‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 5)Chapitre 17 sur 49 · VI · texte numérisé non relu

VI

lu il r»Mif(Mul lMenaiii>i. Speclacle nouveau! lùihaînonicMf lie la liluMtt'l cardinaux, év(V|U(.'^, simples prôlres, \onl solliciter le sniïraue de leurs concitoyens. De tous cAtés les niandenienls appellent le cleri^é à r(;\eniee de son droit; cliacjiie jour les journaux relii,Meu\. en insèrent de nouveaux, l/évi^ciue de Nancy écrit : « Nous vous exiioitons, nos très-chers livres, à invo- (pier avec nous le Sei^rueur et m nous pr«''parer, |)ar lOhservation des lois divines et humaines, à accom|)Iiile irrand acte de souveraineté nationale où nous êtes conviés (le n'est pas un j>rivilép;e cpii vous est accordé; c'est un droit (jui est reconnu et «pii Na recevoir

une nouvelle consécration ; car tout droit impose un

devoir C'est donc pour vous un devoir de prendre

l)art aux élections iïénérales Il ne s'agit rien moins

(jue d'établir un gouvernement vraiment national, qui realise parmi nous le programme renfermé dans les trois mots évang(''li(iues que la Répid)li(jue a pris pour devise : Liberté, égalité, fraternité! »

I>'évèque de Digne, Marie -Dominique-Auguste Si-

hour, demande (pie le (iouvernement « n'invcupianl

|)lus contre le clergé, par une dérision ainère, toutes les lois d'exception et de servitude des régimes précédents, lui assure la franche participation aux libertés publiques ». Il ajoute : « En réclamant en elFet ce fruit (le la révolution nouvelle, nous n'aspirons pas à un privilège, que nous repousserions s'il nous était otfert, mais au plein exercice du droit commun. Qu'on le

sache l)icn! et que la sincérité et la loyauté de notre langage , qu'on a plus d'une fois méconnues , laissent tomber enfin des préventions injustes. Nous voulons POUR NOUS et POUR TOUS la liberté, mais la liberté franche et entière, la liberté de réunion et d'association, la hberté des cultes, la liberté de conscience et la liberté d'enseignement, inséparable des autres » Monseigneur Sibour pratique comme il enseigne. Il va au club assister aux réunions électorales. Il ne craint pas d'y développer sa profession de foi politique et progressive. Comme beaucoup d'autres curés aimés de leurs paroissiens, qui acceptent la candidature, l'abbé Deguerry, curé de Saint-Eustache, l'abbé Desclais, curé dans le département du Calvados, exposent publiquement leurs principes dans les assemblées préparatoires. L'abbé Lacordaire, l'un des plus célèbres prédicateurs catholiques, se présente au club de VVnion à la Sorbonne, revêtu du costume de dominicain, ce qui lui attire les applaudissements à son entrée. Il y fait déclaration « d'un républicanisme qui n'est pas de vieille date, mais que la révolution nouvelle a fait naître dans son âme ». Ainsi que M. Lacordaire, M. de Parisis, évêque de Langres, l'abbé Fayet, évèque d'Orléans, et d'autres membres du clergé, acceptent ou sollicitent la candidature : proclamés les élus du peuple, ils défendront les droits de leurs concitoyens.

De cet exposé rapide, la conclusion ressort palpable, évidente, incontestable. Moins le clergé ambitionne de

riIAI'liltl- Ul'A'lHILMi:. 483

puissance, plus iluii ohlinit. Moiiisil |K>(ii>iiit I alliance avec la force malcriellc, iiiieuv il cui)(|iii(Ml la force morille. Moins il veut s'ini|)os(i\ \i\\\> il u <i inlluence sur l'opinion puhlitpie. Se nit^le-l-il an\ passions politiques, on le redoute; s'en éloiij;ne-t-il , on le recherclic. Prenil-il jiart à la Itiltc, on hî coinl>af ou on le suhil; s'en prcM'i\r-l-il . ou se raj)pn)clu' île lui cl on le respecte. K>t-il inlolcranf, on le repousse; (leleud-il la liberté, on lapplaudil. S'il llatle la lyranuiiî, on le hait; s'il s'oppose à Toppression, on le vi-nère. S'il par(ai»e les jouiï^sances des riches, on le méprise; s il vit de la vie des pauvres, on le sanclifie. Maihr dans les j)reuiiers temps de l'Ki^lise, il s'empare du monde; dominalein plus lard, il le soulève contre lui. (]orrompu, il tond)e; moral, il se relève. Sous Charles \ il s'unit à rahsolulisme, et il est vaincu; sous Louis-Philippe il s'abstieni, et il devient fort et puissant. Enfin une révolution nouvelle, loin de l'abattre, le grandit .

Le mouvemeni du clergé français vers la liberté et la Hepubliijue était si prononcé, il a[>paraissait telleiiu'iit nel . I(i\al, sincère, ardent, (jue les chefs de l'Église, a Uonie, s'en iu{[uiétèrent sérieusement. Après avoir applaudi à ce retour du peuple vers la religion, à cette réconciliation du peuple et du clergé, ils suivirent soigneusement et surveillèrent avec sollicitude et préoccupation le progrès de cette impulsion. Bientôt ils craignirent que le clergé français se laissât emporter

trop loin par l'enthousiasme. Ils s'émurent à la pensée que l'esprit de réforme et de progrès pourrait se répandre et s'étendre dans des proportions qui rétréciraient les droits déjà rétrécis de l'autorité papale en France. Ils redoutèrent que les questions soulevées de l'affrancliissement du bas clergé, de la suppression du casuel pour les sacrements, de la séparation même de l'État et de TEglise, vinssent affaiblir le pouvoir de Rome. Aussi, le pape s'empressa-t-ii d'adresser, le 18 mars, un bref à l'archevêque de Nicée, nonce apostolique en France, avec injonction de le transmettre immédiatement à tous les archevêques et évèques du pays. 11 leur disait :

(( Ce n'a pas été pour nous une médiocre consolation d'apprendre par vos lettres au cardinal notre secrétaire d'État que le fidèle peuple de France, dans les événements de la dernière révolution, a généralement donné des témoignages de vénération et de dévouement en-

vers notre très-sainte religion et le clere;é 11 nous a

été très-agréable aussi, vénérables frères, d'apprendre, par ces mêmes lettres, avec quelle prudence et quelle sagesse vous avez répondu à ces écrivains qui , voulant défendre le régime nouveau de la France, auraient voulu discuter dans les feuilles publiques de très-graves questions qui appartiennent uniquement à notre suprême autorité et au jugement de ce Siège apostolique Du reste, la discipline canonique qui est actuellement en vigueur dans les églises de France, ainsi que l'organisation des choses ecclésiastiques dans ce pays, ne peuvent être changées par quelque personne que ce soit, si ce n'est par le souverain pontife, car

CIIAIMTHK 01 A TU 11,. Ml.. iUlj

nul aulrp (pie lui n'ii une .inlorifi'' nnivorsollc sur toiifos les ef^liscsépiscopjih's cl m'-IropoliUiiiics «le coite nation française. .\ nul antre (jnc lui il ne peut cire permis «le slatniM" snr les choses «pii lienn«'nt ;i linli^cipline ucnérale «le l'Kulise, ou de <l«''roii;er a ce (pn a de cunlirinc

par «'0 Siéa;e aposloli(jnc Onant a ce (pii reirardc

les revenns (lcstin«'s au cullc (li\iii et aux ministres sacrés, |)er^«)nne n'ii;nore (jne cette espi'ce de dotation n'est «ju'une compensation bien lailile des innnenses biens «le l'Kcdise (pii furent aliènes dans ce pays au temps mallienreu\ de l'ancienne révolution, lienoncer à cette dotation serait jeter la relii^ion elle-UR'me dans un içrand danpier; car ce serait enle\ei- au clerii;é les ressources «pii lui sont indispensables pour exister et se nourrir, attendu «pie dans plusieurs villes et dans la plu|)arf des petites localités de France la pauvreté des populations est telle «piil leur serait impossible devenir

au secours de l'Église et de ses ministres Vous

continuerez à avertir et à exhorter particulièrement les ecclésiasticpies {)Our qu'ils considèrent sérieusement (jue l'Kiîlise, ainsi (pie le disait très-sagement notre prédécesseur saint Innocent I", ne change j)as .sr/o» la mobilitr des choses humaines, et en conséquence qu'ils prennent garde (piun zèle troj) ardent ne les entraîne à des démarches précipitées qui pourraient être un malheur pour l'Église, et pour nous un sujet d'afïlic-

tion Nous ne manquerons pas, selon le temps et

l'état des choses, de prendre toutes les mesures que nous reconnaîtrons devant Dieu devoir être les plus utiles à la sûreté de l'Église et au salut spirituel de cette nation »

i86 GOUVERNEMENT PROVISOIRE.

Ce bref, clair, précis, n'a pas besoin de commentaires. Rome, la ville papale, frémissait sous le joug. L'Italie était en feu. Cependant, sur ce volcan prêt à faire éruption , les chefs de l'Église , entourés de périls, ne perdaient pas de vue les vieilles traditions, la conservation du passé; et ils retenaient le clergé français dans son élan vers la liberté.

Beo®ooe»

(Il NPiTin-: ciNnriKMi:.

AliiK t\>'* pl.inlalioiK trarlircii df l.i lilii-i'(<-. — n>iii(|UL>l sur la iil.irir «lu C.h.itrlri. — |lciiitiii!<li .iiioii ilii 2 .(viii, -iii lili.iiu|i (li- .Mars. — Srriir lit'ji liivnliili-s. — A|;ri.-itsiiin ilei> jnuru.iux iiniii.ircliiiiic'!» ; ropliiiiio <Ii>h jniirn.ius rr|iulili(MiiM. — f.<i l'mtr ; lu KrJ-unuf ; ntl.Kjui- contre !<.••; biiriMiix (ic /<« Preur ; inlrrvrnlioii ili- la >;ar(lf nationale, iln |;i-nrr.il ('.onrIaiA, de M. l.'-di u-ltoilin ; ji.irolcs de M. I.ain.iriini- : |i.i)'itir.itioti ; rraiiiti's de M. Xcrim; nii'>nrir'< dn ( •oiivcrneinriil ; lilirrlé entière mainirnue aux feuille!) hostiles au <>ouverncinenl. — i)c|)utali<ins dp rnniineriMiits et d>' liiiMlaires, reelauiaiit la rcnii-it; des loyers iKiyés il'avaiiec; le (louveriiciiient refuse son intervention dans ces eonirals partieuliers. — .Manilestalions des locataires «-outre les |>ro|irietaires qui ne veulent pas «liininuer l«'S l«)vers; les inciia«:es cessent. — ^''tî-'nisation d'inie force |>nldi(pie : créilinn de la {jarde civitiiie (pins tard partie républicaine^ et «les fjardirns de Paris. — Conflits i-ntrc la mairie «le Paris et l.i prt'ferluri' de |Mdiee : (lonimisîiiou «;liar(;ée d'y nn'itre Kn; accusations rcciprorpies de la mairie et dt; la pri'fectnrc. — .Movi'iis de surveillance «'onstitués par la mairie. — Kxtinclion dr la |M)lice ptditiipie pratirpiée par la monari'liii*. — R(nisci{;iiemeiits dn prf-fet et dn maire. — Police poliiiipie an ministère de l'iiitc-i-ieur : MM. Cartcrct cl Cartier. — Relations de M, I.ainartine avec les |»riiicipanx clicfs cinliistes et socialistes. — .Mesures défensives prises par le ministre et le sous-secrétaire d'Etat des finances; M.M. Maréclial et Hébillot. — Faihiesse des moyens <I(ï d«'-fense du Gouvernement provisoire; nécessité de recourir à des concessions, à des conciliations.— Relations de M. Ledrti-ltollin avec ses anciens amis. — Proposition an Clnli ilc^ cinlis deiivoycr des délf'jnés d.ms les déparlc;nients et d'adrc-.ser une demande an (ioin'eriiemcnl prnx isoii r pont couvrir les dépenses; .idoption ; depntalion à .M. l>edrn - Itollio ; M. Le(lru-lltdliii transmet ci.'s \crii\ au Cons(>il çl demande nn Mite favor,d)le; atiliesion liinilee; instructions précises données à ces dilcfjMPs ; «lépenses restreintes et justifiées; siicr«'s incomplets. — I,c ministre «le l'intérieur envoie dans les départements de nouveaux Commis.saires munis de pouvcjirs jilus étendus nue ceux des premiers f'onnnissaires «pi ils sont cliarjjés de contrùlei-. — Considérations sur «•«•s mesures et sur la coniluiie des conservateurs; renvoi des Commissaii'cs a causé fort peu île tronides. — Bordeaux : agitation à la nouvelle «le l'arrivée d'un nouveau Commissaire; scène à la préfectur«'; «-oritre-manifestation répulilicaine ; le Gouvernement provisoire envoie .M. Clément Tliomas. — Périgueux : conflits «le pouvoiis; réta-

Iilisscinciil tlii calme. — Valence : envahissement de la prélecture; pacitication. — Ain : coiiHits île pouvoirs. — Tarn : MM. d'Aragon, .loly. — La niodcialiiiu caractérise le plus grand noinhre des Conimiss;ijres extraordinaires. — Besançon : troubles; M. James Demonlry rétablit la puissance de l'autorité centrale. — Beauvais : remplacement de M. Barillon ; incertitude dans le clioix de ses successeurs; mécontentement de la ville; envahissement de la préfecture; l'ordre est rétabli; démission des sous-commissaiies. — Troyes : MM. Lignicr, Crevât, Ijcfebvre; tumulte; lutte; M. Cievat est blessé; les ouvriers viennent au secours de la préfecture; démission de M. Crevât; ^IM. Etienne Arago et Portalis sont députés par le Gouvernement provisoire; tranquillité. — Dans toutes ces agitations, nulle atteinte n'est portée au caractère ofHciel des mandataires du Gouvernement provisoire; les personnalités, les craintes de dictature sont seules en jeu. — Les nouvelles mesures du ministre de l'intérieur I éloignent du but auquel il veut parN-enir; cause de son erreur; raison d'être de la dictature; raison d'être de la République. — Conyuissaires : queUpiesuns font des fautes; la tiès-;;rande majorité se conduit noblement; difficultés et périls de leur situation ; instructions sur la circulaire du 11 mars; approbation de la presse.

Les plantations des arbres de la liberté s'étaient multipliées à l'infini. On en voyait sur tous les marchés, places, quais, jardins, carrefours, et jusque dans les cours des monuments publics, à la Préfecture de police, à l'Opéra, etc. Les chants patriotiques, les cérémonies religieuses, les discours, la musique, la garde nationale, les acclamations, les tleurs, les rubans, les décharges des armes à feu, la foule curieuse, formaient un spectacle plein d'animation. Mais bientôt on en fit un déplorable abus; et ces démonstrations de patriotisme dégénérèrent en scandaleuse exploitation. Des spéculateurs de bas étage s'en emparèrent. Précédés de tambours et de drapeaux, ils arrivaient dans les quartiers les plus peuplés, y plantaient un arbre, et, sous prétexte de quêter

• CIIAPITHI- ciNni iI;mi;. iny

pour les frais de liunspttrt cl (roiiu'iiu'nl, ils rainussait'iit uiR' somme (|u'ils se parlaiieaicnt. Les journaux républicains dénoncèrent ce scandale, landis cpie le Gouvernement s'occupait d'y mettre liii. M. Araj^o s'opposa à la plantation d'un arbre de la liberté dans la cour intérieure du ministère delà marine, et .M. Louis Hlani dan^ celle du palais du Luxembourg;.

Une autre tentative de manifestation publique vint échouer contre le bon sens populaire. Ln club, le Club (les iricornipttbles, eut lidée de renouveler les ac;apes fraternelles. Il adressa à tous les autres clubs l'invitation d'assister par délégation, le 2 avril, à un banquet dressé sur la place du Chàtelet. Au jour indiqué, deux cents personnes seulement prirent place autour de la table; mais la foule accourut. Il n'v eut aucun désordre. Tout se passa avec convenance. Cet exemple ne fut pas suivi.

Le même jour, une démonstration bien plus redoutable jetait l'alarme dans les esprits. Des placards, répandus le matin, annonçaient, provocpiaient une réunion générale de la population parisienne au Champ de Mars. « On parlait, » dit le Constitutionnel, « de forcer les citoyens riches à des sacrifices que la loi n'exigeait pas et que la violence à sa place devait exiger. » Le but était de faire voter par le peuple en masse la demande

490 GOUVERNEMENT PROVISOinE.

au Gouvernement provisoire d'un impôt forcé sur les riches. Question ])rûlante, déjà repoussée, et qui, ainsi présentée et délibérée, eût soulevé les plus vives angoisses. L'intervention du pouvoir, l'intelligent concoiu^s de la jeunesse des Écoles, le bon sens des ouvriers, détournèrent le péril et transformèrent l'impôt sollicité en une quête volontaire au profit du Trésor, et la démonstration en une association des élèves et des ouvriers dans de mutuelles sympathies et dans un commun amour de la République.

Réunies , à dix heures du matin , sur la place du Panthéon, les Écoles se transportèrent au Champ de Mars, précédées d'un sapeur du génie, symbole du travail et de l'intelligence; à sa gauche marchait un élève de l'École normale, portant le Contrat social couronné d'immortelles; à sa droite, un ouvrier portant une pioche ornée des mômes fleurs. A leur arrivée, les élèves des Écoles se mêlèrent aux ouvriers, prirent les brouettes et les pelles, et travaillèrent un instant aux terrassements. Puis, les rangs confondus, se serrant les mains, se donnant le bras, tous se rassemblèrent autour de l'arbre de la liberté en chantant la Marseillaise. Après les chants et les acclamations, une quête civique commença; elle fut continuée avec ordre dans les Champs-Elysées et sur les boulevards jusqu'à l'Hôtel de ville, où elle fut offerte par une députation des élèves et des ouvriers, comme un témoignage de dévouement à la patrie et comme un emblème d'union.

Cent mille citoyens, toutes les Écoles, depuis l'École polytechnique jusqu'à celle des Sourds-et-muets, toutes les corporations, avaient pris part à cette manifestation.

CM \PITHK riN'onflMK. l4l

qui a\ait (liiic pirs lio huit Ikmmts. Diui?» ce concours innombrable de citoyens, favorisé par un soleil éclatant et par un ciel sans nuai^es, il n'\ cul pas un trouble, pas un cri éciuivocpic, pa^ une colli^iou; et celle journée, voilée lie l'àcheux auspices, << ^r converlil. xius rinfluence habile d'une autorité popiil.iiic, <'ii une léte pacirupie de fraternité ». {Cotistihitionnrl.)

Avec quelle facilité ce peuple se luellait en niouvein(Mit, se calmait, s'aizilait, se paciliail ! [.a vieillesse luétne infirme et discipliuée, les Invalides ne purent se soustraire à celte fièvre. Des abus réels dans l'adminis- Iralion avaient donné lieu à des plaintes et à des poursuites judiciaires intentées avant les journées de Février. Les abus ne paraissaient pas avoir été tous détruits. De là un soulèvement !

Les Invalides veulent aller porter leurs réclamations a«i (jouvernemeni provisoire. Le général Petit voit dans cette démarche un man(iuementà la discipline : il veut les arrêter. Son autorité est méconnue. II se réfugie à IKtal- major de la garde nationale. Le lendemain, le ministre de la guerre procède à la réinstallation du brave général devant les Invalides réunis. Ceux-ci, revenus de leur égarement, accueillent le minisire et leur chef par des cris de repentir et d'enthousiasme, les entourent, les pressent, élèvent leurs mains suppliantes, et cherchent à faire oublier la faute par l'éclat de la réparation.

Deux commissions furent nommées, Tune pour punir la révolte, l'autre pour corriger les abus.

Le Gouvernement provisoire fut appelé à intervenir dans une circonstance plus importante, plus critique, plus solennelle. Il dut défendre contre une explosion de la colère publique indignée la liberté de la presse, menacée dans la personne d'hommes qui lui jetaient journellement l'outrage à la face.

Nous avons dit que la polémique de quelques-uns des anciens journaux monarchistes devenait chaque jour plus acrimonieuse et plus agressive. Au premier rang se faisait remarquer la Presse^, rédigée par M. Emile de Girardin :

26 mars. « Tous les partis sont dissous. La seule

pensée qu'on ait est une pensée commune, celle de vous aider dans votre tâche, et vous vous plaignez ! En vérité, c'est par trop d'humilité; vous vous sentiez donc bien faibles, aussi faibles que vous avez été téméraires, en ne prenant pas de repos que vous n'ayez mis la main à tout et sur tout, désorganisé tout avant d'avoir organisé rien — Ces fautes, qu'aucune nécessité ne justifiait, coûtent déjà plus de dix milliards à la France

De la victoire vous avez fait une déroute; de la liberté vous avez fait l'arbitraire »

27 mars. « Peuple î qu'ont fait pour toi les

hommes qui parlent chaque jour en ton nom ? Je vois bien qu'ils le flattent; je ne vois pas qu'ils te servent —

(ii.vpmn: i.iNgriKMK. oj

Ji» vois Uifii (ju'ils le ((int ucIicIcm- cher le droit d'i-lirc

1rs rcpn'scnliUils Je \(»is ïnvn (ju ils se sont liàlcs

iralltr concher dans le lit encore cliaiid dis niini>lres en l'iiile; je Nui» l)ien (jnils n'uni pa^ jK'idn de temps pour s'tMnpanT de soniptncnx iiôtels, (ui ils sont j)lus

iiiaecessibles (jiie leurs préiireessenrs Je \oi< bien

(pi'ils gaspillent ton ai.uerit... Je \oi> liicn (pic par la |)enr iU ont rclal)li la (Censure... Je vois hien qu'ils

sont i\res d'ori^ucil » L'article se leruu'ne j)ar ces

mots : « Ce sont ties airilaleurs. ce ne son! pas des lélorinaleurs I »

Toutes K'S reuilles républicaines, sans c\cej)lion, la lit'fornw comme le JSallonal, le Courrier français comme la Commune de Paris, répli(juaienl ;i cette jK)Iémi(jue irrilanle. Ils rcprocliaieni à la Presse de tout conlrolei-, de tout criticpier sans poids ni mesure, d'atla(|uer tous les actes de tous les ministres sans distinction, de tout éhranler, de tout envenimer, de tout détruire, d'a\oir des idées inapplicables sur toutes choses et de trouver les idées des autres pitoyables, d'a\oir toléré, soutenu même les abus j)endant un longrèi^ne et de ne pas accorder un mois pour les extirper, d'avoir défendu les pri- \iléi;es de la royauté pendant des années et de vouloir en un instant tout réformer dans la R(''pid)li(pie, de dépasser les limites de la discussion, de se livrer à des accusations outraiieantes, de distiller le fiel et le venin, de semer l'inijuiétude et la peur.

Les attaques \ iolentes de la Presse contre M. Ledru- IV. 43

Rollin et les Commissaires des départements excitaient surtout le courroux de la Réforme, ^lettons les deux journaux en présence.

La Presse du 28 : k La contiance n'a disparu

que lorsque nous avons vu les membres du Gouvernement provisoire douter de la raison, des sentiments,

de l'adhésion du pays, en donnant mission à des commissaires revêtus de pouvoirs illimités d'aller révolutionner les départements, faire appel à la réaction et à la terreur... gaspiller les heures dont les minutes sont des millions, rétracter le lendemain la déclaration de la veille, et dépasser enfin en trente jours toutes les violences et tous les abus de dix-sept ans de règne

S'il y a dans mes paroles une seule exagération, qu'on la relève!... »

La Presse du 20 : c M. Lamartine a la même

contiance en sa parole que M. Guizot dans la sienne; M. Ledra-RoUin ne dififère de M. Duchâtel que par moins de retenue dans les instructions qu'il donne à ses agents... »

La Réforme : « Depuis deux jours, le tocsin sonne à grande volée dans la rue Montmartre , et le journal la Presse dénonce le Gouvernement provisoire à toutes les défiances, à toutes les haines, à tous les mépris publics. )) Après avoir cherché à tourner en ridicule le radicalisme, le puritanisme, le républicanisme, le socialisme du principal rédacteur, en termes pleins d'ironie,

de sarcasme et d'aigreur, la Réforme ajoute : « Un

gouvernement tombe dans le sang; institutions et pouvoir, tout s'écroule et disparaît en trois jours. Point de forces organisées, point de lois qui commandent, point

cil VPITHI-: CINOlll-MK. 19.1

(l'asïseiiihlcos iTS|)('(tres; une crise anltTicurc comj)!!quéo «l'une n'volutiou , (les<lelles, des ruines!

» Telle «'liuf la siliialiou ;iii 21 jV'vrii'r, (juand des lioMunes éneriïiciues el dévoués aceeptèreni , ;i ra|)jiel do«4 niasses, le lerril)le lardeau d iiiu' li((uidalii)ii redoulahle et les pioiirauunes aecutiiuh's (ru!\e licvolulion i|ui j)orl(^ dans ses lianes une soeiéle m<)ii\ elle, liislihilicuis. eodes el lîouverneinenf.

)i Or. il i'<\ arrivé (|ue ces (-odes, ros inslilulions, ce uouNernenieiit . n'ont j)a- ele n'-irlés, édili(''S el consolidés en nn mois |iai- ces hommes sortis de la hille, e( voilà |)our(juoi hi /'/v.v.w, si palienle sous lu nionarcliie, les dénonce à la Ué|)ul)li(|ue, xon idnlp^ comme des fainéants et des traîtres.

» Ils n'ont rien l'ail, dites-vous! ils jouent à la pliiase el ils poussent à l'imjH^l! Mais, insensés, vos chefs de la dernière trahison ont ijardé leurs tètes! ils n'ont payé ni de leur honrse ni de leur sang ! Mais l'ordre règne auloui- de vos j)alais ! Mais vos atnis. la plupart du moins, ont conservé leurs places, et du haut de leurs sièges ils conspirent trancjuillemeîjt contre la Répul)li(pie.

» Auriez-vous mieux aimé (jn'au lieu de l'aire a|)pel à la clémence du peuple et «h* lui demander pour vos princes raum«')ne de sa miséricorde, ils eussent frapi^é d'tme confiscation de justice les traitants, les agioteurs, les sinécuristes, fjui, sous le règne de votre ])olifique, avaient tout épuisé, tout sucé, jusfpi'aux haillons des pauvres ? C'eut été là peut-être une meilleure conduite à tenir (pie de décréter l'impôt des 45 centimes ! »

19(5 (JOUVHUNEMKNT iMU) VISUIUE.

VU

Ce combat de plume, poussé jusqu'à l'insulte, exaspérait grand nombre de citoyens, qui, à ce moment, regardaient la Pressecomme l'interprète le plus audacieux de la réaction dissimulée sous l'apparence de quelques théories socialistes. D'abord des murmures, puis des menaces ! L'orage gronde autour de cette feuille. Sous cette pression , M. Emile de Girardin redouble d'énergie; loin de fléchir, il semble se complaire à braver le péril, et il multiplie ses attaques avec plus d'aigreur et de violence.

Le 29 mars, à huit heures du soir, des attroupements se forment rue Montmartre, devant la porte de l'imprimerie du journal. La colère est peinte sur les physionomies; la foule devient de plus en plus compacte , de plus en plus animée , de plus en plus furieuse. Une main trace à la craie ces mots sinistres : (( A bas la Presse ! Mort à Girardin! » L'exécution commence. La porte, rudement attaquée, va tomber brisée sous des efforts répétés, lorsque des détachements de la garde nationale surviennent et la dégagent sans pouvoir dissiper l'attroupement. Le tumulte augmente. Ce sont des trépignements, des cris confus : « Il faut en finir avec ce journal ! brisons ses presses 1 M. de Girardin est coupable de trahison envers la République ! Justice ! justice! » L'exaspération est à son paroxysme; la foule va recommencer ses attaques. Le général Courtais arrive, suivi do son état-major et d'un renfort de garde mol)ile.

cil MM I lU: CINniMMi:. r»7

Pins qiH» son «'sj-orlc , ses paroles iiii|)rt'<sinnnfnl Ir |)o«i|>l('. Il fait appel à la lilxM'l»' conlrc l.i \i(tl<Mico, cl il par\itMil à si» faire tHonlcr.

M. ]•'.. (le (iirardin a\ail la conscionco tic son droit cl aitcndail avec couraiio. I ii<' transaction est |>ropos^'c à la lonlc. Oiicicpios citoyens, introduits dans les bureaux, ont a\('c lui une conférence animée. D'autres se d(''laclicnl et conreni clioz M. I.aniarlinc réclamer du (ion- \crncnicnt nn terme aux outrages de l(i Presse contre la Hepiilili(pie (>l contre ses fondateurs. M. Lamartine r(''j)li(pie : « La K('pMl)li(|iie exilée l'inviolahililé de la pensée humaino; elle admet la lilieité d'être injuste en\prs son Gouvernement; le Gouvernement ne doit réj)ondre (|u'en sauvant l.i patrie de ses ennemis au dehors et de tout désordre au dedans. »

De son coté, le ministre de l'intiMieur accourt sur les lieux , accompairné' du procureur de la Hej)ubli(pie , M. Landrin. La conférence des délégués de la foule et de M. de Girardin, d'abord passionnée, s'est terminée par des explications moins hostiles, et la foule est moins irritée. La présence de M. Ledru-lU)llin et de >L Landrin achève l'œuvre de pacification.

Le lendemain soir, nouvel attroupement, nouvelles rumeurs. Le ministre de l'intérieur revient pour assurer la sécurité des rédacteurs de la Presse et faire respecter leur indéj)endance. Il ne quitte la place (ju'avcc la certitude (pie tout péril est écarté.

Oubliant toute (pierelle, toute inimitié, pour venir au secours du droit commun et d'un écrivain menacé, les journalistes républicains . (jui avaient le plus vivement soutenu la lutte, signèrent une proclamation où

ils invoquaient les principes sacrés de la démocratie. Cette proclamation fit sensation et contribua puissamment à calmer les esprits.

Des clameurs proférées dans divers clubs contre le Constitutionnel firent craindre une invasion semblable au rédacteur en chef, M. Véron. Il exprima ses appréhensions à l'administration. Des mesures furent prises; et l'on n'eut plus à déplorer de tentative fâcheuse contre la presse.

VJIJ

En sauvegardant ses adversaires les plus ardents, le Gouvernement avait rempli son devoir; il avait élevé le pouvoir au-dessus des considérations personnelles. Ce n'était point par fausse générosité, c'était par respect du droit, de la République et de la liberté. La Presse, le Constitutionnel, V Assemblée nationale, etc., purent, sans obstacle et sans crainte, continuer leur guerre violente contre le Gouvernement provisoire, (jui les défendait.

Le Gouvernement eut à vaincre des difticultés plus tenaces pour protéger la liberté des transactions et faire observer, dans ce délire des esprits et dans ce soulèvement des intérêts, l'inviolabilité des contrats.

Aux époques de crise , tourmenté par ses nécessités , chacun court après des ressources extraordinaires. Aux époques de révolution, chacun, cherchant des amélio-

( IIAlMÏHi: CINgLifiMK. <Û9

rations à son sort, ci(»it (li'couviir i\c^ ulnis, siirtoiil «laiis It's i'liari;es lourdes à porter. Sous cotte iloulile préoccupai ion , rien de nioiiis étonnunl ijiie de \oii' les citoyens dépasser lu but el élever des prétentions exaiïérées, cliin»éri(pies.

Le \'-i mars, denv depulalious de coniniercanls se prcsenti'rent successivement au (jouvernemiMit proN isoire : elle> le priai<;nt d'ordonner (jue les loyers payes d'avance, ipi'ils considéraient comme de simples dépots conlies aux rnaiîis i\o< ()n)pri(''taires , pussent être iclires au iuoiu> |);ir nioilic, aliu de fonder nue caisse d'escompte, i.e maire de Paris repondit (pic les Comptoirs descompte étaient décrétés, orii;anisés, pour donner satislaction au commerce. — Le 27, nou\elle de|)utation de j)ropri('laires d'hotols iiarnis et de maisons meublées, de loi^eurs, réclamant que le terme à échoir au I " avril t'ùt imputé sur le montant, des sommes payées d'avance aux propriétaires des immeubles.

Le 3 avril, démarche plus solennelle des conuneiçants , (pii, en nombre considérable et formant corlé,i;e, se rendirent au ministère des finances et à l'iiotel de ville. Ils sollicitaient un décret ipii autoriserait tout locataire à rentrer, aux deux termes prochains, en jouissance tles sommes versées d'avance, et qui, j)ar contre, obli|zerait le locataire ii payer à l'État deux pour cent sur le prix des loyers. Voici par quel raisonnement les pétitionnaiies soutenaient la justice de leurs prétentions : « Les propriétaires devaient aider les marchands, alin que les marchands pussent aider les ouvriers. Les sommes en question, remises seulement comme garantie de payement, appartenaient aux

'iOO GOUVERNEMENT PROVISOIRE.

locataires; or, h; [)ayement étant garanli déjà par le mobilier et par les marchandises, il était naturel que le propriétaire restituât au locataire ses avances dans une circonstance critique. » l.cs pétitionnaires évaluaient à 221 millions les sommes réclamées, c'est-à-dire trente mille locations à 7oO francs en moyenne, et à un million environ ce qui reviendrait à l'État. Le ministre des finances et le maire de Paris eurent une peine infinie à faire comprendre que le Gouvernement ne pouvait, sans violer toute équité, intervenir dans les conventions, volontairement signées, des particuliers entre eux. Les commerçants persistèrent avec acharnement dans ces singuliers débats. L'obstination de l'instance ne fut vaincue (\ue par la fermeté du refus.

Les prétentions des locataires ne devaient malheureusement pas se borner à la cpiestion des avances. Des altercations ])lus graves survinrent à l'échéance du terme d'avril.

Beaucoup de gens timides fuyaient Paris pour se réfugier dans la province. De nombreux congés étaient donnés. D'autre part , les constructions des maisons avaient dépassé les besoins. On vit bientôt à chaque porte des écriteaux annonçant le vide des appartements. Les loyers, surélevés à des prix exorbitants, Itaissèrent tout à coup d'un tiers ; des baux même durent être réduits par conciliation.

Eh bien , la baisse du prix des loyers ne parut pas

ciiAiMi m: <;iNniii;.\ii:. jo»

(lonmr iiiic siitisfaclion siiHisanlo. Les oiiNiicrs , lo petils (MiiploNis, los [)i'lils inaicliamls , se troiixaiciil dans la |H('>(|ii(' iinpossiljililc de [laycr liiii ItTiiic. Dans Ips (juarliiMS popiiUnix, los propriftairo. Iiahiliiés à lies coiicossions di* Icnips, picxoNaifiil les délais c\iî;és par les circonslaiices. Ils \ donnèreiil im con^cn- Icinonl facile. In (crlaiii nombre inrnic, (('daiil a une iiis|)irati()M île hienlaisanee, s'einpressereni de laiie remise ci)m|)léle du lernie eclni on à échoir, (^es actes do iîénérosi té furent accueillis a\ec reconnaissance et alle.iîiesse. Des ljou(juels, des drapeaux ornes de rul)ans, des ilhiniinalions à toutes les croisées, des transparents, annonçaient aux passanl^ la nuinilicence des propriétaires, la joie o\ la gratitude des locataires. Kt pour (pie la fête fût complète, ces heureuses maisons retentissaient d'acclamations et de chants.

Pour les hahilants voisins moins bien traités, c'était un contraste na\ranl. ils reijardaient avec un œil d'envie ce spectacle, (pii leur faisait ^enlii- phis rudement leur détresse. Paver ce cpie d'autres ne payaient pas leur semblait une injustice, ils adressèrent des suppli(pies a leurs propriétaires, (^)uel(pies réductions, (juehpies hésitations, et ce fut tout! Les j)lus exas|)érés e\it;cnt. L'élan est donni' et les emporte plus loin encore : ils se croient ( ii droil de réclamer des (|iiiltances accpiittées; en cas de jefus , un drapeau noir suspendu aux fenêtres dénonce à l'indignation publique le propriétaire récalcitrant. Des scènes déjilorables ont lieu. C'est la honteuse exploitation par la peur.

y[. Caussidière , préfet de police, publie le 27 mars une première proclamation « pour faire respecter les

202 G0UVERNE3IENT PROVISOIRE.

propriétaires, qui, eux aussi, ont des charges à supporter, et pour annoncer à la population que l'autorité veille à la sûreté de tous et réprimera au besoin les désordres des malintentionnés, espérant que le bon sens public rendra inutile le recours à cette extrémité ». — Ces paroles sont insuffisantes.

Dans le Conseil du 1 0 avril , le Gouvernement provisoire décide , sur la demande du ministre de l'intérieur, que le maire de Paris adressera sur-le-champ une circulaire sévère à tous les maires des arrondissements , pour avertir les citoyens que la résolution est prise d'agir avec énergie contre tout excès, abus ou violence, et de poursuivre les coupables selon toutes les rigueurs des lois. — M. Landrin, commissaire du Gouvernement près le tribunal de la Seine, commença une instruction judiciaire.

Aussitôt le scandale disparut. Les conciliations entre les propriétaires et les locataires eurent lieu par voie amiable, et le Gouvernement eut la satisfaction de voir cesser ce nouveau sujet d'alarmes.

Les promenades nocturnes, les illuminations forcées étaient intolérables. Le Gouvernement parvint également à les réprimer. La presse en félicita le pouvoir.

Le plus difficile et le plus urgent était la réorganisation de la police, plus que jamais indispensable. M. Caussidière fut appelé au Conseil pour en délibérer. Il peignit en langage pittoresque, expressif, les embar-

r. Il AI' nui: (:iNnrif:.vii:. J03

ra6 de ba ^itiiuliuii , et il ivcluiu.i la iiii>e vu cuiire luililairo des ciloveus dont il se servait, « bruves uens à la lôle ardente , «lu'ij >'i'lait mi jiailbis oliliiçé de lueiier le pistolet au poini,', car tous n'ctaii'iit pus si'lr.s et tidi les; mais il les cpurait peu à peu. 1! avait à tenir tète aux eoniplots permanents l'ulretenus contre le (iouveruement. Hlampii , d'après des a\(Miv tail> ii lui-même, tramait t()uj()ur> un coup de main. Le Petit-Liivcnihouri^, oii le (lonscil se n''unis>ail , elail . en l'absence eomj)l«'le de l'oree armée, a la nieici dn premier audacieux. 11 a\ait la certitude (ju'un enlexement avait été prémcdilc dans certains lieux, ipi'il sur\ cillait avec soin. » — M. Louis lllanc conlirma le dani^ei-. — M. .VIberl oil'ilt provisoirement un poste composé de trente de ses amis; ce (pii lut accepte.

Le ministre de l'intérieur proposa l'institulion d'une tîarde civicpie de I .')()() liommcs à pied et de 300 hommes à clieval. .M. Albert s'y oppo.sa, alléij;uanl (pie si le peuple voyait se reconstituer, même sous un autre litre, l'ex-garde nmnicipale, il se croirait Iralii. Le préfet insista sur sa demande , disant qu'il choisirait ses honunes parmi les patriotes éprouvés, et (ju'il leur donnerait un costume imité de celui de l'onNrier. « Mais, » s'écria M. Ledru-Kollin , (( je ne |)uis accepter ces distinctions. Pour être du peuple , il faudra donc être en veste ? »> Cette exclamation n'em[)ècha pas de satisfaire au déair du préfet, (pii espérait populariser ainsi la i^arde civique. Au surplus, il lui réservé au ministre de l'intérieur de réi^ler runiforme. Cette garde prit plus tard le titre de garde répul)licaine. AI. Mercic-r, beaufrère de M. Caussidiere, homme énergique el capable,

(jiii f'omplait dix années de service comme oflicier, en reçut le commandement avec le grade de colonel.

La garde républicaine de l'Hôtel de ville, composée des coml)at(ants de Février, fut portée à GOO hommes, et maintenue sous le commandement du colonel Rey et du chef de bataillon Beaumont.

On décréta aussi la création , (( par les soins du ministre de l'intérieur et du maii'e de Paris, d'un corps spécial sous le titre de gardiens de Paris, avec mission de veiller à ia paix publique , à la conservation des établissements nationaux et des propriétés privées, d'exercer une protection bienveillante envers toutes les personnes (}ui en auraient besoin, leur caractère devant être une sorte de magistrature populaire. Ces gardiens devaient être assez nombreux pour cpie chacun d'eux pût veiller sur soixante à cent maisons. Une taxe spéciale pour leur entretien serait établie de manière à ne peser que sur les propriétaires et sur les locataires dont le lover s'élève au-dessus de mille francs. » Quoique essentiellement municipal, ce corps fut placé sous la direction du préfet de police.

L'enrôlement donna lieu à des conflits entre la mairie de Paris et la préfecture de police. Nous avons déjà fait connaître les causes antérieures de division entre les deux administrations, le projet de les réunir sous un même chef, la réalisation accomplie par M. Garnier- Pagès, l'abandon fait par son successeur, les regrets de

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.M. Manasl , sos elVoit> pour ^l'ssai^il• tlan> li> dcIniU l'inniicnce (ju'il a\ait pcrcluc dans rcDM-nilik*. l)c> la des tliscus>i()ijs, des tirailleriifiits , cnMMnnK's par le souvenir des ancienne^ (pierelle^ de la lUfnnni' et du yialional.

I.cs altereations des bureaux mii' di's laits iii.si^iiifiants montaient, en se i^rossissanl , jiis(praii >v'\\\ du (x)nseil. Irop souvent des paroles aiueres tlaiini ((liiiiif^ées entre le maire et le ndnistie. Poiii luellrc un Ici me à eelle irritation, une nouvelle coninussion, eomposée i\r MM. Marie, Helluuoiil cl Floeon, lui cliariïeei :{ a\ ri!) de reviser et de liuiitci' ks attributions, eonlradictoirement avee les deux parties intéressées. Cette (ouuuission . par un rap[)ort déposé le I ."> du uièuic mois, les laissa telles (ju'elles avaient été délinies avaiil la Hcsolution.

Mil

Les diveriiences qui existaient entre la mairie de Paris et la préfecture de police provenaient aussi de motifs supérieurs. Les vues polili(pics étaient dissemblables. .M. Caussidièrc et ses amis reprocliaienl à .M.M. .Marrasl, Huchez, Rccurt et Edmond Adam, de ne pas comprendre les nécessités révolutionnaires, de vouloir amortir le feu qui devait enflammer les vrais républicains, de ne pas s'élevei' à la hauteur des circonstances, d'encouraiier la réaction par des faiblesses, de ménager les partis vaincus, de lransii!;cr avec les anciens orléanistes, de n'être enlîn (jue les bourgeois de la République.

200 GOUVERNEMENT PROVISOIllE.

La mairie de Paris formulait des plaintes aussi vives contre M. Caiissidière : « Depuis sa nomination définitive et malgré ses affirmations de dévouement au Gouvernement provisoire, il ne leur paraissait pas plus sijr qu'auparavant. Ses actes démentaient ses protestations. Ses relations étaient continuelles avec les meneurs. Il recrutait ses agents parmi les sectaires de la Société f/c.s' droits dr V homme. Il ne prenait pas d'assez énergiques mesures contre les fauteurs de troubles: et si quelques arrestations étaient faites par la garde nationale, elles étaient annulées par ses montagnards, à l'arrivée des délinquants à la préfecture. Il louvoyait entre le Gouvernement et la conspiration, dérobant sa finesse sous une apparente brusquerie. Enfin, si un mouvement éclatait, chercherait-il à le développer ou à le comprimer ? On ne pouvait compter sur lui. »

Sous la préoccupation de tels soupçons, la mairie de Paris ne voulut pas rester inactive et désarmée. L'Hôtel de ville était le siège du Gouvernement! Des ennemis inconnus rôdaient tout à l'entour! Quels étaient-ils? Il fallait le savoir. Il fallait se défendre, pour la sécurité même du pays. La mairie de Paris entreprit de se constituer des moyens de surveillance capables de déjouer les trames ourdies.

Mais ces moyens de surveillance n'avaient aucune analogie avec la police politique pratiquée par les gouvernements précédents. A la préfecture de police même, il n'y en avait plus trace que dans les cartons soigneu-

cil AiMi lu. i.iNnnkMi:. so7

scnionl conserves. I.ji prilicc de s»^rel6 ('•tait restée ee (pi'elle «'tait; les Itureaiiv ilc la police adiiiiiiisIraliNc avaient 6\v maintenus. Les aj^cnls actifs expnls(''s avaient (''d* remplacés tant i>i(>n (pic mal. niiaiit à la ])()lice p()liti(pic. indixidiis et traditions aNaieiil disparu avec la monarchie.

C'étaient leurs amis et lcur> adlM-reid'- (ini renseiiinaient le maire de Paris cl le [)réfet de police ^uv ce (pii se pas.<ait en deliors d'eux, lis n'a\ aient (pi'a raroider ce (jn'ils avaient vu, entendu el lail , et (dinme chacun d'eux jouait un rôle j)lus ou moins imi)ortanl • lans les n'uinions de toutes sortes, le main> el le [uclet étaient sullisanunenl instruits.

.M. (iaussidière surtout n'iunorait rien des conférences les plus secrètes des républicains commiiinstes; les principaux meneurs venaient eux-Fii^mes s'entendre avec lui sur le but à poursuivre, comme cela avait eu lieu pour la journée du 17 mars. .Mais il ne connaissait ni les plans ni les manœuvres des autres partis; il ne savait rien de ce que tramaient les bonapartistes et les partisans des Bourbons des deux branches; et vis-à-vis d'eux, il ne i)rocédait que par voie de suppositions, allant sans cesse au delà ou restant en deçà de la réalité.

Les détenus politiques, mécontents des lenteurs de la Commission des récompenses, avaient obtenu de la mairie de Paris l'autorisation de former à THôtel de ville trois bureaux chargés de préparer les documents et les distributions de secours. Ce travail, opéré réiïulièrement, avait été l'occasion d'un rapprochement entre eux et MM. Marrast, Bûchez, Recurt et Edmond Adam, (pii, dans leurs rapports journaliers, appre-

208 (lOUVEHNKMENT PROVISOIRE.

liaient d'eii.\--inênies leurs projets et leurs résolutions. Quei(|ues rares individus, vivant de délation, se livraient à un double espionnage, dénonçant à la mairie ce qu'ils recueillaient à la préfecture, et à la préfecture ce qu'ils connaissaient de la mairie; sachant peu, révélant beaucoup et envenimant encore des relations déjà envenimées.

Le ministre de l'intérieur avait réservé à ses bureaux la haute direction de la police politique.

M. Carteret, avocat, unissant la fermeté à la modéi-ation et Tintelligence au dévouement, avait accepté les fonctions de chef de la division à laquelle ressortissaient la préfecture de police et la police des départements. En l'absence du ministre, il recevait les rapports et les visites du préfet, qui venait faire le récit des événements de chaque jour. M. Ledru-Rollin transmettait ces renseignements au Conseil, conformément à la décision qui avait consacré le commencement de chaque séance au double exposé de la situation intérieure et extérieui-e.

M. Carlier fut nommé par M. Ledru-Rollin chef de la police politique. ^L Carlier avait déjà occupé une fonction de ce genre au commencement du règne de Louis- Philippe. Habile, actif, insinuant, sans opinion, ne connaissant (jue son emploi, rompu aux haliitudes de la profession, il était accusé par ses adversaires d'avoir conservé les traditions provocatrices qui poussent aux conspirations pour les dévoiler, aux émeutes pour les

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n'priintT. Ni' rcciilaiil jjmuns (le\;int los inoNcns, il laissai! an surcrs lo >«»in «le los jtistiiicr. I'r«^l à dcfondrc ((Mil pouvoir (pii saurait rccotnpoiisor son zMo, il avait «lu coiiraj?»' Siins (icvoiicnuMit. ilahidic à larifor les consrionces, il méprisait trop les hommes, ceux iiii^mi' (ju'il servait, j)oiir s'attacher à eux. (;e|)en(lant il était toujours dispose à rendre scMvice. la Nciile, cruel dan< l'exécution d'iiiic niesnre, il se montrai! , h; lendemain, Imniain et ohliueant. Il se plaisait à redii^er des rap|)ort> traces a\ec nue lacile lapidile, et il les nmltipliait. Non content de dénoncer les troidiles, il en -inditpiait et les causes et les remèdes. Il n'hésitait pas à cri!i(juer les actes du (iouvernement, et il donnait des avis avec une certaine prétention de vues plus justes (|ue celles de ses supérieurs. Il improvisa une espèce de police au moyen de (piehjues anciens agents, i:;rossis de nouvelles recrues. Mais son passé le porta à surveiller la |)artie révolutionnaire plutôt (jue la partie réactionnaire, il fouilla les clubs, épia le Luxendiourir, contrôla même la prélecture de police, ne s'occu|)ant i|ue fort j)(ii (les intrigues et des complots (jui commençaient à sa|)er la I{épuhli(|ue.

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