‹ Histoire de la révolution de 1848Chapitre 10 sur 243 · CHAPITRE PREMIER · texte numérisé non relu

CHAPITRE PREMIER

La sensation produite parce discours, qui explique en brillantes paroles la haute et généreuse politique digne d'une grande nation, fut immense. Elle obtint de l’opinion publique, comme de l’Assemblée, une approbation presque absolue, et arracha même des éloges aux personnes les moins disposées à en concéder à ce Gouvernement, qu’elles détestaient. Toute la presse, la presse hostile elle-même, ne put se défendre d’adhérer à ce qui était lumière et évidence pour tous.

« On sait, dit Le Peuple constituant, quelle attitude la France avait prise, dans la circulaire de M. Lamartine, devant les nations étrangères. Le citoyen Lamartine, dans un admirable discours religieusement écouté par l’Assemblée et presque unanimement approuvé, a montré que les événements étaient venus donner raison à cette attitude. Il a fait justice, avec une magnifique éloquence, des calomnies que l’on avait, nous ne savons dans quel dessein, répandues à ce propos contre le Gouvernement.

a L’ancien ministre des affaires étrangères a prouvé, par la lecture de lettres venues d’Italie même et écrites par les chefs les plus avancés du parti italien, que la France, loin d'avoir été appelée, avait été suppliée, au contraire, de refuser son intervention, toute intervention prématurée pouvant faire croire aux populations italiennes que la France n’agissait que dans un but de conquête et d’agrandi9sement de territoire... »

COMMISSION EXÉCUTIVE

Le Représentant du peuple : « Rendons à M. Lamartine la justice qu’il mérite ! Il s’est montré aujourd’hui non-seulement un grand orateur, mais homme d'Etat éminent. Il a prouvé qu’il savait porter dans les affaires cette grandeur de pensée, cette élévation de sentiment qui caractérisait son style; il a démontré, avec une lucidité et une bonne foi parfaites, que la conduite du Gouvernement provisoire, à l’égard de l’Italie, avait été digne et prudente tout à la fois; que nous n'étions pas intervenus, parce que les différents États de l’Italie, soulevés contre l’Autriche, n’avaient pas réclamé notre intervention, et qu’en les forçant à accepter des secours qu’ils ne réclamaient pas, nous n’avions réussi qu’à soulever la méfiance des populations. « Nous nous serions attiré de leur part, dit l’orateur, une haine implacable, une haine d’Italie. » Les documents , dont M. Lamartine a fait lecture à la tribune, ne peuvent laisser dans les esprits aucun doute à ce sujet. Quoi qu’il en soit, l’engagement solennel pris par le Gouvernement français est de nature à rassurer tous les amis de l’indépendance italienne.

« M. Lamartine a obtenu le succès le plus complet. L’Assemblée a répondu par un assentiment unanime à la politique tout à la fois nationale et humanitaire de la Commission de gouvernement. »

Tous les ordres du jour motivés avaient été renvoyés au comité des affaires étrangères. Après un examen

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approfondi, uno décision pleinement approbative fut prise ü l’unanimité; une formule fut votée ; et le lendemain, 24 mai, le rapport fut présenté à l’Assemblée nationale.

Nous empruntons textuellement au Moniteur le récit de celte importante résolution, qui laissera des traces ineffaçablesdansles relationsinternationalesdes peuples et dans les annales de la République de 1848.

« Lk citoyen Drouyn de L’hcys, rapporteur du comité des affaires étrangères : « Citoyens représentants, l'Assemblée nationale, dans sa séance d’hier, après avoir entendu les explications de la Commission du pouvoir exécutif sur la conduite suivie par le Gouvernement dans les affaires de la Pologne et de l’Italie, a renvoyé au comité des affaires étrangères différents projets de rédaction.

a Lç comité des affaires étrangères a examiné ces diverses formules, et, à l'unanimité , il en a arrêté une que je vais avoir l’honneur de vous lire, en la présentant à votre approbation :

a L’Assemblée nationale invite la Commission exécutive à continuer à prendre, pour règle de sa conduite, les vœux unanimes de l’Assemblée résumés en ces mots :

« Pacte fraternel avec l'Allemagne,

« Reconstitution de la Pologne libre et indépendante,

« Affranchissement de l’Italie.

« C’est cette rédaction que le comité des affaires étrangères, à l’unanimité, propose à l’approbation de l’As-

COMMISSION EXECUTIVE

semblée nationale. (Très-bien ! très-bien ! Aux voix ! aux voix ! )

« Le citoyen président ‘.Quelqu’un demande-t-il la parole surcette rédaction ? (Non ! Aux voix ! aux voix!)

« En conséquence, je consulte l'Assemblée sur cet ordre du jour.

« Plusieurs voix : Invitation ! invitation! Ce n’est pas un ordre du jour.

o Le citoyen président donne une nouvelle lecture de cette rédaction.

a Elle est adoptée à l’unanimité. »

Ce premier acte de la politique extérieure de l’Assemblée nationale confirmait un programme digne de la France. Elle adressait à l’Europe un langage qui devait profondément émouvoir les peuples, leur disant sans crainte ni menace, sous une forme simple et brève, ce qu’elle pensait, ce qu’elle voulait : la paix, basée sur l’alliance des nationalités affranchies et librement constituées.

A cette offre de concours, si explicite, le Gouvernement provisoire de la Lombardie, sous la pression du Gouvernement piémontais, répondit par la destitution de son délégué près la République française, M. Fra-

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