‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 5)Chapitre 21 sur 49 · IV · texte numérisé non relu

IV

Ainsi, dans le département de l'Ain, il y eut quel- (jues émotions populaires, causées par des conflits de pouvoir.

Dans le Tarn, à Alby, M. d'Aragon, jeune député du pays , qui pendant les journées de Février avait montré un courage chevaleresque, était venu prendre la direction de la préfecture. Adoré du riche comme du pauvre, son patriotisme sincère, ses rares qualités, son cœur généreux, son âme ardente au bien , son dévouement sans limites, son libéralisme éclairé, lui avaient conquis les suffrages de tous les partis. Il remplissait dignement la fonction qu'il avait acceptée, lorsque, pour prévenir une collision qui eût affaibli l'autorité, il se retira devant M. Joly, nommé à Toulouse Commissaire général de plusieurs départements circonvoisins. Cette conduite loyale fut justement appréciée par ses concitoyens , qui l'élurent, à la presque unanimité, représentante l'Assemblée constituante.

Gomme M. d'Aragon , quelques autres Commissaires des premiers jours se retirèrent sans bruit et sans éclat. Dans le plus grand nombre des départements, les Commissaires extraordinaires eurent le bon esprit de limiter leur mission à une simple inspection ; dès qu'ils avaient la certitude que leur concours était ou devenait inutile, ils s'éloignaient sans persister dans des pouvoirs qui n'avaient en définitive d'autre but que la fondation et la consolidation de la République.

(II.MMTKi: CINUl IKMi:. Jî7

In iJiulif bit'ii aiilremonl liililc (|ui' la imillijilicili'' (les (!()iiiiniï-saiie> lit iiailu- a Ik'.-aïu-on ilo hoiihles Ijeaiicouj) plus j;raM's.

Sur une simple tleniaiule d'annes , une discussion s'élève entre le maire, M. Con\ers, ancien député, et le eonnnissaire du GouNernenient , .M. (]. Faivre. Quelques mots d'une proclamation >eml)lenl un hlàme indirect adressé au maire; le ron.-oil municipal j)rend lait et cause pour lui. Le clul) plialanstérien et une traction du peuple font une démonstration en faveur du (Commissaire, (pii révoque le conseil municipal et lui substitue une commission administrative [)rovisoire. Le maire et le conseil protestent et se placent dans les ranij;s de la garde nationale rassemblée, (pii, au nombre de deux mille hommes . débouche par trois rues devant la préfecture et l'entoure. I/escadron d'artillerie eid'once les portes et désarme les (juatre hommes de faction. L'ne déjjutaliou pémlre de vive force dans les salons. Le général Baraguex d'Hilliers, commandant la division militaire, intervient. Apres de longs débats, M. Faivre et M. Tisserandot, Conniiissaire extraordinaire, annulent l'arréh' préfectoral. Mais les exigences vont plus loin : « >L Faivre doit se retirer de la ville et céder ses pouvoirs à 'SI. Tisserandot. » Au lieu de s'éloigner, M. Faivre court à la citadelle. Repoussé par le général , qui craint une collision entre les troupes et la garde nationale, il (|uitte Besançon. Il est suivi, le

Icndeiiiain, [)ar M. ïisscrandot, qui va à Dijon en conférer avec M. James Demontry, Commissaire général de la Côte-d'Or, du Doubs et de la Haute-Saône. Le 7 avril , M. James Demontry va prendre la direction de la préfecture , nomme nn conseil politique composé de sept citoyens, fait une enquête sur les événements, maintient la dissolution du conseil municipal, destitue le maire , le colonel et le lieutenant-colonel de la garde nationale, institue une commission administrative, et, d'une main ferme et vigoureuse, rend à l'autorité son prestige et sa puissance.

A Beauvais, M. Barillon, ancien député, avait été révoqué de ses fonctions de Commissaire du département de rOise. En quelques jours on avait appris que sa mission avait été confiée tour à tour à MM. Desormes et Jacquin, puis à MM. Desormes et Martigny-Desroches, entin et définitivement à MM. Ch. Place, Dairins , Jouvente et Raoul Legout. Ces tâtonnements avaient mécontenté la population, lorsque, le 10, des destitutions de maires et de juges de paix, l'ajournement de l'élection du colonel de la garde nationale et la suspension du président du tribunal civil, soulevèrent un orage. La population envahit la préfecture, et le commandant du poste de la garde nationale refusa obéissance. Heureusement le tumulte s'évanouit devanî un sage esprit de conciliation. L'autorité personnelle de M. Place lui respectée; et, pour consolider le calme

«Il MM I lu: ( iNui ii.Mi-:. 5iy

rovonn , ^I\I. Juiisnilr «l l.ciroiil (loiiiRMviit liiir (!(•iiiisi^ion (le sDUs-commissiiires,

L'oraiie s'»'tnit fa«ilemeii( dissip»'. Mais ,i Troyos, Icî soulùvemonl rontn» Irs Coinmissairos rtil (h-s conscqiUMU'cs (li'plorahics, \|.M. I.ahossc, (>icîvat cl IJuiiicr avaionl Hé nommes (iommissairos de l'Aube dès les premiers jours. Trois semaines après, M. LetVhNH', notaire, dabonl désii^ne j)ar le ministre , criil devoir accepter la place de .M. I.ahosse. .M. Liunier re|)r('senlait dans le conseil préfectoral les républicains modérés , .M.M, (iii'Nat et Lefevbre une nuance plus j)rononcée. Ces derniers, repoussés par la bouri;eoisie, trouvaient un chaleureux appui auprès des ouvriers. De la une irritation perpétuelle et des divisions. M. Lignier , ne voulant pas supporter jjIus longlem[)S la responsabilité^ d'une lutte toujours prête à éclater, se rendit à Paris près du ministre de l'intérieur. A peine s'était-il éloi- };né, que le uiallieur pr('vu et redouté vint tondre si u' la ville.

Le dimanche ".) a\ril, la suspension des élections aux ^Mades de colonel et de lieutenant-colonel de la garde nationale en fut l'occasion ou le prétexte. D'abord une certaine aeitation. On parlemente, on convient que ces élections auiont lieu le jour même, à deux heures, mais que le scrutin restera ouvert pendant (juaranteliuit heures. Tout à coup le bruit se répand que les ouvriers veulent s'emparer des canons de la carde nalio-

nale. La garde nationale crie aux armes. Les tambours battent la générale. La garde nationale charge la foule. Les ouvriers lancent des pierres. Les Commissaires veulent intervenir. Soins, efforts inutiles! La lutte est engagée. De part et d'autre quelques blessés. M. Crevât , frappé à la tête, est reconduit par la garde nationale plutôt comme un prisonnier que comme le Commissaire du Gouvernement. Enfin l'intervention de quelques citoyens influents parvient à ramener le calme. A huit heures du soir, tout semble rentré dans l'ordre et le silence.

Le lendemain , le calme se maintient jusqu'à trois heures ; mais les rumeurs les plus étranges circulent dans les campagnes environnantes. Le tocsin sonne dans tous les villages. Les paysans saisissent toutes les armes qui tombent sous leurs mains : fusils, sabres, faux, fourches, et ils accourent pour défendre la ville, attaquée, dit-on, par les brigands. Les ouvriers se .précipitent vainement pour arrêter ce flot qui les déborde. Une collision s'engage. Les ouvriers sont dispersés et laissent plusieurs blessés. La préfecture est entourée par la garde nationale et par les habitants des campagnes, qui continuent à descendre dans la ville. M. Crevât donne sa démission. Le lendemain matin , M. Lignier revient de Paris muni de pleins pouvoirs, tandis que M. Lefebvre se rend auprès du ministre de l'intérieur pour faire le récit des événements douloureux de ces deux journées.

MM. Etienne Arago et Portalis reçurent du Gouvernement provisoire mission d'aller à Troyes sans retard. A leur arrivée, l'ordre était rétabli. M. Lignier avait

cil \PiTin- ciNnrirMK. mi

ét<^ accueilli pnr iiuo sym|)nllii(' t^ciKTale. Sous son iiiniKMKc, les (nivricrs cf la ijanle nalionalo avaient IVateniisc. .M. K. Arajj;() n'iiiiit le conseil niimicipal, recul les nombreuses (lépiitations venues de toutes parts pour luiiléclarer (pie, dans cette rixe clcpiorahic, il u'y avait des deux côtés (pie des citoyens innocents de toute malveillance contre in llcpulilifpic et contre le Gcmvernemenf provisoire. M. K. Arac^o , convaincu par ces |)roteslations et par ces rei^rets, annonça dans une proclamation que, « n'ayant reconnu dans les faits aucun senliment hostile à la H(''pul)li({ue ni au caractère oHiciel de ses inandalaires, il croyait de son devoir de r(''int(''L?;rer d'ahord dans leurs fonctions .MM. Crevât et Kefelivre, comme n'ayant jamais cessé de les remplir >k Puis il laissa à M. Lignier seul les pouvoirs de commissaire.

.M. Etienne Arap;o avait dit le mot vrai : nulle part les populations n'avaient eu l'intention de porter atteinte au caractère oUiciel des mandataires du Gouvernement. C'était contre les personnes seules, auxquelles on reprochait des exagérations de principes ou de conduite, c'était contre des prétentions supposées de dictature non autorisée que l'on se soulevait. Nulle part l'obéissance aux Commissaires du Gouvernement, maintenus ou survenants, ne fut un instant contestée. Nulle part d'autres cris que ceux de Vive la Répuhlifiup! ne furent proférés. C'était toujours au Gouvernement provisoire que l'on faisait appel.

Nous n'entendons pas justifier des actes que nous avons déjà blâmés comme exemples funestes d'anarchie; nous les expliquons.

Par ces nouvelles mesures, le ministre de l'intérieur était bien loin d'obtenir les résultats qu'il désirait. Il donnait une satisfaction apparente à ses partisans, à ses amis; mais son but réel était éloigné. Que voulaitil? fonder la République sur des bases inébranlables, développer les principes révolutionnaires dans l'intérêt du peuple et de la prospérité future de la France. Eh bien, ses modifications, ses choix nouveaux produisaient le même effet, la même sensation que les expressions dictatoriales de sa circulaire. Plus le ministre manifestait l'intention de contraindre, plus l'opinion publique se froissait. Plus il avançait dans cette voie, plus la réaction se prononçait.

La suite de cette histoire démontrera celte vérité jusqu'à l'évidence; et les élections, faites en sens inverse de la pression exercée, en seront la preuve irréfutable.

L'erreur du ministre et des républicains qui pensaient comme lui provenait d'une illusion : après l'abolition de la peine de mort, au milieu des libertés de la presse et du droit de réunion, ils croyaient possible

CllAPITHr ('.INonCMK. 133

(l'imposer la HcNolutiim. Ils iw s'aporcevaiont point (jiit» vouloir tout à la fois la jucssiou cl le respect de toutes les liliertt's, c'était touihcr dans la coutnidiction (lu hut et (l«'s luovens.

Que la dictature s'établisse; (|U('. \uu- ;idresseou par ruse, elle parvienne à concentrer toutes les forces jiiatcrielles dans ses mains; (pi'ellc dresse l'échafaud; (pi'elle fusille sur la place puhliipie: (pie ses airents empriscmnent; (pi'ils déportent dans les pays lointains où la lièvre et la nostali^ie déciment les exilés; (jue, dans les villes, dans les campairnes, les oppo>ants soient tra(piés et massacrés! le dictateur joue son rôle. I^ liberté est morte; la terreur rèi;ne; les suiVraires sont imposés; les listes électorales servent aux listes de proscription; ce n'est plus la souveraineté du peuple, ce n'en est iju'un simulacre sani;lant.

.Mais (pie des citoyens (pii ont fjiit une révolution au nom du droit de réunion; qui ont rayé la mort de leurs lois politiques; qui existent le complet atlranchissement de la presse par l'abolition du cautionnement et par le retrait des lois sur le timbre; qui appellent les populations aux discussions des clubs; qui applaudissent à toutes les idées c;randes et généreuses; qui veulent le su(Trap;e universel, en affirmant qu'il n'est vrai qu'autant qu'il est loyalement a()pliqué et garanti par la faculté de parler, d'écrire, d'allicher, d'examiner, de choisir; (jui nient l'existence de la souveraineté du peuple là où la force contraint ; qui demandent l'éloignement de l'armée le jour où la volonté du pays se manifeste; qui se glorifient de fonder une républi(pic avec des prisons vides; (pii exaltent la

maxime qu'il n'y a pas de droit contre le droit; qui protestent qu'en face de la tyrannie l'insurrection est le plus sacré des devoirs; que ces citoyens aspirent à la dictature et s'imaginent gouverner par la terreur sans terreur! il y a là renversement de logique.

A chaque chose sa raison d'être. Celle de la République, c'est la liberté; sa tendance, l'égalité; son but, la fraternité. Ce ne peut donc être l'oppression, la proscription, le massacre, la mort!

Quelques commissaires se laissèrent aller dans cette fausse voie. Ils se créèrent des obstacles continuels, des difficultés insurmontables. Ils voulurent prendre des mesures compressives, et ils n'aboutirent qu'à l'impuissance. Certains même compromirent l'autorité par des paroles fâcheuses et des démarches inopportunes, que les adversaires de la République retournèrent comme des armes contre tous les Commissaires, se refusant à reconnaître la grandeur et la dignité du plus grand nombre, qui suivait une ligne de conduite entièrement opposée.

C'est ainsi que les fautes de huit ou dix hommes peut-être rejaillirent sur tous. C'est ainsi que purent se propager les accusations et les calomnies contre des citoyens qui avaient donné des preuves de dévouement, d'activité, de sagesse, de prudence, d'intelligence, qui avaient mérité l'éloge de tous les partis. Mais les partis savent-ils rendre justice à leurs adversaires?

CIIAlTini: CIN\H1I.MI.. SI")

Et r(iinl»ion cette mission (''tail ini:r.itc et dilliclh;! A aiiciiuc ('|)oqn<' Ar notre histoire, la Ibnclion de f/oiiverneiir ou de |)i( l'cl dans les pnivinees ne fui ;mssi lourde, aussi dangereuse, et no fiil eouronnce d'autant de succès. I^aissons parler les résultais et non les préventions.

Les (Commissaires avaient à surmonter les mêmes périls que le Gouvernement provisoire, à satisfaire les mêmes besoins, à soulager les mômes soullVances, à calmer les mêmes soulèvements, à Oj)érer la même conciliation. Le commerce aux al)ois ne pouvait payer ses échéances; la Bantiue ne pouvait restituer ses dépôts; le crédit était mort; l'industrie fermait ses ateliers; le numéraire manquait; les ouvriers, sans tra- \ail, allâmes, parcouraient les villes et les campaj^mes, (juêlanl des salaires et du pain, il fallait tenir tête à tout. Les ordres du Gouvernement central reçus, il fallait les faire accepter et exécuter; répondre à tous les ministres; ori^aniser les Comptoirs d'escompte; créer les Magasins généraux; consolider les bancpies; trouver du numéraire; constituer des ateliers nationaux; inventer des travaux utiles; concilier les patrons et les ouvriers; faire respecter les propriétés de l'État; recruter l'armée; dresser les listes électorales; correspondre avec tous les maires et tous les fonctionnaires du département; en changer quelques-uns; veiller à la rentrée des impôts; protéger les octrois

attaqués et les bureaux des contributions indirectes menacés; s'entendre avec les généraux pour les besoins des soldats, avec la magistrature pour le maintien de la justice; arrêter les vagabonds; comprimer les émeutes; apaiser les irritations; calmer les esprits; administrer en lin.

Que de peines, de soins, d'efforts! Combien de jours sans repos et de nuits passées dans les veilles! Que d'alertes! de préoccupations! de soucis! Et chaque jour la mission devenait plus pénible. Les élections allaient susciter les concurrences, les partis, les passions extrêmes. Les rivalités commençaient à fomenter les haines; les intrigues se croisaient; les ambitions s'agitaient. Jetés au milieu de cette mêlée, les Commissaires avaient à faire face de tous les côtés. Tolérants, on les accusait de faiblesse; énergiques, de violence. S'ils conciliaient, on leur reprochait leurs transactions; s'ils résistaient, leur exclusivisme. Les uns les dénonçaient à l'indignation républicaine des clubs; les autres les traitaient de partisans et de fauteurs de la démagogie.

En telle occurrence, parmi tant d'événements si compliqués et de passions si heurtées , dans ce chaos des misères, dans ce dédale des idées et des choses, peut-on s'étonner que des hommes, des hommes eniin! se soient laissé entraîner à des actes bizarres, à des mesures étranges, à quelques fautes, lorsqu'ils étaient

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cnloiirés, exclue en Ions sens par dfs ciloyons de tous les partis, (|iii. (Mi\-iiu''nu's, prcscnlaicnt (!('> milliers lie projets pins sinj^nliers, plus raiila^(pu'> les nns (jue les antres?

Des cunnnereanls réclaniaienl-ils, coiunie à Paris, la snspen>i»)n uém'rale des payements! nii (lommissaire sollicite, j)ressé , croyant satisfaire a une nécessité, s'imaiiinant mettre un terme à la crise on la prolonp-ant, décrétait rajonrnemeut des échéances à un mois, à deuv mois, a trois mois. Des iKunpiiers venaient-ils se plaindre tpie li-s dépôts versés depuis longues années étaient réclamés tous >inniltanémeut , cl (pi'ils ne pouvaient y satisl'aire immédiatement! un Commissaire décrétait le non-remboursement provisoire des dépots. Sur les instances des débiteurs, un autre Conmiissaire ordonnait aux huissiers de suspendre les poursuites. Celui-ci , sur les prières des bantpies locales , permettait l'émission de leurs billets au delà du chilTre (i\é par le riouvornement et faisait descendre les coupures jusqu'à il'i francs. (]elui-la , cédant aux sollicitations d'une ville, se croyait autorisé à clianp:er i)rovisoircment un chef-lieu d'arrondissement. Ailleurs, un travail complet sur les percepteurs était publié sans en avoir référé au ministre des finances. Ouelcjucs mai;istrats, serviteurs connus de la monarchie, étaient suspendus sans l'assentiment du j^arde des sceaux. Dans un département de l'Ouest, la durée du service militaire était réduite. Kniin, par suite de résistance à des ordres donnés, un Commissaire suspendait des curés et un évêque.

Ces fails étaient peu nombreux, isolés; mais la

238 GOUVERNEMENT l'UOVISOIRE.

presse hostile s'en emparait avec avidité pour en faire ressortir l'étrangeté et les abus.

Un des actes qui surexcitèrent les attaques fut une mesure de M. Emmanuel Arago, prise dans un intérêt de salut public. Pour satisfaire aux dépenses nécessitées par la détresse des ouvriers, il décréta un impôt départemental d'un franc additionnel, atfranchissant les cotes au-dessous de ^00 francs et créant un jury de taxation chargé de déclarer la part contributive de chaque capitaliste. Il pensait que, ce secours lui permettant de traverser une crise aussi terrible, les contribuables n'auraient qu'à s'applaudir d'un sacrifice indispensable. Le Gouvernement provisoire régularisa cette mesure, en autorisant le département du Rhône à s'imposer une contribution extraordinaire de 55 centimes, en sus des 45 centimes réclamés à la France par décret antérieur.

Cependant les Commissaires avaient été maintes fois prévenus par des instructions, par des lettres, qui avaient suivi et expliqué la circulaire du 1 % mars pour en tempérer les effets.

Le ministre de la guerre transmettait (17 mars) aux généraux de division et de brigade un avis sur la nécessité de maintenir l'unité du commandement, et sur le danger d'éparpiller les troupes. — Le Moniteur du 1 6 mars contenait cette note : « Les ministres de la justice et de l'intérieur ont décidé qu'aucune suspension ne sera prononcée à l'avenir, contre la magistrature assise.

par U'S comniissairos des ilrpartcnuMits; ils devront s'adresser d'ahord au iiiiiii>lr»' de riiitericur , (jui en référera au inini>tri' de la justice. » Pour riiîidari>*'r les faits acconi|)lis, le (iouvernenieiil , sur l;i luoposilion du ministre de la justice, approuva 'li mars les suspensions pro\ isoires. — Le mini>lre de l'intérieur écrivait !(i marsi aux Conunissaiies : « Vous ne devez user des jjouvoirs illimité> (pu- le (iouvernemcnt vous a conliés cpi'avee une extrême réserve. Los mesures intéressant l'administration des linanccs le réclament |)ardesbus tout, il impoite, pour éNiter de ixirler atteinte aux rèiïl(>s et aux necessitc'S |)rali(jues (jui pouiraient comj)roniettre le service |)ul)lie , de ne prendre aucune mesure tinancière sans vous en être j)réalaljlen)ent concerté avec les aû;cnls supérieurs dos finances, et, dans le cas de désaccord avec eux, d'en référer immédiatement au ministre des finances. »

Nonobstant ces prescriptions, la crise ayant provoqué de nouveau (juolques mesures exceptionnelles dans les départements, le ministre des finances présenta ('21 mars) au Conseil un rapport sur l'uniti' du système administratif, financier et commercial de la France. Le Conseil annula toutes les mesures prises par les Commissaires et prescrivit l'assentiment préalable du pouvoir central.

La presse donna son adhésion à ces ordres et à ce décret : ils mettaient un terme à ces abus d'autorité qui suscitaient plus de plaintes que de mal réel.

Le Constitutionnel, l Union, r Assemblée nationale, la Presse, etc., relevaienî avec soin chaque faute et persistaient à poursuivre ceux qu'ils appelaient les proconsuls de M. Ledru-Rollin : « La France accepte le Gouvernement provisoire, mais elle ne veut pas se soumettre à une dictature éparpillée. Ils frappent des coups d'autorité, vivent d'arbitraire, bouleversent des cités qui n'aspirent qu'au repos , troublent l'ordre qu'ils sont chargés de rétablir, prolongent la crise , prennent des arrêtés contradictoires, renouvellent les états provinciaux en multipliant les lois pour chaque département. Il faut mettre fin à ces excès, à ces débordements. L'indignation la plus vive se répand contre les choix déplorables et les actes révoltants des commissaires envoyés de Paris. On ne veut plus d'agents sans moralité, sans expérience, sans considération. On ne veut plus d'un despotisme sans gloire, ni d'une terreur sans nécessité '. »

De ces attaques virulentes naissaient les irritations, les divisions , les haines, les troubles dont nous avons fait le récit.

^ Journal la Presse.

CIIAIMTHi: SIXII.MI-:

I.Vrti) : |»i'iil<; M. l'iihni.iiiiiol Arnjjo à la l'.roiv- Housse; éiiinitr «les (iiivi'ii'r- ; i'(iiitii--iii;iiiirivi(;itioii ili- I.vini : ropcntir i-t soniiiis^iiui ili'> <>iivrirr.4, — Scrmv'4 nimiT lr< rravailli-ins riiaiijjcrs : à l,\oii, M.iisoillf, !«• Havif, Valeru-icnni'à, Tourcoiiij;, la (>raiiili!i)iiilic, ('.lii^v, ('.hàrraii-TliiiTrv, Pari'<; rrriMir vi injiislirt; ilc ci'iic agitation; pm- Iciitntioii-; (le.-; (;onv<Tncini'iit.-i rlranjjfrs : Angleterre, Suisse; l'aristul'ralie aii{;lai'ie liaiiiiit les soieries françaises; l' Atriirr ra|i|)elle les ouvriers à la raison: l.i Coinniissiiin du i.ii\eniii<tiir|; 1rs lilànie é|;ale- «lenc ; le (!i>iivei nenieiil iniivisuji-e leur adresse nne priielainalion. — Mesures ilii (Jou\ crnenient contre l'envaliissement des étrau[jers f|ni Veulent priililer des Ateliers nationauv. — KIxalialiun des étranfjers résidant à Paris, anv nouvelles des insurrections de lein's patries; leurs réelanintions près du Gouveriienieni provisoire; leurs plaintes; leurs appels au\ clnhs, à la presse; le Cuiiscil lein- accorde un premier i-rédit ; les Polonais préparent une pression siii- le (îonveiiu,-nient provisoire, s'il ne leur accorde pas tnie intervc-nlion déclarée; le Conseil ron.seiit à mi secours d'aij;(>nt et refirse dc^ armes; paroles justes et vraies de M. Flocon; roiloqutr de M, Laniartiiie et d'une? dépntalion polonaise au ministère des affaires éfran(;ères; les i'olonais à l'Ilôtel de ville; leurs demandes; réponse de M. Lamartine; entliousiasnie ; décisions du ('>onvr>riiemcnt provisoire; sa poliiii|iie vraie et lialiile. — Formation d'une lé;;ion allemande; elle (piille Paris; alarmes en Alleina[;ne; plaintes; note du (Jouvernement provisoire; n<)tir l't proclamation de la Iép,ion. — Instances des démocrates lielpes résidant à l'aris pour olitr-nir l'intervention fi-aiiçaise en faveur d Une république Iieljje; ils s'orjjaniseni en léjjion ; piddicile de leUis projets, i\i- lems préjiaratifs ; .MM. Ledru - ISoiiin , (laussidièr<', Mail ist; |)arf»Ies de M. Lcdni-ilulliii à M. (iaiissidièie et aux Français (iiii doivent aceompajjner la colonne Ik-Ijji'; précautions Ar M. I)eleseliize; une partie de la première colonne rétrograde; ceux (lui arrivent en liel^jique sont repatries dans leur i-ésidence; (piel(juesuns sont arrêtés; douxièiiu; colonne; arrivée à Sécliii; mesures du (aimmissairc et du {;énéral Né(;ricr; attiilintioii d'armes et de nuinilions faussée; rapport et avis du général >.éj;iier au ministre de la {|uerix' et à M. Lamartine; déjiéclie j)récl.se du ministre; réponse de M. T.,amartiiie : !<• ( >ou\ crnement est «)pposé ;\ une iiiierveiition armée; (M'dres conformes du {lénéral A'éjjrier; indécision de ^1. I)ele.s- IV. -10

242 COUVERNEMENT PROVISOIRE.

okize; il iI(!iu:iii(1l' une (('pou-in forinolle au luiiiistrc de l'iiitcrieui'; (|ui|)ro(|u<) (le l'employé du téléjjiaplic ; M. Delcscluze laisse faire; les ]îel.;;is (ju)lt(Mit SéclÎTi et pénètrent sur le territoire ])elj;e; affaire de Risquons- lout ; souièveuicut de rojiinion puMirpie l)el{;e contre la Franccî; h- ministre des affaires étianjjères ramène le calme; loyanlé du (TOuv(M-irenu:'nt provisoire. — -JMnotion de l.i Savoie à la Révolution de Février; ses désirs dauiK'xinn à la l'rance; ses manifestations; députation à lliôtel de \ille; réponse de jM. Lamartine; réunion des Savoisiens de Lyon; ils deutandent des armes; M. Em. Arajço refuse et leur démoniii; 1 ini)|)porluniLé de leur tentative; ils j)ersistent et partent |)our aller proclamer la RépuLlicpie dans leur jiatrie; rumeurs et craintes a Cliambéry; fuite; des autorités sardes; marche d<\s Savoisiens; entrée pacifique à Cliambéry; mesures violentes; réacti(jn et cidèrc des liaijitauls; bataille; défaite des v(dontaires; réinstallatioii des autorités saides ; {[énérosité des vainqueurs; le {jouvernement sarde s'émeut de cette expédition; il s'adresse au Gouvernement Irançais ; explications et entente ; amnistie complète ; cette tentative a affaibli les sympathies de la Savoie pour la France. — Inquiétudes et attente des {jouvin-nements étranjjers : Anjjleterre : réponse du Gouvernement provisoire à la députation irlandaise; politique loyale; Italie : offre de l'épée de la France contre l'Autiiche ; refus de Charles-Albert et de Mazzini; la République n'en continue pas moins ses préparatifs d'intervention au premier appel de l'Italie; Russie : mot du czar; Ion belliqueux du journal et du langa^je officiels. — Conseil du 29 mars : (;xposé présenté par le ministre des affaires étrauj^ères ; il conclut au maintien de la politique exlérii'ure ; les mendjies de la Commission de défense sont introduits; M. Lamartine demande l'augmentation de l'armée; difficulté d'y satisfaire; décisions.— Mesures de guerre. — ^ Armée des Alpes; choix des généraux. — Conduite du GouvernemeTit provisoire envers l'armée ; actes d'insubordination ; proclamations; punitions; mises à la retraite d'officiers généraux. — Le général Sid)ervie passe du ministère de la guerre à la Chancellej-ie d'honneur; sa succession est offerte au général Cavaignac; refus; l'intérim est confié à M. François Arago; M. Charras, sous-secrétaire d'Etat.

Si, dans les quelques villes où surgirent des troubles, il n'y eut que des émotions passagères qui disparurent avec leurs causes, à Lyon le feu couvait et l'incendie était près d'éclater. Aussi M. Arago, membre du Gou-

CliAl'lTIli: SIXlKMi;. iM3

vpniomeiit provisoire, voviinl son lils Kiiimamul en l)iitti' aux priils (rime >itiialioii |)r('sijiio (Icscspc'rt'O et aux indignes oulraiîcs d'ime iiolrmiquo sans résoiAc, icclaniail sans cesse son rernplaccnicnl, cl ne (('tlail (pi'à rei;rel et par dévoiienient aux iuslanc es de ses collciiues.

l'anl (pie les caisses de la \ille purent roiirnii l'aruenl nécessaire à la paye des Ateliers nalioiiaiix, à la dis- Iribnlion des secours, au soulat!;en»ent de la misère, le lioniiuissaire , le maire et les coniilôs divers triomphèrent des obstacles. Mais, dès (pie les ressources lurent épuis('«es, une eonllaiîration terrible et sanglante parut inévitable. H laut lire les dépêches adressées, à toute heure, par courriers ordinaires et extraordinaires, par tel ('graphe, au ministre de l'intérieur, au ministre des finances et au Gouvernement provisoire, pour se taire une idée de cette épouvantable crise. C'étaient des accents de douleur, des cris de détresse poussés par des hommes de cœur, qui voulaient épargner les horreurs de la guerre civile à une ville dont la population perdait dans les souffrances le peu de raison (pii lui restait.

Le ministre des finances, persuadé (pi'il fallait raviver le tra\ail j)ar le crédit, s'empressa d'envoyer cin([ cent mille francs pour la création d'un comptoir d'escompte. Mais ce n'était pas le crédit (pii mancpiait, c'était l'argent ! Aussi le Commissaire et les membres des comités se crurent ils autorisés par l'intérêt public à faire un virement de fonds. C'était contraire aux n'glenients, salutaire à la ville! La n'-gularisation se fit plus tard.

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