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Le 15 mars, les ouvriers avaient a!)anclonné une |3arlie des forts (qu'ils reprirent le 19\ sans cesser de conserver à la Croix-Rousse les canons des Bernardines, qui, dirigés sur la ville, tenaient les habitants dans la perplexité et dans l'irritation. Vingt fois des négociations avaient été entamées et rompues. Commerçants, propriétaires, bourgeois, exailés par cetle menace continuellement suspendue sur eux, parlaient de donner l'assaut. Les généraux proposaient d'enlever la position à la baïonnette. M. Emmanuel Arago tenta une nouvelle démarche de conciliation.
Il prévint de sa visite M. Chaney, maire de la Croix- Rousse, afin qu'il convoquât le conseil communal, les commandants des postes et les ouvriers les plus influents, et il se rendit au lieu convenu (25 mars), accompagné seulement de M. Emile Laforest, frère du maire, l'un de ces hommes rares par leur courage, leur méiitc et leur patriotisme. Après quatre heures de discussions animées, il avait obtenu que la remise des forts se ferait le dimanche suivant, au milieu d'une grande fête populaire, où la troupe, les ouvriers et la garde nationale fraterniseraient , lorsqu'en se retirant il se troin e entouré d'une foule incandescente et séparé des personnes qui le reconduisaient. Les grilles se ferment, les têtes s'exaltent, les fusils sont dirigés sur lui. M. Em. Arago fait face au péril. Il impose le silence. Ses paroles pénètrent les esprits, portent la conviction.
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Les moinluis (le \,\ réunion miin icnnent ol ,nlu>\<'iit l'œuMv. Los polies s'oiivrenl. -- Il ne reste an\ oiivrirrs (luc 4o rcfjrel de s'i^tre laissé entraîner ;i nue scène de violence rontre nn lioninn^ (ju'ils lionorrnl.
Héparafitin était due an\ représentanis de l'autorité. Les habitants de L\nn protestèrent par une coiilic-nianifestation. La irarde naln)nalo et les troupes se réunil'iil Ij 111 ileliie dura trois heures. Vers la lin on \it accourir les ouvriers de la (Iroix-lionsse . (pii \enaicnt témoigner leur repenlii' cl taire leur soumission, se |»i()nietlant dr ne plus j)rèler l'oreille ;iii\ finiv liniil^ répandus à dessein par les passions ennenjies.
SiM" cet océan de tempêtes, les |)rol(>lations de la veille étaient emportées par l'orage (\\\ lendemain. La scène du 2.*) mars était encore palpitante dans lésâmes, (pinnd, les 20, 27 ef 28, se mirent à eirnder dans la \ille des Landes de Iravailleiirs, (pii se présentaient partout où l'on emj)loyait des étrangers, et (pii, d'un Ion impérieux et menaçant, exigeaient leur cx[)ulsion. L'autorité lit un appel à la concorde avec les autres peuples, et réprima ces nouveaux troubles.
Ces manifestations hostiles aux travailleurs étrangers se produisaient presque partout.
Marseille, qui ouvre ses foyers protecteurs aux né-
gocianls de toutes les nations, reçoit dans son port, dans ses usines , des matelots et des ouvriers de tons pays. Les ouvriers de la ville, voyant se raréfier le travail, c'est-à-dire le pain de leur famille, s'agitèrent pour obtenir par la force l'éloignement d'une concurrence qui réduisait leur part. Le commissaire du Gouvernement, M. Emile OUivier, jeune homme d'avenir et de talent, et le maire, M. Barthélémy, qui remplissait sa diflicile fonction avec courage et intelligence, unirent leurs efl'orts pour pacifier ces émeutes du travail en lutte avec la faim.
Au Havre, des collisions fâcheuses obligèrent les ouvriers anglais à s'éloigner.
A Valenciennes, dans les mines et dans les usines de l'arrondissement, les travailleurs français se soulevèrent pour obtenir le renvoi des Belges. — A Tourcoing, il fallut le renfort de deux cents hommes de la ligne pour aider la garde nationale à réprimer les désordres.
Aux mines de la Grandcombe, les Piémontais furent traqués et pourchassés à travers les montagnes par deux mille ouvriers mineurs.
A Chisy, près de Château-Thierry, deux cents ouvriers, armés de pioches et de bâtons, forcèrent les Belges et les Piémontais à quitter les chantiers du chemin de fer. Partout mêmes causes, mêmes luttes, mêmes scènes déplorables !
A Paris, le 2 avril, une démonstration affligeante parcourt les rues et les boulevards. Des colonnes de citoyens font entendre ces cris farouches : « A bas les Savoyards î qu'on chasse les étrangers ! » Des affiches convoquent le peuple sur la place de la Bourse. Les
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si.miatairos, poiieurs de dnipcaiix, excitent ces haines et |)r()VO(iuent aux lioslililés. Le |)cii|)lo siiit cliniller l)ien vite ces tentatives; il disperse les atîilatems.
Plus préoccupi's {\o leur existence i\uo des lois de lYcnnoniie p(ilili<pic, les Duvrieis IVançais ne Noyaient que leurs soull'rances, auirinentées par la concurrence du lra\ail, sans penser fjue la consommation cl la production rendent tous les lijd)itanls de la terre tributaires les uns des autres, et elahlissent inie véritable conunuuaule d'intérêts, une solidarité réelle eiUre toutes les nations. Ils ne calculaient i)as (pi'iiii nombre ésjal de Français étaient occupés dan;^ les |)ays étrangers, et que, si par réciprocité ces pays voulaient les exclure, ces Français rapporteraient une concurrence phjs redoutable encore.
Déjà il était (piestion de justes représailles. LaGrande- Bielagnc s'indii^nait de l'oiitrai^e fait à ses fils, et l'aml)assadeur protestait. La reine et l'aristocratie avaient résolu, pour faire justice de ces violences exclusives, de bannir de la mode les soieries françaises. — Une députalion suisse vint réclamer l'intervention du Gouvernement provisoire contre ces actes funestes aux bonnes relations des deux peuples.
Des ouvriers se chargèrent de rappeler les ouvriers à la raison et de s'élever contre ces proscriptions in-
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sensées. Les rédacteurs de l'Atelier adressèrent à leurs camarades ces exhortations remplies de sagesse et de dignité : « Certes, nous soutirons, autantquc (uiiconque, du manque de travail et du trop grand nombre de bras; mais mieux vaut soud'rir encoie quelque temps que de compromettre notre j^ello Révolution par des expulsions qui font mentir notre devise. Il l'aut (jue ces ignobles sentiments soient refoulés. — Quoi ! tandis qu'un gi'and nombre d'ouvriers s'imposent des privations atîn d'olTrir au Gouvernement le prix d'une ou de plusieurs journées de travail, d'autres ouvriers viendront faire tache au tal)leau , les uns par de sauvages demandes d'expulsion , les autres par des exigences non moins brutales, non moins compromettantes!... Qui ne sait pas attendre et ^outTrir dans les circonstances si graves où nous sommes n'est pas digne du titre de répu-
blicain »
La Commission du Luxembourg s'émut également; elle cliai'gea M. Louis Blanc de transmettre ses sentiments au (Conseil. Le Gouvernement provisoire publia cette proclamation.
AU NOM DU PEUPLi- f'RANÇAIS.
(c Sur la proposition de la Commission de gouvernement pour les travailleurs :
>; Considérant que le principe inauguré par la Uépubli([ue triomphante est le principe de la fraternité;
» Que nous venons de combattre, de vaincre au nom et pour le compte de l'humanité tout entière;
» Que ce seul titre d'homme a ({uelque chose d'in-
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violulile ol ir;iiiL:ii>tt\ qiu; ne .<inir;iit rlViim- la (lillcrciice des pallies;
» Que c'est ilailleurs l'oriiiiiialili' ij;lorioiiso i\v la France, son i2;tM)ic, son dovoir, de lairo hcnir par tous les peuples ses \ictoires, cl , (piniHl il le faut, ses douleurs mêmes;
» (ionsideranl (pie, si elle noiinil en ce moment heaucouj) d'etraniieis, un nond)re l)ien plus i;iand encore de ualionaux \i\('nl de leur travail en An.u;lcterre, en Allema.Lïne, en Suisse, en AMK-ritpie, sous les cieux les plus éloiiiués;
» Que provocpier des représailles en repoussant loin de nous nos frères des autres pays serait une calamité en même temps (pi'un déshonneur;
» Le Gouvernement provisoire place sous la sauvegarde des travailleurs lianeais les travailleurs étrangers (pi'emploie la France, et il conlie riionneur de la Répul)li(pie hospitalière à la générosité du peuple. »
Tout en invocpiant la générosité du peuple et les vrais principes (|ui relient les nations entre elles, pour faire respecter les ouvriers étrangers venus en France avant les journées de Février, le Gouvernement provisoire prenait d'équitables mesures pour empêcher leur nombre d'augmenter indéiiniment.
Les contrées voisines avaient soulferl de la disette des années 1840 et 1847; la crise financière et industrielle laissait, en Belgique, en Hollande, en Allemagne,
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une population affamée, erraute, implorer vainement un travail qui fuyait de ses mains. Dès que le bruit se répandit qu'en France des ateliers nationaux étaient ouverts, des masses se disposèrent à s'y rendre.
Autorisé par le ministre de l'intérieur, le préfet de police dut prendre des dispositions spéciales, afin de réserver aux nationaux les salaires et les travaux créés en vue des circonstances : il défendit l'entrée du territoire aux bandes de gens sans aveu, dont la présence eut été une charge pour les communes et un sujet d'inquiétude pour les populations. Il dut aussi favoriser le départ des ouvriers que l'amour national rappelait dans leurs patries.
L'écroulement de la vieille société, le renouvellement de la face des États, les élèvements des peuples, l'ébranlement des trônes, le retentissement des cris de liberté et d'émancipation d'une extrémité de l'Europe à l'autre, ces résultats imprévus, inespérés, de la Révolution de Février, réagissaient au foyer même d'où ils s'étaient élancés sur le monde.
Apportées par chaque courrier, les nouvelles des insurrections de Milan, de Berlin, de Vienne, des Fllats d'Italie et d'Allemagne , exaltaient les étrangers résidant à Paris, Allemands, Polonais, Hongrois, Italiens, Belges, qui se glorifiaient d'avoir pris une part plus ou moins active aux journées de Février. Chaque cri d'indépendance leur paraissait un appel; chaque lutte, un reproche à leur inaction ; chaque goutte de sang versé
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pour la coïKiuôtt' «le Inirs droits; iino acciisaliou coiilre l(Mir coiiraiïe; «Iwkjiu» triorn|ilio, un tort l'ail à Jour iïloire. Ils so S(Mitainil liris(is de roirrch, dévores do désirs, bn'll«''s dainoiir pour la jtalrie ahsenlo! Los exilés surtout, uohios victiinos de tenla(i\es niallieunMisos, (|ui avaient donne fortune, repos, bonheur, à l'alVrancliisseinent de leur pays, se désespéraient de ne point partager lesellbrts couronnés de succès et les périls (pii restaient à courir.
Aussi voyait-on cette foule d'étrani^ers , |)opulalioii de 15 ù '20 000 personnes, circuler (mi tous lieux, paititiper à toutes les manifestations , entrer dans toutes les réunions, se mêler à tous les incidents de la Hévolution. Ils comFiuini<piaienl partout le feu (pii les end)rasait; ils poussaient, sans le vouloir et sans le savoir, leur fiévreuse activité juscpi'à la turbulence et leurs passions juscju'à la révolte.
Chaque nalionalitf» avait son club : (ilub démocrafi(]ue allemand. Ileunion des ouvriers allemands, Association italienne, Association générale des Belges. Les Polonais se groupaient sous diverses api»ellations. Les Irlandais, les Grecs, les Moldaves, les Savoisiens. etc., avaient leurs sociétés.
Tous étaient accourus à l'Hôtel de \ ille pour adresser au peuple français des témoignages de sympathie, en des termes dont la grandeur des circonstances justifiait l'exaltation. « Salut à toi! » disaient les Allemands. « Peuple français! h toi notre reconnaissance!... Sous ton souille puissant, l'étincelle de la liberté est devenue une Hamme dont la clarté et la chaleur pénétreront jusque dans la chaumière la plus reculée. La voix du peu-
pie a parlé aux peuples ; et les peuples saluent avec joie l'avenir que tu leur as dévoilé... Les idées de la nouvelle République française sont à la fois les idées de toutes les nations; et le peuple fiançais a la gloire immortelle de leur avoir donné par sa révolution la sanction du fait... Oui, parlout en Europe, les idées démocratiques s'éveillent; partout des millions d'hommes sont prêts à vivre, à mourir pour elles... »
A ce langage on peut juger de leurs convictions.
Après le tribut d'enthousiasme venaient les réclamations d'intervention. Invoquant les principes de la fraternité et de la solidarité des peuples, ils exigeaient du Gouvernement provisoire des armes et de l'argent pour faciliter leur rentrée dans la patrie. Ils s'organisaient en bataillons, en légions, choisissaient leurs capitaines, et poursuivaient de leurs instances incessantes les membres du Conseil, à l'Hôtel de ville, aux ministères des affaires étrangères et de l'intérieur, à la préfecture de police. Dans leur impatience, ils imploraient, accusaient, menaçaient. Pour arracher du Gouvernement ce qu'ils voulaient, ils allaient exhaler leurs plaintes dans les clubs les plus prononcés. M. Bornstedt, délégué des Allemands , demandait à la société des Droits de l'homme aide et assistance, puisque le Gouvernement provisoire les repoussait : « Le tocsin de 1848 a réveillé toute l'Allemagne. La France ne peut laisser égorger des peuples qui se sont levés à sa puissante voix. Et cependant la réponse obtenue se résume en cette maxime égoïste : Chacun chez soi, chacun pour soi! » Cherchant ainsi à soulever le club, le délégué obtenait d'un orateur cet assentiment menaçant : « Il
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serait du (Ie\oir des vriiis rt'pidjiicaiiis do lorcor la niaiii <ni fîoiiverncnuMit. »
Ils faisaioiit airulicM" sur jos murs et publier dans la presse des adresses hrùlaultfs : des Polouais a»i\ Allemands, des Allemands au\ Polonais, aux Suisses, aux Beliics, Ole., aux eliefs de la i^arde nationale, aux présidents des eUd)s, aux journalistes.
Pans le Conseil du 21 mars, le Gouverncmenl provisoire délibéra loni;uenient sur ces réclamations et sur la poliliiiue à suivre. A l'unanimilé il \ola un premier crédit de 60 000 francs à parlaj^'er, comme étapes de roule jus(|u'à Strasbourg;, entre ceux (jui \ oudraient retourner dans leur patrie; mais les armes seraient refusées. M. Flocon, (jui connaissait personnellement les chbfs les i)lus intluents, offrit de leur transmettre cette résolution et de leur distribuer les secours accordés.
Le lendemain, le ministre de Tinlérienr prévint le Conseil que les Polonais, nialpré roj)position de leur Association démocratique, préparaient une pression sur le Gouvernement. La nouvelle de l'insurrection de la Polo2;ne entière et le faux bruit d'une bataille dans Varsovie poussaient leur exaltation jusqu'au délire. Les
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secours ne leur suffisaient plus : ils exigeaient une intervention déclarée.
Dès le 2 mars, sur leur demande, avait été décrétée la création d'une légion polonaise placée sous les ordres du ministère. Les Polonais, divisés en cinq on six fractions, n'avaient pu s'entendre; et les cadres de cette légion n'avaient pu se remplir. Le Gouvernement n'en avait pas moins fait preuve d'une profonde sympathie. Devait-il aller plus loin et déclarer la guerre à l'Allemagne et à la Russie ? Telle était la question posée par le fait dans le Conseil du 25 mars, où furent admis M. Yavin, membre de tous les comités qui avaient étudié les intérêts de la Pologne, et le général Dwernicki, un des plus illustres officiers de cette nation.
Dans toutes les capitales de l'Allemagne , le peuple avait brisé ses chaînes et reconquis ses droits. Imposer notre intervention à cette Allemagne révolutionnée à notre exemple, c'était lui faire supposer de notre part des projets de conquêtes, la soulever contre nous,, et opérer une diversion favorable aux rois et aux princes par l'anéantissement de notre influence morale. Cette politique eût été insensée. La seule chose praticable, en attendant le jour où les nations nous appelleraient à leur aide, était un secours d'argent : le Gouvernement le concéda avec empressement; f Allemagne, sympathique alors à la Pologne, fournirait les armes. Le Conseil fut unanime.
Cependant on parla de la manifestation projetée. On se plaignit vivement de ce que les Polonais s'apprêtaient à répondre ainsi aux bienfaits et à l'hospitalité de la France. M. Flocon ajouta : « Nous recevrons toujours
CHAIMIIII .^IXH Ml. J.'iJi
avec satisfaction les (l(''|)iilations des clrniifîers; mais nous n'iumniis \ni> leurs déruonslratious sur les places |)iil>lit|U('s, piint' (|u elles nous Iroublenl. »
Pi'isoniic |)lii> (|ii(' M. llocoii ni' désirait rcniuncipation des peuples et lii re>urrcclion de la i'olui;ne. Il leur t'Mt donné son santj. Mais il parlai! m lionmie d'I'ilat; il sentait (pic le iioiurmeinent (pii se laisse entraîner à une intervention inlcnipestiv»; j)ar une pression étrangère n'est plus diiçue de diriiçer les destinées d'une içrahde nation. Et c'était là ce que voulaient tenter les Polonais I
Le même jour, à son retour du Conseil, M. Lamartine trouva dans les salons de son ministère une nombreuse dé[)ulalion de-^ divers comités polonais réunis j»our cette solennelle démarche. Nous empiuntons à Uimartine le récit de cette entrevue:
« Les Polonais se rangèrent en deux groupes en face du ministre, dans le cabinet des allaires étrangères. Un de leurs orateurs parla un langage convenable, quoique tro{) impérieux, pour une colonie d'étrangers. Lamartine allait répondre avec les égards dus à l'expatriation et au mallieur, (piand des cris partis de l'autre groupe protestèrent contre la modération du jjremier.
» Un autre orateur, sortant avec des gesticulations frénéticpics du cercle des mécontents, apostropha insolemment le ministre et la nation dans sa personne. Il fit un discours séditieux dans lequel il finit par annoncer à Lamartine (jue les Polonais étaient plus maîtres
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que lui dans Paris; qu'ils compteraient avec le Gouvernement lui-même; qu'ils avaient quarante mille hommes des Ateliers nationaux enrôlés pour se joindre à eux le lendemain et pour marcher ensemble sur l'Hôtel de ville; et que si le Gouvernement ne leur cédait pas, ils étaient assez forts pour le renverser et le changer.
» A ces mots, à ces menaces, à ces insultes à la liberté du Gouvernement et à la dignité de la nation, Lamartine irrité accepta le défi et Unit par leur dire que, si la France laissait renverser son Gouvernement par une poignée d'étrangers qui lui feraient la loi chez elle , c'est que la France serait descendue au-dessous des nations sans patrie.
» La querelle s'animait, les paroles étaient vives, les visages ardents ; le premier groupe essaya de faire entendre raison au second sans pouvoir y parvenir. A la fin, les hommes sages de la nation qui se trouvaient là en majorité s'interposèrent, calmèrent l'orateur factieux, et finirent par lui arracher des excuses. On s'ajourna au lendemain à l'Hôtel de ville. Le ministre en les congédiant leur dit que si leur députation dégénérait en manifestation, et s'ils amenaient à leur suite un seul Français, il ne les traiterait plus en hôtes, mais en perturbateurs de la France. »
Le lendemain, les Polonais se présentèrent à THôtel de ville en colonnes nombreuses, mais dans une attitude calme et convenable. M. Gode])ski , au nom de la dé-
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puUUioii, riMiiorcia la Franco di' l'Iiospitalit»' acrordôe à N'iir iiifortiiiie; il t'Xprima l'cspuir (juc !»• (louNiTiieiiiL'Ht siiurait concilier les exigences du benliniirit national avec les dillicultcs de la |)osilion : « I/licurc de la Polo.i:nc l'Iail ^onncc; les exiles des aient concourir a son all'raiuliisseinent ; ils demandaient (ju'on les aidai à accomplir leur desoir do soldats. >
Ixiinartine répondit au nom du (iuu\ernement provisoire : (f Depuis vos derniers désastres, ilepuis
(pie l'épée a elVacé de la carte des nations ces dernières protestations de votre existence cnnnno vestige et comme i:erinc d'une nation, la Poloi^nc n'a pas été seulement un reproche, elle a été un remords vi\aii( debout au milieu de l'Europe. La France ne vous doil pas seulement des vœux et des larmes, elle vous doit un appui nioia! et éventuel en retour de ce sang polonais (pie vous avez versé pendant nos grandes guerres sur tous les champs de bataille de riLuro[)C. 'Applaudissements.)
» La France vous rendra ce qu'elle vous doit , soyezen sûrs, et rapportez-vous-en au co'ur de trente-six millions de Français. Seulement, laissez à la France ce (pii lui appartient exclusivement : l'heure, le moment , la forme dont la Providence déterminera le choix et la convenance pour vous rendre, sans agression et sans ell'usion de sang humain, la place cpii vous est duc au soleil et dans le catalogue des peuples.
» Les nations germani(jues travaillent on ce
moment à modilier d'elles-mêmes leur système intérieur de confédération, et à créer l'unité et le droit des peuple.^ (pii ont une place à leur revendiquer clans son sein.