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Si la mission îles délcf^'iiés des eluhs n'eut (ju'uu éclat el un retentissement |)osthumes, il n'en lut pas de même de la création et de leinoi dans les departi-menls de nuuvoauN. commissaires et de eonujiissaiies e\lraonlinaircs.
Tandis (jiie, sous rimpi'essioii de la circulaire ministérielle du 12 mars, les journaux rcactioimaircs se dcclialnaiciit ri l'iiliiiinaiciit contre certains (commissaires aux pouvoirs illimites, les journaux démocrates se j)laiituaieiil , a\ec non moins d'éneri!;ic, de la modération du plus i;iand nombre, et réclamaient leur cliantrement. Le ministre de l'intérieur, placé (MiIi(; lesaltacpies des uns et les plaintes «les autres, donna raison a ses partisans. Kij:alement entraîné par les sollicitations de (picltpies intéressés, il crut de\oir apporter des modilications aux premiers clioix (pii avaient éti' faits de commun accord avec tous les membres du (iouveriiemenl. Au milieu des préoccupations incessantes cl absorbantes du moment, une certaine liberté était laissée à cluKpie ministre, sous sa responsabilité personnelle, pour la nomination de ses agents su|)érieurs. M. l.edru-Hollin en usa.
Une fois engagé sur cette pente, il ne s'arrêta pas. Il crut indispensable au salut de la République de se prémunir contre les complaisances et les faiblesses des
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Coniniissaires, (jui, entourés dès le premier jour par les horunies de toutes les opinions, avaient cédé à des considérations de personnes et de position, et n'avaient peut-être pas su conserver toute l'indépendance et toute la force révolutionnaires. Il résolut de donner aux dé[)arlenients dontil soupçonnait l'esprit une impulsion plus ferme, plus prononcée, en disséminant partout des commissaires extraordinaires chargés d'inspecter et de diriger plusieurs déparlements à la fois, et munis de pouvoirs nouveaux; et il confia cet important mandat à des hommes pris pour la plupart dans l'opinion la plus avancée.
Ces modifications défavorables aux premiers Commissaires, si favorablement accueillis j)ar les populations, ces nouvelles fonctions mal définies de Commissaires extraordinaires venant gêner la situation de ceux qui avaient triomphé des premières difîicultés, devaient susciter des conflits de pouvoirs, soulever des embarras et des répugnances qu'il eût été possible de prévoir et d'éviter.
Mais si l'on doit reprocher au ministre de l'intérieur d'avoir compromis l'autorité du Gouvernement jiar quelques choix fâcheux, par quelques mesures hasardées, ne doit-on pas blâmer plus sévèrement ceux-là (jui, les plus aptes par leur fortune et leur position à défendre l'ordre, ne songèrent qu'à satisfaire des préventions et des rancunes, tirent appel aux passions et recoururent à ces moyens insurrectionnels dont ils font un éternel reproche à leurs adversaires ?
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T()iitol\)is, asiint de (((iniiitMU'er le ivcil do laits dcplorublcs cl de loris recipiixiiics, il es! jusle de conslaler : (|iie les Irouhles occasioiiiics |)ar le choix on rcii- \oi des (!oinmissair«'> m'iiikiiI lien (|iie dans nn |»t'lit noinlue de deparleinenls, ili\ senlenicnl; (juc ces tronbles, bien site apaises, ne conleieni p.i> une iiontte de sani,'; (jne l'esprit de conciliation ouvrit aussitôt une heureuse issue a une situation fanssc. Kt , comme atténuation, n'e>t-il pas permis d'ajouter (pie , pour jui:er siiiuemenl, il Tant tenir compte de la liè\re i\v liberté qui s'était emparée de tous les hommes, sans exception, en France et en Kurope ?
Dans les soixante-seize autres dépaitements, l'Iiabilelé, le dévouement, l'esprit d'ordre et d'union des Connnissaircs, lionunes de c(eur et d'honneur, apj)reciés alors, depuis mt-connus et calonmiés, l'empresseinenl des citoyens riches et |)auvres à se grouper autour du ()ou\(jir nouveau, la gramieur du peuple, sa patience dans les soutl'rances, l'intervention d'une garde nationale formée de tous les citoyens, les etForts des libéraux, l'entîiousiasme inspiré par une révolution sans vengeance, firent heureusement traverser, sans lutte funeste, ces jours de transition, et rendirent plus facile l'autorité et plus douce la soumission à la loi.
Bordeaux avait reçu avec empressement le Cojnmissaire du Gouvernement pi-ovisoire, M. (liievallier, ancien membre du comité de la Société Aide-toi, le ciel t'aidera. Cal homme, d'excellent esprit et d'habile mo-
(léralion, avait su faire accepter la Rrpiibliqiie à une population (jui regrettait la famille d'Orléans, et qui conservait dans sa mémoire et dans ses annales les souvenirs sanglants de la première révolution.
Le 1 9 mars, sous l'impression des discussions passionnées de la presse parisienne, un bruit circule : « Muni de pleins pouvoirs, un connnissaire extraordinaire est arrivé; et M. Chevallier se retire devant lui. » Aussitôt, sans examen, sans réflexion, les têtes s'exaltent, les rumeurs se propagent, les murmures éclatent. On s'irrite, on crie au proconsul, comme si la Terreur était aux portes. On se rassemble à la Bourse, et l'on court à la préfecture prier M. Chevallier de ne pas donner sa démission et de protester contre l'envoyé inconnu de M. Ledru-Rollin.
Cet envoyé était M. Latrade, choisi précisément par le ministre parmi ceux qui savaient unir la fermeté des principes à la douceur de la forme, la foi profonde à la tolérance raisonnée. A sa venue inattendue, interprétée comme une marque de suspicion, M. Chevallier, cédant à un premier mouvement de mécontentement, avait parlé d'abandonner ses fonctions, sans prévoir les fâcheuses conséquences de ses paroles. De là les bruits, les colères et le concours de la foule devant la préfecture .
M. Chevallier répond avec émotion aux témoignages de sympathie qu'on lui adresse, mais il déclare nettement que, soumis aux ordres du Gouvernement, il veut et doit obéir. M. Latrade, à son tour, s'avance et tente de se faire entendre. Les clameurs, les huées étouffent sa voix. M. Chevallier réclame le silence. Un instant com-
(Il A ni m cisni'iLMi . iu
priini'. If liiiimlU' ivcoiniiiciu c. Parmi les mille cris qui s'enlre-rroisenl et ^^l' iin'^it'nt, domim' celui dr « A bas le (iietciteur! >» Pendant deux lieurrs l'atzitalion se piolonj^'e, nniîmenle. I.a nuit vient eouviir «elle seène. I^s |M)r(e«* (le la in-j'lecliire sont forcj'es. la loiile, liirieiise, enxaliit les appartements, chenliant partout hî Ominiissaire extraordinaire, et ne se retire «pie sur l'assuranee r('Ml('Mée de M. (llievallier et du maire de la ville (ju'il s'est éloiijn^' de Bordeaux. Ku ellet , j)()ur éviter un luailieui-, un crime peut-être, M. Latrade avait eru devoir en référer au (louvernemeul cl se rendre dans le dcparleuïent de la Dordoime, où sa mission l'appelait éjzalemenl.
Ainsi, c(''dant à une impulsion irréfléchie, à des craintes cliiméri(pies, à une paui(|ue, sans connaître les faits, sans attendre ni proclamation ni explication, des hommes (pii estiment Tordre plus que la lii>erté avaient lancé la population contre le représentant du pouvoir; ils avaient donné le contagieux exemple de la révolte et de la violence, plaçant le Gouvernement provisoire dans cette alternative de se faire accuser d'oj)pression s'il sévissait, do faiblesse et d'impuissance s'il fermait les yeux.
La contre-partie ne se fit pas attendre. Une foule nombreuse, réunie par les clubs répu])licains, se rendit à la i)réfecture, en cortège, portant des drapeaux, opposant le contraste du silence au tumulte, pourprotes-
m (iOUVERNEMENT PROVISOIHE.
ter contre une manifestation anarcliiqne et contre totile tendance rétroi^rade ou fédéraliste.
A Paris, l'opinion pul)liqiie fut douloureusement affectée. La presse réactionnaire se contenta de citer les faits, sans les approuver. Le Gouvernement provisoire envoya sur-le-champ M. (élément Thomas pour dresser une enquête sévère, faire respecter l'autorité centrale, et concilier le devoir de la répression avec les besoins de l'union indispensable à la fondation de la République. M. Clément Thomas sut dignement et heureusement remplir cette mission difticile et délicate.
M. Latrade, repoussé de Bordeaux, était attendu par PérigLieux avec une vive impatience. Pour régir le département de la Dordogne, le ministre avait adjoint à M. Dusollior, ex-député de la gauche, deux nouveaux commissaires, MM. Numa Dufraisse et Dulac. De là, division, séparation, protestation du conseil municipal et de la garde nationale, qui ne veulent pas les reconnaître; préparatifs des républicains prononcés, qui veulent procéder de force à leur installation ! Lutte imminente!
La présence du Counnissaire extraordinaire fit suspendre les hostilités. Des dépiitations furent envoyées à Paris pour ])résenter les réclamations des deux partis. M. Lati'ade lui-même vint rendre compte de ce qu'il avait vu. Pour mettre un terme au conilit, et d'un commun accord entre les parties, trois autres commissaires,
cil Ai'iTiu- Cl SOI' II: Mr. 5?"
MM. (;iia\{)i\, l.;»iiiiir(|ii(' lils cl .M(nil;ii.i:n , furent chiiigj's do preiuliv la dircclioii du dcpurleint'iil ; et le calint' se jt'IaMil.