‹ Histoire de la Révolution de 1848 (volume 5)Chapitre 8 sur 49 · IV · texte numérisé non relu

IV

Le i 0 mars, on lit dans le même journal : « Dans les dix jours de son installation, le Gouvernement provisoire aura, sans consulter le pays, créé une constitution nouvelle, définitive; préparé une guerre presque certaine; ruiné nos colonies; englouti presque toute la fortune mobilière et immobilière de l'Etat. — En compromettant la richesse publique, il attaque la fortune privée. Par le seul fait des décrets, il frappe d'une dépréciation de moitié tous les biens qu'il veut vendre. Par une mesure impolitique, sur laquelle il sera forcé de revenir, il viole l'économie du travailleur, en lui imposant des conditions contraires à la volonté de son dépôt. »

C'est ainsi que cette feuille ameutait les intérêts, suscitait les haines, et faisait peser sur le Gouvernement provisoire le mal, les souffrances, les dangers que ce Gouvernement s'épuisait à conjurer.

Sous ces inlluences et dans divers quartiers s'étaient organisés ou s'organisaient : le club républicain, rue Madame, les clubs de la Butte-des-iMoulins, chapelle de l'Assomption , le club démocratique de la Porte Montmartre, le club de Flnstitut oratoire, rue Duphot, etc., etc. Entraînés par l'apparence et ignorant le but des chefs, des citoyens de bonne foi augmentaient le nombre des affiliés. Là aussi, dans les discours, dans les scènes, abondent l'étrange , le pittoresque, le dramatique, le faux et l'injuste. Ce sont les exagérations des clubs communistes. — Les mêmes passions , les mêmes mobiles, ne doivent-ils pas frapper du même aveuglement et conduire aux mêmes fautes ?

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Au-ilcssuiis, plu» impalients ou plus lundis, inailreb« ou aiîenis, dc^i nu'nours circiiluionl dans les j^roiipes, sur les boulevards, sur les (juais, suj- les places publiques, devaul le Palais-Uoyal. Tantôt ils excitaient les ouvriers contre un pouvoir qui ne distribuait pas de quoi vivre à ceux qui avaient faim , tantôt ils semaient des désirs insatiables. Toujours ils souillaient la discorde, enllammanl les niasses, distillant le poison, et mettant en i)ralique la niaehiavélique tradition : (pi'il Tant pousser le peuple à tous les excès, le jeter dans tous les troubles, le lancer dans l'anarcliie la plus hideuse, pour faire sortir des ruines d'une société expirante un pouvoir absolu. Tuer la liberté par la liberté était leur but inipie. Trop souvent leurs manœuvres réussissaient. Quelquefois elles étaient découvertes; alors les liaros de la foule forçaient ces émissaires à la fuite, et les poursuivaient. Mais, tout en fuyant, ils laissaient une rumeur, une inquiétude, qui servaient encore leurs projets.

Ces agitateurs, il est vrai, étaient blâmés par les hommes honorables de leur parti, qui subordonnaient leurs propres affections à Tordre et à la loyauté des moyens; ils étaient désavoués par certains journaux de leur opinion, qui déclaraient nuisibles à leur cause des tentatives aussi indignes, et qui les reniaient avec chaleur , mais les actes et les eilets n'en persistaient pas moins.

On voyait aussi apparaître peu à peu dans les clubs quelques rares partisans du bonapartisme. En petit nombre, mais actifs, adroits, dévoués, ils se glissaient de préférence dans les réunions d'ouvriers.

Les désastres de 1814 et de 1 815, l'invasion étrangère , la France réduite aux plus étroites limites de l'ancienne monarchie, le territoire ouvert de tous les côtés, les citadelles démantelées, le Trésor grevé d'un milliard pour frais de guerre; tous ces revers, dernier mot d'une ambition sans bornes, étaient devenus, par une de ces erreurs qui s'insinuent souvent dans la tradition des peuples, la cause même de la popularité du nom de Napoléon. Dénoûraent de nos malheurs, la Restauration en faisait porter le fardeau aux Bourbons. On les accusait des fautes qu'ils n'avaient pas commises. [Is subissaient la responsabilité de la situation, parce qu'ils en avaient hérité. — C'est ainsi qu'on reprochait à la République et au Gouvernement provisoire une crise qui n'était que le fait de la monarchie , et un impôt qui n'était prélevé que pour payer honorablement les dettes antérieures.

L'esprit public ainsi dévoyé, le nom de Napoléon a'avait conservé qu'un éclat de patriotisme et de gloire. Il vibrait surtout au cœur des vieux soldats retirés dans leurs foyers, qui partout le répandaient et le faisaient retentir au milieu de récits légendaires. Son exil, sa captivité, sa mort sur un rocher, poétisés par la chute

ciiAFMTHK th(»ish:mi;. ltJ<

et a'h'brôs pur B«'rani;or; sa statue ivplacée sur la colonno Vondùmc par un roi peu prévoyant; ses restes trioruplialt'iiHMil nipportj's vu Franco par un fils de I.onis-IMiiiippL', cl déposés an\ Inxaliiies; les conspirations, et jus(pi'aM\ Itiitatises de Slrashourjj; et de lioiiloirne, as aient sans cesse entreteini l'iniaizinalion du peuple, la liante aristocratie, la hourj^coisic éclairée, les ouvriers intelligents et instruits, savaient l)ien faire la distinction entre le u;énéral et reni|)ereur, entre le héros des clianips de bataille et le des[)Ote couronne; ils ne pardonnaieni ii ratnl>ilieu\ ni la perte de la liberté, ni les revers de la patrie, ni ranK)indris>enienl des frontières, ni le sanjj; inutilement versé, ni l'or livré aux courtisans et aux. étranges entrei)rises. Mais les paysans et les ouvriers ignorants ne se rappelaient que la gloire (ju'ils avaient illustrée et payée; les membres mutilés de leurs pères ne leur retraçaient cpie con(piètes et prouesses; leur naïveté ne voyait dans les défaites qu'une conununauté d'infortunes, et dans l'homme (pii avait attiré l'ennemi , (jne le dernier défenseur du sol natal.

Celte fibre toute vivace était facile à toucher.

Dans les premiers jours qui suivirent la révolution de Février, les membres de la famille Bonaparte, que l'on a vus accourir à l'Hôtel de ville et offrir leurs services au Gouvernement provisoire , ne demandaient qu'un terme à leur exil et leurs droits de citoyens. Ils

se montraient pleins de reconnaissance et de dévouement j)Our la République, qui leur ouvrait les portes de la France. Ils n'aspiraient qu'à prendre une place modeste. Mais peu à peu ils cherchaient à renouer la chaîne du passé avec les hommes politiques du régime déchu .

De Londres, où il n'avait cessé d'agir, Napoléon- Louis Bonaparte ravivait ses anciennes relations. Il appelait les hommes qui, depuis longues années, avaient attaché leur fortune à la sienne; et ils travaillaient ensemble vers le but si longtemps désiré. A la fin de mars, il n'y avait encore aucun plan nettement arrêté. Seulement, ses partisans s'employaient à recruter des prosélytes dans tous les rangs de la nation et dans les opinions les plus diverses. Caressant les passions des masses et se prêtant aux nouvelles idées, ils répandaient le bruit que Napoléon-Louis Bonaparte était un socialiste, et ils invoquaient et citaient un livre écrit pendant sa captivité au château de Ham, intitulé : Eœtinciion du ■paupérisme.

Dans cette œuvre, remarquable sous plus d'un rapport, on trouve un système complet de l'organisation du travail.

Après la critique de l'état fâcheux où se trouvent l'agriculture, l'industrie et le commerce intérieur et extérieur, l'auteur traite la question de Timpôt : « La

France est un des pays les plus imposés de l'Europe. Elle serait peut-être le pays le plus riche, si la fortune

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|Mililii|uc rluit repartir do la manière la plus cqiii-

lablo Si les omîmes prrloNÔos chaque ann(''e sur la

iîéuéraiilé «les iiahilanl> sonl employées à des usages iinpn)diutir>, eoiiiuie à créer des plaees ii)tililes, à élever des nioniiNients stériles, à entroleiiir an milieu d'une paix prolomie une armée plus dispendieuse i\uc celle (pii Naimpiil à Ausierlitz, l'impùl dans ce cas devienl un l'.irdeau eerasanl; il épuise le pays, il prend

sans rendre >» (Jràee à un eni])loi contraire, il de\ienl

« le vuiUt'ur r/e.v lilarrnicnts h .

'( C'est donc dans le bndi^et (piil laul trouver le jireuner point daiipui île tout système qui a pour Inil le soulai^'ement «le la classe ouvrière. Le clierclicr ailleurs est une chimère. »

Les Caisses d'épargne lui paraissent utiles, mais in-

suOL^antes : u Voidoir (>n ellel soulager la misère

des honuues (|ui n'ont pas de cpioi vivre, en leur proposant de mettre .tous les ans de côté un (juvlque chose qu'ils n'ont pas , est une dérision ou une ab.surdiléî >.

Il entre ici dans l'exposé de son système : « Qu'y a-t-il donc à faire ? Le voici. Notre loi égalitaire de la division des propriétés ruine l'agriculture, il faut remédier a cet inconvénieni |)ar une association (jui, employant tous les bras inoccupés, recrée la grande propriété et la grande culture sans aucun désavantage pour nos principes politicpies

» La classe ouvrière ne possède rien, il faut la rendre propriétaire. Elle n'a de richesse que ses bras, il faut donner à ces bras un emploi utile pour tous. Elle est comme un peuple d'Ilotes au milieu d'un peuple de

Sybariles. Il faut lui donner une place dans la société et attacher ses intérêts à ceux du sol. Enfin elle est sans organisation et sans liens, sans droits et sans avenir, il faut lui donner des droits et un avenir et la relever à ses propres yeux par l'association , l'éducation , la discipline. »

Pour l'accomplissement de ce projet, il propose de faire décréter par les Chambres que, sur les 9 millions 1 90 000 hectares de terres incultes appartenant au Gouvernement, aux communes ou à des particuliers, les 6 127 000 hectares bons à défricher « appartiennent de droit à l'association ouvrière, sauf à payer annuellement aux propriétaires actuels ce que ceux-ci en retirent aujourd'hui ». — « Ce travail serait rendu possible par la création de colonies agricoles qui, répandues sur toute la France, formeraient les bases d'une seule et vaste organisation dont tous les ouvriers pauvres seraient membres sans être personnellement propriétaires ))

L'État avancerait 300 millions payés en quatre ans. « Au bout de dix ans, le Gouvernement pourrait prélever un impôt foncier d'environ huit millions, sans compter l'augmentation naturelle des impôts indirects et de la richesse territoriale de plus d'un milliard. »

L'auteur passe ensuite à l'organisation : « Les masses sans organisation ne sont rien; disciplinées, elles sont

tout Aujourd'hui, le règne des castes est fini, on

ne peut gouverner qu'avec les masses; il faut donc les organiser pour qu'elles puissent formuler leurs volontés, et les discipliner pour qu'elles puissent être dirigées et éclairées sur leurs propres intérêts. — Gouver-

r.HAPITRK THOISIKME. lO:,

ner, ce n'est plus tloniiiHT les peuples par la force el la violence; c'est les ccuuluire vers un meilleur avenir . eu faisant appel à leur raison <| a leur cdMir. »

Pour servir de lien (M)uuuuii et iiulispensahle entre «( les masses, «pii ont besoin d être instruites et moralis<^es », et «« l'autorit»', (pii a Ix'soiu d'être contenue et même éclairée sur les intérêts du plus i,'rand nond)re » , il veut « une classe internic-diaire , jouissant de droits légalement reconnus et élue par la totalité des ouvriers. Cette classe infoniiediairc serait le corps des prud'hommes. — Nous voudrions (iirannuellement tous les travailleurs ou prolelaiies s'assemblassent dans les communes pour procéder à l'élection de leurs représentants ou prud'hommes, à raison d'un prud'homme pourdi\ ouvriers. La bonne conduite serait la seule condition d'éligibilité. Tout chef de fabri(pie ou de ferme, tout entrepreneur (juelcoiupie serait oliligé par une loi, dès (piil emploierait plus de dix ouvriers, d'avoir un prud'homme pour les diriger, et de lui donner un salaire double de celui des simples ouvriers. — (]es prud'hommes rempliraient dans la classe ouvrière le même rôle (pie les sous-oliiciers remplissent dans l'armée. Ils formeraient le premier degré de la hiérarchie

sociale La question se trouve simplifiée dans le

rapport d'un a dix; en supposant qu'il y ait vingt-cin(( millions d'hommes (jui \ ivent au jour le jour de leur travail, on aura deux millions et demi d'intermédiaires

Ils seraient divisés en deux parties. Les uns resteraient dans l'industrie privée, les autres seraient employés aux établissements agricoles »

Coloiups agricoles. — Les mesures précédentes adop-

tées, « les vingt-cinq raillions de prolétaires actuels ont des représentants, et le quart de l'étendue du domaine agricole de la France est leur propriété. Dans chaque département, et d'abord là où les terres incultes sont en plus grand nombre , s'élèvent des colonies agricoles ortrant du pain, de l'instruction, de la religion, du travail à tous ceux qui en manquent, et Dieu sait si le nombre en est grand en France ! . . . . »

« L'association étant une pour toute la France » , le bienfait de la solidarité n'est plus arrêté par cette considération : (( // îi'est point de ma commune )i ; et les familles pauvres d'un département dépourvu de colonies passent sans obstacle dans le département voisin.

Les colonies ont deux buts : nourrir les familles pauvres, et offrir un refuge momentané aux ouvriers en chômage, le tout contre travail et au profit de la communauté. — Ce travail, pour ne pas faire concurrence à l'industrie privée, ne donne que le strict nécessaire. — Sur les bénéfices de chaque établissement est prélevée une somme destinée à créer une masse à chaque ouvrier. Les prud'hommes et les maires sont les régulateurs entre les colonies et l'industrie privée. — ^ Les prud'hommes y sont aussi d'un sur dix. — Audessus d'eux, il y a des directeurs chargés d'enseigner l'agriculture, élus parles ouvriers et les prud'hommes réunis; encore au-dessus, un gouverneur par chaque colonie, nommé par les prud'hommes et les directeurs réunis. L'administration se compose du gouverneur et d'un comité formé d'un tiers de directeurs et de deux tiers de prud'hommes. — Chaque année, les comptes sont imprimés, communiqués à l'assemblée générale

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t\v> lia\aill('urs, MHiinis au kjiimiI i:tin rai ilii (Icjiailt'jjiLMil; k'> i:ou\eiiu'urs K' ^as^i(•Inl)le^l a Paris, m)Iis la présidciKu ilii ministre de J'inU-ricur, ol (liscultiil l'emploi lies beiU'Hres dans l'iulrrèt de l'assoj-ialioii. — 1^ (liscipline esl srvèn*; la Nie, salulairc mais jiide. — Loijeineiit , solde , noiirriliire , liabillenicul , soiil réi!;lés d'après le (arir de rarincf , «ar l'oriianisalion militaire est la seule (jui assure le l)ieu-èlre et rceouomie. Mais l'armée n'est qu'un»' orf/unisadon , et la classe» ouvriiTe lorme une <issnn(Uion ; l'armée a |)(tiir base une hiérarehie ijui |)iirl d'en liant: la clause ouvrière, nno liierarehii' élue.

Ordinairement les rcNcniis du sol, sans compter la pari dti li-<c , se partaj^'ent en trois, ouvriers, fermiers, propriétaire. Dans les fermes modèles, la classe ouvrière a pour elle seule ces trois produits; elle est à la fois travailleur, fermier, propriétaire, l'allé les eni|)loie à vivre modestement, à claldir les masses individuelles, à hàtir des maisons de hienfaisance, à acheter de nouvelles terres; sans ce moyen d'accroissement continuel, le système serait défectueux. Ainsi, si la loi éiialitaire divise les propriétés, l'association ouvrière reconsirnil la Jurande |)ropriété et la tjrande culture; si l'industrie attire la popidation dans les villes, les colcjnies la rappellent dans les campagnes.

« Quand il n'y aura plus assez de terre à assez

bas prix en France, l'association établira des succursales en Aliîérie, en Amérique môme; elle peut un jour envahir le mf)nde! »

Recettes et dépenses. — Après avoir établi le compte des recettes et des dépenses de l'association , soldé au

bout (le vingt-trois ans par un profit de 81 6 millions de francs, l'auteur fixe la paye des travailleurs : « Chaque ouvrier recevra la solde du soldat ' et chaque famille la solde de trois ouvriers Les prud'hommes recevront la solde de sous-ofiiciers, les directeurs recevront la solde d'ofiîciers, le gouverneur la solde de colonel. »

Il conclut par des aperçus sur l'augmentation de produits et de richesses qui sera la conséquence de son système , et il ajoute : « Le travail qui crée l'aisance et l'aisance qui consomme , voilà les véritables bases de la

prospérité d'un pays Nous ne produisons pas trop,

mais nous ne consommons pas assez I C'est une honte

pour notre civilisation de penser qu'au dix-neuvième siècle, le dixième au moins de la population est en haillons et meurt de faim en présence de millions de produits manufacturés qu'on ne peut vendre, et de millions de produits du sol qu'on ne peut consommer!

» En résumé , le système que nous proposons est la résultante de toutes les idées, de tous les vœux émis par les économistes les plus compétents depuis un demisiècle

» Tous les hommes qui se sentent animés de l'amour de leurs semblables réclament pour qu'on rende enfin justice à la classe ouvrière, qui semble déshéritée de tous les biens que procure la civilisation Notre organisation ne tend à rien moins qu'à rendre, au bout de quelques années , la classe la plus })auvre aujourd'hui , l'association la plus riche de toute la France.

» Aujourd'hui la rétribution du travail est abandonnée au hasard ou à la violence. C'est le maître qui

* 318 francs 85 centimes pai- an.

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()[)|»i mit' ou l'oinrifr (jui se icnoIIi'. l'iir notre syslcnie \e^ salaires sont tixcs comme les ( lioses humaines doivent être réglées, non par la force, mais |)ar un juste équilibre entre les l)esoin> de ceux (|ni lia\aillcnt cl les nécessités de ceux t\\ù l'ont Irasaillcr.

» Anjourd'luii loiil alllue à l*aris, le centre absorbe à lui seul toute laclivite du pays; notre système, sans nuire au ccntie, reporte la vie vers les extrémités en laisanl a^ii(|nalrc-vinp;t-six nouvelles individualités tra- \ aillant sous la haute direction du i^ouvernement dans un but continuel de pert'ectionnenuMit.

» Et que laut-il pour réaliser un semblable projet? une année de solde de l'armée

» Dans l'avanl-dernier siècle, La Fontaine émettait cette sentence, trop souvent vraie, et cependant si triste, si destructive de toute société, de tout ordre, de toute hiérarchie : Je vous le dis en bon français , notre ennemi c'est notre maître ! »

» Aujourd'hui le but de tout gouvernement habile doit être de tendre par ses ellbrtsà ce qu'on puisse dire l)ient(jt : Le trioinjjhe du christiajnsme a détruit l'esclavaye ; le triomphe de la Révolution française a détruit le servage ; le triomphe des idées démocratiques a défruit le paupérisme. »

MI

Ce système ditfère du Saint-Simonisme en ce que, dans ce dernier, la hiérarchie vient d'en haut, tandis qu'ici elle est le produit de l'élection. Il a de nombreuses analogies avec le Fouriérisme. Il est de tous

points identique avec le système de M, Louis Blanc, appliqué plus spécialement à l'agriculture. Dans le système de Napoléon-Louis Bonaparte, comme dans celui de M. Louis Blanc, on trouve l'association générale des travailleurs sous la direction du gouvernement, la solidarité des associés, l'égalité de salaire pour les ouvriers, sinon pour les chefs et les sous-chefs, l'enchaînement à la communauté, l'absorption de l'individu. C'est le même ton ; ce sont le même langage , les mêmes critiques du présent, les mêmes sentiments, les mêmes aspirations vers un autre avenir, la même foi dans une prompte réalisation.

(( C'est une grande et sainte mission, » dit Napoléon- Louis Bonaparte , « bien digne d'exciter l'ambition des hommes, que celle qui consiste à apaiser les haines, à guérir les blessures, à calmer les souffrances de l'humanité en réunissant les citoyens d'un même pays dans un intérêt commun, et en accélérant un avenir que la civilisation doit amener tôt ou tard. »

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