CHAPITRE DEUXIEME
(lonséqiicncos fatales des joiiriiéos dos 16 et 17 mars. — Protostaliona et i^étitions contre rajoiirncineiit des élections de l'AssemMée nationale : le t'inquièine arrondisseiiient de Paris, les ouvriers, l'Atelier^ le Nati(»i(il, lu lû-foriiic , le Peuple consiltuaitl. — Les Commissaires dn (îoiiverneiiient si;;nalent l(\s daiifjers de cet ajonnieninnt. — Piénnioii du Conseil : M. Ledrn-Rollin coMuniiniijue la coirespondanciî des Commissaires; il |)rend parti contre rajonrneini.'nt ; mais le teiniis lait déFant; les élections sont remises au 23 avril et la réimion tie l'Assemblée constituante au 4 mai. — Proclamation an peuple fraur çais. — Facilité pour le Gouvernement provisoire de prolon^jer la dictature; movens. — Impressions produites par la prorojjation des élections : conservateurs, lex Débats, V AxxemJilée uutionnle , le Conslitutioiinel, f Union , l'Univerx lelif/ietix ; républicains; socialistes. — ■ Danj'crs et épieuves à sidîir. — Les fauteurs du 17 mars concentrent li'uis jn-ojcts et leurs forces. — Réunion des clubs : formation d'un clidj des clidîs et d'un comité central des clubs j programme; appel à tous les clubs; but public; but secret; menées à Paris et dans b's déparlemcnts. — La Conuuune de Paris, centre d'action : ses Imreaux, ses rapports avec la préfecture de police; sa {;arde; ses armes. — Les ouviiers déléjjués du Luxembourg : le succès du 17 mars les enivre; leurs prétentions; leur plan; leur proclamation; leur règlement ; leurs instructions électorales; leur miion avec le Club des cltibs et la préfecture de police. — Garde nationale mobile : sa composition primitive; son épuration; soins de son commandant, le général Duvivier; esprit révolutionnaire; lutte du général; formation du club de la garde nationale mobile; ses discussions; ses raj)ports avec le Club des clubs. — Société des Droits de l'/iomme : son but est le combat; son règlement; ses préparatifs; ses relations avec la préfecture de police; son socialisme;. — M. Cabet : surexcitation de son amour-propre et de ses prétentions; violence du Populaire. — ÎM. llaspail : le Club des Amis du peuple; liostilifé contre le Gouvernement provisoire'. — ■ Société républici'iiie centrale : sa cmislllul ion isolée; ses séances; ses jîrincipes; M. P)laur|ui , président : son caractère; ses vues et ses complots; révélations di; la Revue rétrospective. — Résiuné des forcer révolutionnaires extrêmes. — Péril du Gouvernement provisoire.
Les journées des 1 6 et 17 mars devaient exercer sur les destinées de la République une influence dont on
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verra les clTcls sr dcvoloppcr sans cesso vt doimrr aii\ «^vt'-nomonts nue phvsionoinic houvoIIp. Los rloflioiis, h presse, les jiarfis, les cliihs, les oiiMiors, la bnuri:(»nisie, riiidiislrie, le commerce, la Hoiirse, la Hainpic, les (léparlcments, le Goiivernemenf , ru <nl)in)til dos iilleinles profondes el fatales.
Les élections, loin d'ôlre faifos sons l'inspirnlion c(.nciliatriee et ropnhlicairio des |ironiior< j(>iir<, dcNini- (Iront nn sujet de sôparalioii. de discoïdes cl i\(' lntlos. I.a polcmi(jiio des journaux, adoucie par la irrandeur et lY'clat de la r(''Volntion, aura des accents plus ardents : les écrivains proirressistes se lanceront dans une \(»i(» phis exclusive: les r<''dacteiirs des anciennes feuilles monarcliistes s'enp;ap;eront , à mots couverts, dans la réaction. Les clubs, les chefs socialistes, surtout (eux qui ont rè\ (' un renversement , nourrissant , malgré leur insuccès, l'espoir d'une tentative plus heureuse, fomenteront des journées qui répondent mieux à leurs desseins. Forts de leur nombre et de leur puissance, croyant (pi'ils n'ont (pi'à d(''pIoyer au vent leurs bannières et *à marcher cent cinfiuante mille sur l'Hôtel de ville pour devenir les maîtres de la France, les ouvriers, par une pente bien naturelle au ca^ir humain, exaii;éreront ce qui leur est rlù, élèveront leurs prétentions et leurs exiizcnces au delà du possible, réclameront de plus forts salaires et moins de travail , prolonijjenmt les c;rèves et se soulèveront au moindre souille. La bour- £:eoisie,alî;iiblie par une démonstration futile et avortée, indécise, cherchera sa place pour équilibrer les aristocraties de naissance et de fortune et la démocratie du travail et de la [)auvreté. L'ordre se troublant de plus
en plus, l'agitation révolutionnaire s'étendant, l'industrie, inquiète et soullVante malgré les secours du gouvernement, restera inactive devant l'inactivité de la demande. Le commerce sera réduit à la stagnation dans des boutiques et des magasins déserts. La Bourse n'offrira aux capitaux que des réalisations ruineuses. La Banque sera assiégée de demandes de remboursements. Les départements, recevant le contre-coup de Paris, s'interrogeront anxieusement sur des faits qu'ils interpréteront sans les connaître; et ils se tiendront sur la réserve et la défiance. Le Gouvernement enfin, placé entre les journées passées et les journées futures, verra ses efforts s'amortir, les divisions apparaître, les obstacles s'accroître, ses mesures financières comprimées dans leur essor.
Voilà l'horizon que les démonstrations des 16 et 17 mars faisaient entrevoir aux hommes les plus sensés et les plus calmes, au milieu des bouillonnements des idées et du choc des événements.
Tout d'abord l'opinion publique réagit contre cette réclamation d'ajournement des élections de l'Assemblée nationale. Les protestations, les pétitions contraires affluèrent de toute la France. Le maintien du jour fixé (9 avril) fut vivement sollicité. De nombreux ouvriers, qui avaient assisté à la manifestation, venaient désavouer ceux qui, sans leur autorisation, avaient parlé pour eux.
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« Km ajournant les ('loclions », disaiiMit les uns, » on invcslirail le (jouverneinenl provisoire d'inu' iliclaUire (ju'il repousse «le toute l'éncrfjjio de son patriotisme, et (jue ne justifient pas les eirconstanees. On |)araitrait se délier de la France. On aurait l'air de dire a rKuro|)e <jue la révolulion d(^ lévrier, au lieu d'èln- l'cxplosioii de rindi^natiou lej^itiuie du pt-upie, n'a élc (|iruii«' surprise. Ce sérail «•aioinnicr el ahai^x-r la licpuhliijMe. Ce serait aussi alarmer les départements, à (pii j'ou donnerait le droit do. croire (pie diuv ccul mille lionunes. tçrâee à la position de Paris, veulent retenir pour eux seuls le ij;ouvernement.
» Après la révolulion, rori,'anisalion. La Ucpiihliipie doit être constituée pour le dedans et le dehors. Politique, finances, crédit, lra\ail, tout est ébranlé el demande à reprendre promptemeni une nouvelle el ferme assiette. L'Assemblée nationale peut seule représenter, pour cette œuvre immense, ce qui existe en France d'expérience el de \ii,'ucur. Kilo seule peut créer un monde nouveau.
» Le provisoire, quand il se prolonge, même aux mains d'Iionnnos inlelliiients et de cœur, est inévitablement le désordre. Que le peuple y prenne garde! le j)rovisoire ne lait ni ses aiïaires ni celles du Gou\ernemenl, car il mène droit à l'anarchie, et de l'anarchie au despotisme.
)) La France compte avec anxiété les jours qui la séparent des élections. Chacun a hatc d'arriver au port; et, (|uand nous y touchons, il y aurait crime ou lolie à nous lancer une fois encore vers la région des tempêtes. »
60 GOUVERNEMKNT PROVISOIRE.
Le Gouvernement provisoire recevait des adresses semblables à celle-ci : a Les citoyens du l'f arrondissement... vous demandent le maintien des élections au 9 avril..., au nom de la République, au nom du travail ])opulaire, de l'industrie et du commerce. — La France s'est sentie républicaine le jour où, par la proclamation de la République, il n'y a eu pour la France, hors la République, que l'anarchie et la guerre civile. Ne laissez pas, par le maintien du provisoire, naître l'incertitude dans les esprits, le découragement dans les coeurs, et l'espoir chez les partisans du passé. Nous avons toute confiance dans votre patriotisme, dans votre sagesse. Vous ne voudrez pas retarder, nous en sommes convaincus, ratîermissement de la Républifjuc et la création définitive des institutions démocratiques que le peuple attend avec impatience de l'Assemblée nationale. »
Les ouvriers qui se groupaient autour du journal V Atelier répondaient à une demande d'adhésion (jue lui avait adressée le club présidé par Ï\L Blanqui : (( Considérant qu'au lendemain d'une révolution et sous l'influence des sentiments républicains ardents et vivaces, on a tout à espérer des choix inspirés par de tels sentiments et beaucoup à craindre des intrigues qu'un retard ferait naître, la Société républicaine et patriotique de r Atelier repousse, à l'unanimité, l'ajournement indéfini des élections. »
Le National tenait le même langage. La Réforme, qui avant le 17 mars eût pu éclairer ses amis, se rangeait un peu tardivement à celte opinion. Le Peuple constituant, fondé par Lamennais, émettait les mêmes