domination accordée par la tyramiie

comme un échange, pour que le manteau de l'Église couvre les injustices, les oppressions et les crimes! Ce n'est plus cette exploitation rusée des masses ignorantes pour en percevoir des produits, des profits, des lucres, des jouissances! Non! non! cette part de souveraineté, c'est son droit, droit sacré, droit du citoyen. Il peut l'exercer au grand jour, sans honte, sans lâcheté, sans bassesse, sans remords. Il n'en doit compte à personne. Il ne relève que de sa conscience. Au Seigneur seul il dira l'usage qu'il en a fait. Son droit ne nuit à 'aucun de ses semblables. Il n'a à justifier aucun opprobre, à sanctifier aucune infamie. Son encens ne brûlera que pour Dieu. Il n'a plus besoin de mettre la lumière sous le boisseau. Il peut l'élever haut, pour éclairer le peuple qui l'entoure. C'est loyalement, saintement, qu'il peut user de sa part de souveraineté.

La religion n'est plus une arme dont il va se servir à son profit personnel; la prière n'est plus un moyen d'exploitation. Il distingue les devoirs du prêtre et les droits du citoyen. Prêtre dans l'église, revêtu de ses habits sacerdotaux, il conseille, il bénit, il officie, il dirige les âmes vers le Créateur. Citoyen en dehors de l'église, il ira déposer son vote d'électeur, il assistera aux réunions publiques, il y fera entendre sa voix, et, s'il obtient le sutïrage de ses concitoyens, il sera le Représentant du peuple, et il viendra dans le sein de l'Assemblée nationale participer à la fondation de la République, à la confection des lois, à la rédaction de la Constitution.

CIIAI'ITIU; nu AT un: Ml.. 481

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