‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 5)Chapitre 23 sur 49 · IV · texte numérisé non relu

IV

I! faudrait être insensé ou traître à la liberté du monde pour les troubler dans ce travail par des démonstrations de guerre, et pour changer en hostilités, en susceptibilité ou en haine la tendance libératrice qui les pousse de cœur vers nous et vers vous!

» Et quel moment nous demandez-vous de choisir pour ce contre-sens du droit de la politique et de la liberté? Est-ce que le traité de Pilnitz se trame par hasard contre nous? Est-ce que la coalition des souverains absolus se noue et s'arme sur nos frontières et sur les vôtres? Non, vous le voyez; chaque courrier nous apporte une acclamation victorieuse des peuples qui se scellent dans notre principe et qui fortifient notre cause précisément parce que nous avons déclaré que ce principe était le respect du droit, des volontés, des formes des gouvernements, du territoire de tous les peuples. Les résultats extérieurs de la politique du Gouvernement provisoire sont-ils donc si mauvais, qu'il faille le contraindre violemment à en changer et à nous présenter sur les frontières de nos voisins la baïonnette à la main, au lieu de la liberté et de la paix à la main?

» Non , cette politique à la fois ferme et pacifique réussit trop bien à la République pour qu'elle veuille la changer avant l'heure où les puissances la changeront elles-mêmes. Regardez la Belgique! regardez la Suisse! regardez l'itahe! regardez l'Allemagne méridionale tout entière ! regardez Vienne î regardez Berlin ! Que vous faut-il de plus? Les possesseurs eux-mêmes de vos territoires vous ouvrent la route vers votre patrie , et vous appellent à en reconstituer pacifiquement les premières assises. Ne soyez injustes ni envers Dieu , ni

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envers la |{(''|)ul)li(|uo, ni oiivors nous. Les naliniis syiiipatliiques de r.\ll»Miiai.'in', Ir roi de l'riisso ouMiml les portes de ses tiladelles à vos inaiJyrs, à vos exilés, Cracovie alTrancliie, le i^rand-diicJK' de Pom'h redevenu polonais, voilà les armes (jue nous vous avons données en un mois de politicjue!

» Ne nous en demandez pas d'autres.

» Trente jours ont déjà donné à la cause de la démocratie IVançai^e plus de terrain (jue I rente halaiiies langées, et ne troublez, ni par les armes ni j)ar une ai^ilalionqui retoudx'rail sur no(ro eause eonuuune, I d'UNrtque la Providence accomplit sans aulres arnu\s (pie les idées, pour la r(''t;énéralion des peuples et poui la fraternité du i;enre humain. » (Craro/ Vici' la lli-publiqitc /)

Un Polonais s'approche et dit : « Nous partirons! et nous partirons sans armes! » Un autre prend les mains de .M. Lamartine et lui demande i)ardon de (pieUjues expressions un peu vives écliapj)écs la veille à l'impatience de son patriotisme. M. de Lamartine lui serre cordialement la main et lui répond : « Xe parlons ])lus de ce mot, le patriotisme porte sa justification avec lui. Je ne m'en souviens plus, et la France ne sesou\ieut que de son amour pour la Pologne! »

Le Moniteur achève ainsi ce récit : « La députât ion se retire aux cris de Vive la République ! Une vive animation règne sur la place de l'Hôtel-de-Ville; et la colonne se remet en marche aux acclamations du peuple. ))

La journée s'était heureusement passée sans troubles. \.v< Polonais avaient compris que servir (]o pré-

texte à une émeute, créer des obstacles aux élus du peu})le, susciter des déchirements intérieurs à la République, c'était un véritai)le suicide.

Dans le Conseil du 27, le Gouvernement décida qu'il serait remis d'avance aux Polonais, à titre de secours, un trimestre de leur subvention, environ \ 50 000 francs, qu'ils se rendraient en Allemagne par groupes détachés, que la nation française prendrait à sa charge les femmes et les enfants restés en France , et leur assurerait aide et protection.

L'histoire va maintenant nous apprendre combien le Gouvernement provisoire, résistant ainsi à ses propres désirs, eut raison de ne concéder aux étrangers (jui voulaient se repatrier que les moyens de retour et non des armes. On verra qu'une politique contraire eût produit les conséquences les plus opposées à ses vues, en arrêtant le mouvement de l'Allemagne et de la Pologne vers la régénération , et en suscitant une réaction défavorable à l'influence morale de la République française.

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